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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2501705

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2501705

mardi 9 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2501705
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantAVOCATS CENTRE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Limoges a rejeté la requête de M. C... contre l'arrêté du préfet de l'Indre lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que la décision de refus était suffisamment motivée et que la présence en France de ses cinq enfants majeurs ne justifiait pas, au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Il a également estimé que l'intéressé ne remplissait pas les conditions de l'admission exceptionnelle au séjour prévue à l'article L. 435-1 du même code. Par conséquent, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination ont été jugées légales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er septembre 2025, M. A... C..., représenté par Me Guiet, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 1er août 2025 par lequel le préfet de l'Indre lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d’enjoindre au préfet de l'Indre de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.


Il soutient que :
- la décision portant refus d’admission au séjour est insuffisamment motivée ;
- cette décision est entachée d’une erreur de fait ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destinations sont illégales par exception d’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.


Par ordonnance du 4 septembre 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 27 octobre 2025.


Un mémoire, produit le 21 novembre 2025 par le préfet de l'Indre, n’a pas été communiqué.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Gillet a été entendu au cours de l’audience publique à laquelle aucune des parties n’était présente ni représentée.


Considérant ce qui suit :

M. A... C..., ressortissant congolais né le 10 octobre 1966 à Fort Rousset (République démocratique du Congo), est entré en France en 2020 sous couvert d’un visa C de court séjour d’une durée de quatre-vingt-dix jours délivré par les autorités françaises à Brazzaville. Il a déposé le 4 octobre 2021 une demande d’admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 1er août 2025, dont il demande l’annulation, le préfet de l'Indre a refusé de faire droit à cette demande, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il refuse de délivrer un titre de séjour à M. C..., comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, conformément aux dispositions de l’article L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration. Dès lors, le moyen tiré de l’insuffisance de sa motivation doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. /L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ».

Selon l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ». Pour l’application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d’origine.

En l’espèce, M. C..., qui est entré en France en 2020, se prévaut de la présence sur le territoire national de ses cinq enfants en situation régulière, dont l’un a d’ailleurs obtenu la nationalité française par décret du 7 mars 2025. Toutefois, cette seule circonstance ne lui confère pas un droit au séjour alors que, d’une part, il ressort des pièces du dossier que ses enfants sont tous majeurs et que, d’autre part, le requérant ne fait valoir aucun élément de nature à justifier la nécessité pour lui de demeurer auprès d’eux. En outre, si M. C... se prévaut également de l’acquisition en mars 2020 d’un bien immobilier situé à Châteauroux pour y vivre avec ses enfants, il ne pouvait ignorer que ses perspectives d’installation en France étaient alors incertaines en l’absence de délivrance, et même de demande à cette date, d’un titre de séjour. De plus, l’attestation fournie par l’association départementale « Les Restaurants – Les Relais du Cœur de l’Indre » en date du 14 août 2025, selon laquelle il y est bénévole depuis le mois d’avril 2022 en qualité d’adjoint au responsable de l’approvisionnement, ne suffit pas à démontrer la réalité et l’intensité de son insertion dans la société française. Enfin, M. C... ne démontre pas être dépourvu de tout lien avec son pays d’origine, où vit encore son épouse selon les termes non contestés de la décision attaquée et avec laquelle il n’établit pas avoir perdu tout lien, où il a lui-même vécu jusqu’à l’âge de cinquante-trois ans et où il n’établit pas qu’il ne pourrait s’y réinsérer socialement. Dans ces conditions, l’arrêté pris par le préfet de l'Indre n’a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. C... au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnaît pas les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il ne méconnaît pas les dispositions précitées du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il n’est pas davantage entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de la situation de l’intéressé.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (…) ».

Compte tenu des éléments exposés précédemment, la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. C... ne permet pas de caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l’article L. 435‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, et contrairement à ce que soutient le requérant, en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation au titre de la délivrance d’un titre de séjour, le préfet de l'Indre n’a pas méconnu les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile précité.

En quatrième lieu, M. C... soutient que, contrairement aux visas de l’arrêté attaqué, aucune décision du 15 janvier 2020 portant obligation de quitter le territoire français ne lui a été notifiée alors d’ailleurs qu’il n’était pas encore présent sur le territoire français à cette date. Toutefois, à la supposer même établie, cette erreur de fait demeure sans incidence sur la légalité de l’arrêté du préfet de l'Indre dès lors qu’il résulte de l’instruction que celui-ci aurait pris la même décision en retenant les seuls motifs évoqués précédemment. Partant, le moyen ne peut qu’être écarté.

En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l’exception d’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour invoqué à l’encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doit être écarté.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 1er août 2025 du préfet de l'Indre doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d’injonction.

D E C I D E :


Article 1er
:
La requête de M. A... C... est rejetée.

Article 2
:
Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au préfet de l'Indre. Copie en sera transmise pour information à Me Guiet.


Délibéré après l'audience du 25 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Artus, président,
M. Crosnier, premier conseiller,
M. Gillet, conseiller,


Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2025.

Le rapporteur,

K. GILLET

Le président,

D. ARTUS

La greffière,





M. B...




La République mande et ordonne
au préfet de l’Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière

M. B...




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