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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2501333

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2501333

mardi 21 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2501333
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantKARAKUS-GURSAL HANIFE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante cambodgienne, qui contestait l'arrêté préfectoral du 20 novembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. La requérante invoquait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale (article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme) et un danger en cas de retour au Cambodge, ainsi qu'un défaut d'examen pour l'interdiction de retour. Le tribunal a estimé que Mme A..., arrivée récemment en France et sans liens familiaux stables, ne justifiait pas d'une insertion suffisante ni d'un risque en cas de retour dans son pays d'origine. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2025, Mme B... A..., représentée par Me Karakus, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 20 novembre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne a procédé au retrait de son attestation de demande d’asile, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle serait renvoyée à l’expiration de ce délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de réexaminer sa situation, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l’aide juridictionnelle.


Elle soutient que :

Les décisions portant obligation de quitter le territoire et celle fixant le pays de destination :
- portent une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la mettent en danger en cas de retour dans son pays d’origine.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- souffre d’un défaut d’examen de sa situation.


Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2025, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 750 euros soit mise à la charge de Mme A....


Il soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.


Par ordonnance du 16 juillet 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 8 septembre 2025.


Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 12 février 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Crosnier a été entendu au cours de l’audience publique à laquelle les parties n’étaient ni présentes ni représentées.



Considérant ce qui suit :

1. Mme B... A..., ressortissante cambodgienne née le 20 mai 1965, est entrée en France le 21 novembre 2023, selon ses déclarations. Sa demande d’asile a été rejetée par une décision du Directeur général de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) du 24 juin 2024, confirmée par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) le 15 novembre 2024. Par son arrêté du 20 novembre 2024, le préfet de la Haute-Vienne a procédé au retrait de son attestation de demande d’asile, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle serait renvoyée à l’expiration de ce délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an. Mme A... demande l’annulation de ces décisions.


Sur les conclusions aux fins d’annulation :

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un Etat l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d’y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire. En outre, il appartient à l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, d'apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a, le cas échéant, conservés dans son pays d’origine.

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A..., célibataire et sans enfant, est arrivée récemment en France et ne justifie pas de la réalité de son insertion dans la société française ni y disposer de liens familiaux ou personnels suffisamment anciens et stables. Par ailleurs elle n’établit ni même n’allègue ne plus disposer d’attaches personnelles et familiales dans son pays d’origine où elle a vécu jusqu’à l’âge de cinquante-huit ans et n’apporte aucun élément permettant d’étayer l’affirmation selon laquelle elle serait en danger en cas de retour au Cambodge. Dans ces conditions, Mme A... n’est pas fondée à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination portent une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale et la mettent en danger en cas de retour dans son pays d’origine.



En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :

4. Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L.612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français (…) ».

5. Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ».


6. Il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu’invoque l’autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d’interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l’étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

7. Il ressort des pièces du dossier que la présence de la requérante sur le territoire français est récente et qu’elle ne dispose pas de liens particuliers avec la France. Dans ces conditions, l’interdiction qui lui a été faite de retourner sur le territoire français à l’issue de l’examen de sa situation par le préfet, ne méconnaît pas les dispositions précitées du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ni dans son principe ni dans sa durée.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir soulevée par le préfet de la Haute-Vienne, que les conclusions aux fins d’annulation de la requête de Mme A... doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d’injonction.



Sur les frais liés au litige :

9. D’une part, les dispositions de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme A... demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

10. D’autre part, il résulte des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative qu'une personne publique, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat, ne saurait présenter une demande au titre de ces dispositions en se bornant à faire état d'un surcroît de travail pour ses services et sans se prévaloir de frais spécifiques exposés par elle en indiquant leur nature. Par suite, en se bornant à demander au tribunal qu’une somme de 750 euros soit mise à la charge de Mme A... au titre des frais de justice sans faire état précisément des frais que l’Etat aurait exposés pour défendre à l’instance, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par le préfet de la Haute-Vienne sur ce fondement.





D E C I D E :





Article 1er :
La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 :
Les conclusions du préfet de la Haute-Vienne tendant à ce qu’une somme soit mise à la charge de Mme A... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.


Article 3 :
Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet de la Haute-Vienne.



Délibéré après l'audience du 7 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Gillet, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2025.


Le rapporteur,

Y. CROSNIER

Le président,

D. ARTUS

La greffière,

M. C...




La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
La greffière

M. C...




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