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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2500167

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2500167

mardi 9 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2500167
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantAVOCATS CENTRE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Limoges, statuant en formation juridictionnelle, a été saisi par le Parti communiste français et Europe Écologie Les Verts d'une demande d'exécution d'une ordonnance du 25 octobre 2023, devenue définitive, qui condamnait l'État à leur verser 500 euros chacun au titre des frais d'instance. Le tribunal a rappelé le principe selon lequel, en application de la loi du 16 juillet 1980, l'État doit ordonnancer la somme due dans un délai de deux mois, et qu'en l'absence de refus de paiement par le comptable public, il n'y a pas lieu de prescrire des mesures d'exécution. Constatant que l'État avait procédé au versement de la somme de 1 000 euros sur le compte Carpa de leur avocat, le tribunal a implicitement rejeté la demande d'astreinte, considérant que l'exécution était intervenue. La décision s'appuie sur les articles L. 911-4 et R. 921-6 du code de justice administrative, ainsi que sur les articles 1231-7 du code civil et L. 313-3 du code monétaire et financier relatifs aux intérêts légaux et à leur majoration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2301862 du 25 octobre 2023, devenue définitive, le juge des référés du tribunal administratif de Limoges a condamné l’Etat à verser au parti communiste français et au parti Europe écologies les verts une somme de 500 euros chacun en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Par une lettre, enregistrée le 12 juillet 2024, le parti communiste français et le parti Europe écologies les verts, représentés par Me Guiet, ont saisi le tribunal d’une demande tendant à obtenir l’exécution de l’ordonnance n° 2301862, s’agissant du paiement des frais d’instance.


Par une ordonnance du 30 janvier 2025, le président du tribunal administratif de Limoges a décidé l’ouverture d’une procédure juridictionnelle en vue de prescrire les mesures d’exécution de cette décision.


Par des mémoires, enregistrés le 6 juin 2025, le 14 juillet 2025 et le 19 septembre 2025, le parti communiste français et le parti Europe écologies les verts demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner l’Etat à exécuter l’ordonnance n° 2301862 rendue le 25 octobre 2023 par le juge des référés du tribunal, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent qu’ils sont toujours dans l’attente du règlement des sommes qui leur sont dues, intérêts de retard compris.


Par des mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrés le 23 juin 2025, le 10 juillet 2025 et le 7 août 2025, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la somme de 1 000 euros a été versée sur le compte Carpa de Me Guiet au profit des requérants.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code civil ;
- le code monétaire et financier ;
- la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique à laquelle aucune des parties n’était présente ni représentée :
- le rapport de M. Gillet,
- et les conclusions de M. Slimani, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

Aux termes de l’article L. 911-4 du code de justice administrative : « En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. /Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ». Aux termes de l’article R. 921-6 du même code : « Dans le cas où le président estime nécessaire de prescrire des mesures d'exécution par voie juridictionnelle, et notamment de prononcer une astreinte, (…) le président de la cour ou du tribunal ouvre par ordonnance une procédure juridictionnelle. (…) Cette ordonnance n'est pas susceptible de recours. L'affaire est instruite et jugée d'urgence. Lorsqu'elle prononce une astreinte, la formation de jugement en fixe la date d'effet ».

D’une part, aux termes de l’article 1er de la loi du 16 juillet 1980 relative aux astreintes prononcées en matière administrative et à l'exécution des jugements par les personnes morales de droit public, reproduit à l’article L. 911-9 du code de justice administrative : « I. - Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné l'Etat au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice (…) ». Dès lors que ces dispositions permettent à la partie gagnante, en cas d’inexécution d’une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée, d’obtenir du comptable public assignataire le paiement de la somme que l’Etat est condamné à lui verser à défaut d’ordonnancement dans le délai prescrit, il n’y a, en principe, pas lieu de faire droit à une demande tendant à ce que le juge prenne des mesures pour assurer l’exécution de cette décision. Il en va toutefois différemment lorsque le comptable public assignataire, bien qu’il y soit tenu, refuse de procéder au paiement.

D’autre part, le premier alinéa de l’article 1231-7 du code civil énonce que : « En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement ». Selon l’article L. 313-3 du code monétaire et financier : « En cas de condamnation pécuniaire par décision de justice, le taux de l'intérêt légal est majoré de cinq points à l'expiration d'un délai de deux mois à compter du jour où la décision de justice est devenue exécutoire (…). Toutefois, le juge de l'exécution peut, à la demande du débiteur ou du créancier, et en considération de la situation du débiteur, exonérer celui-ci de cette majoration ou en réduire le montant ». Le point de départ du délai de deux mois, prévu par ces dispositions du code monétaire et financier, est la date à laquelle la décision de justice prononçant la condamnation est notifiée à la partie condamnée.

La décision par laquelle la juridiction administrative condamne une partie au paiement d’une somme d’argent au titre des frais non compris dans les dépens a le caractère d’une condamnation à une indemnité, au sens de l’article 1231-7 du code civil, et d’une condamnation pécuniaire, au sens de l’article L. 313-3 du code monétaire et financier. Dès lors, alors même que la décision rendue par le juge des référés du tribunal administratif de Limoges ne l’a pas prévu explicitement, les sommes allouées au titre des frais non compris dans les dépens étaient productives d'intérêt dans les conditions fixées par ces dispositions.

Par l’article 2 de son ordonnance n° 2301862 du 25 octobre 2023, notifiée le jour-même au préfet de l'Indre et devenue définitive, le juge des référés du tribunal administratif de Limoges a mis à la charge de l’Etat le versement au parti communiste français et au parti Europe écologies les verts d’une somme de 500 euros chacun en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Si le préfet de l'Indre soutient avoir engagé la procédure de paiement de la somme globale de 1 000 euros en litige et justifie, par une extraction informatique, d’un engagement juridique dans l’application budgétaire et comptable de l’Etat « Chorus », il n’établit pas avoir procédé au mandatement de cette somme, alors que Me Guiet fait valoir, par la production d’un relevé de compte de la caisse autonome de règlement pécuniaire des avocats (Carpa) de Châteauroux, qu’il n’en a pas reçu paiement. Dans ces conditions, l’article 2 de l’ordonnance n° 2301862 ne peut être regardé comme ayant été exécuté.

Par ailleurs, alors que toute condamnation prononcée par une juridiction emporte intérêts de droit à compter de sa notification, le préfet de l'Indre n’établit ni même n’allègue avoir procédé au paiement des intérêts moratoires. Dans ces conditions, le versement de la somme de 1 000 euros devra être assorti du paiement des intérêts moratoires à compter du jugement, dans les conditions définies par les articles cités au point 3.

Dans ces conditions, et pour assurer l’entière exécution de l’ordonnance n° 2301862 du 25 octobre 2023, il y a lieu de prononcer à l’encontre de l’Etat, à défaut pour lui de justifier du paiement au parti communiste français et au parti Europe écologies les verts des sommes mentionnées aux points 6 et 7 dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, une astreinte de 100 euros par jours de retard jusqu’à la date à laquelle l’article 2 de cette ordonnance aura reçu pleine et entière exécution.

Il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 400 euros à verser au parti communiste français ainsi que la somme de 400 euros à verser au parti Europe écologies les verts en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



















D E C I D E :










Article 1er
:
Une astreinte est prononcée à l’encontre de l’Etat, s’il ne justifie pas avoir, dans le délai d’un mois suivant la notification de la présente décision, exécuté l’article 2 de l’ordonnance n° 2301862 du juge des référés du tribunal du 25 octobre 2023 et jusqu’à la date de cette exécution. Le taux de cette astreinte est fixé à 100 (cent) euros par jour, à compter de l’expiration du délai d’un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 2
:
Le préfet de l'Indre communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour assurer l’entière exécution de l’ordonnance n° 2301862 du 25 octobre 2023.

Article 3
:
L’Etat versera au parti communiste français et au parti Europe écologies les verts une somme de 400 (quatre cents) euros chacun au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4
:
Le présent jugement sera notifié au parti communiste français, au parti Europe écologies les verts et au ministre de l’intérieur. Copie en sera transmise pour information à Me Guiet et au préfet de l'Indre.



Délibéré après l'audience du 25 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Gillet, conseiller,



Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2025.





Le rapporteur,

K. GILLET

Le président,

D. ARTUS

La greffière,





M. A...













La République mande et ordonne
au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière

M. A...





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