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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2501850

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2501850

mardi 14 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2501850
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérant41 SOCIÉTÉ D'AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Limoges, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du 23 juillet 2025 de la commission de l’académie de Limoges refusant l’autorisation d’instruction en famille pour l’enfant C..., âgé de 3 ans. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas établie, les requérants n’apportant pas la preuve de circonstances particulières justifiant une dérogation au principe de scolarisation. Aucun des moyens soulevés, tirés de l’incompétence du signataire ou de l’erreur d’appréciation au regard de l’article L. 131-5 4° du code de l’éducation, n’a été retenu comme propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a été rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2025, M. D... G... et Mme A... F..., représentés par Me Ouakrat, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la décision du 23 juillet 2025 par laquelle la commission de l’académie de Limoges a rejeté la demande d’instruction en famille de leur enfant C... ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Ils soutiennent que :
- la condition d’urgence est remplie en raison de l’obligation faite aux parents de scolariser leur enfant dans un établissement public ou privé mais aussi en raison de l’absence de stabilité que rencontrera C... lorsqu’il sera scolarisé ;
- est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens tirés :

○ de l’incompétence du signataire de l’acte litigieux ;

○ de l’erreur d’appréciation dès lors que les conditions fixées par l’article L. 131-5 4° du code de l’éducation sont réunies ; C... est âgé de 3 ans et entre à l’école maternelle ; il a des activités extrascolaires ; bénéficiant de la double nationalité, il doit se rendre régulièrement aux Etats-Unis avec ses parents, des voyages en Espagne lui permettant également l’apprentissage de l’espagnol ; l’enfant devra prendre les transports scolaires pour se rendre dans son établissement ; il fait l’objet d’une sensibilité particulière.


La requête a été communiquée à la rectrice de l’académie de Limoges, qui n’a pas produit d’observations en défense.


Vu :
- la requête enregistrée le 22 septembre 2025 sous le n°2501848 par laquelle les requérants demandent l’annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’éducation ;
- la décision n°2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021 ;
- le code de justice administrative.



Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. B...,
- les observations de M. G..., qui reprend les moyens invoqués par son conseil.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. M. G... et Mme F... demandent au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision du 23 juillet 2025 par laquelle la commission de l’académie de Limoges a rejeté leur recours formé contre la décision du 1er juillet 2025 du directeur académique des services de l’éducation nationale de la Haute-Vienne refusant d’autoriser l’instruction en famille de leur fils C....

2. En vertu de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (...) ».

3. L’article L. 131-2 du code de l’éducation, modifié par l’article 49 de la loi du 24 août 2021, soumet l’instruction en famille à un régime d’autorisation préalable à compter du 1er septembre 2022. Les conditions permettant la délivrance de cette autorisation d’instruction en famille sont précisées à l’article L. 131-5 du même code, aux termes duquel : « Les personnes responsables d’un enfant soumis à l’obligation scolaire définie à l’article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d’enseignement public ou privé ou bien, à condition d’y avoir été autorisées par l’autorité de l’Etat compétente en matière d’éducation, lui donner l’instruction en famille. / Les mêmes formalités doivent être accomplies dans les huit jours qui suivent tout changement de résidence. / La présente obligation s’applique à compter de la rentrée scolaire de l’année civile où l’enfant atteint l’âge de trois ans. / L’autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d’autres raisons que l’intérêt supérieur de l’enfant:/ (…) 4° L’existence d’une situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d’instruire l’enfant à assurer l’instruction en famille dans le respect de l’intérêt supérieur de l’enfant. Dans ce cas, la demande d’autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l’engagement d’assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l’instruction en famille. / L’autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour une durée qui ne peut excéder l’année scolaire. Le président du conseil départemental et le maire de la commune de résidence de l’enfant sont informés de la délivrance de l’autorisation (…) ». Pour la mise en œuvre de ces dispositions, dont il résulte que les enfants soumis à l’obligation scolaire sont, en principe, instruits dans un établissement d’enseignement public ou privé, il appartient à l’autorité administrative, lorsqu’elle est saisie d’une demande tendant à ce que l’instruction d’un enfant dans la famille soit, à titre dérogatoire, autorisée, de rechercher, au vu de la situation de cet enfant, quels sont les avantages et les inconvénients pour lui de son instruction, d’une part dans un établissement d’enseignement, d’autre part, dans la famille selon les modalités exposées par la demande et, à l’issue de cet examen, de retenir la forme d’instruction la plus conforme à son intérêt. Aux termes de l’article R. 131-11-5 du même code : « Lorsque la demande d'autorisation est motivée par l'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, elle comprend : 1° Une présentation écrite du projet éducatif comportant les éléments essentiels de l'enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d'apprentissage de l'enfant, à savoir notamment : a) Une description de la démarche et des méthodes pédagogiques mises en œuvre pour permettre à l'enfant d'acquérir les connaissances et les compétences dans chaque domaine de formation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture ; b) Les ressources et supports éducatifs utilisés ; c) L'organisation du temps de l'enfant (rythme et durée des activités) ; d) Le cas échéant, l'identité de tout organisme d'enseignement à distance participant aux apprentissages de l'enfant et une description de la teneur de sa contribution ; 2° Toutes pièces utiles justifiant de la disponibilité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant ; 3° Une copie du diplôme du baccalauréat ou de son équivalent de la personne chargée d'instruire l'enfant. Le directeur académique des services de l'éducation nationale peut autoriser une personne pourvue d'un titre ou diplôme étranger à assurer l'instruction dans la famille, si ce titre ou diplôme étranger est comparable à un diplôme de niveau 4 du cadre national des certifications professionnelles ; 4° Une déclaration sur l'honneur de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ».

4. En ce qui concerne plus particulièrement les dispositions de l’article L. 131-5 du code de l’éducation prévoyant la délivrance par l’administration, à titre dérogatoire, d’une autorisation pour dispenser l’instruction dans la famille en raison de « l’existence d’une situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif », ces dispositions, telles qu’elles ont été interprétées par la décision n° 2021-823 DC du Conseil constitutionnel du 13 août 2021, impliquent que l’autorité administrative, saisie d’une telle demande, contrôle que cette demande expose de manière étayée la situation propre à cet enfant motivant, dans son intérêt, le projet d’instruction dans la famille et qu’il est justifié, d’une part, que le projet éducatif comporte les éléments essentiels de l’enseignement et de la pédagogie adaptés aux capacités et au rythme d’apprentissage de cet enfant, d’autre part, de la capacité des personnes chargées de l’instruction de l’enfant à lui permettre d’acquérir le socle commun de connaissances, de compétences et de culture défini à l’article L. 122-1-1 du code de l’éducation au regard des objectifs de connaissances et de compétences attendues à la fin de chaque cycle d’enseignement de la scolarité obligatoire.

5. En l’état de l’instruction, aucun des moyens invoqués par les requérants, visés ci-dessus, ne paraît de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision. En particulier, l’existence d’une situation propre à l’enfant, âgé de 3 ans en raison de l’existence de difficultés de transport alléguées, alors que l’école se trouve sur la commune de résidence des parents, ne saurait être invoquée sur le 4° de l’article L. 131-5 du code de l’éducation. De plus, la sensibilité de l’enfant alléguée par les requérants, pas plus que l’instruction en famille réussie de son frère aîné et le contexte familial, y compris la double nationalité de la mère et des enfants, ne sont de nature à justifier la nécessité d’une instruction en famille pour C....

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence, que la requête de M. G... et de Mme F... présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :



Article 1er
:
La requête de M. G... et de Mme F... est rejetée.

Article 2
:
La présente ordonnance sera notifiée à M. D... G..., à Mme A... F... et à la ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Une copie en sera adressée pour information à la rectrice de l’académie de Limoges.



Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 14 octobre 2025.


Le juge des référés,

La greffière,






D. B...

M. E...




La République mande et ordonne
à la ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
La greffière en chef,

A. BLANCHON



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