Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2210541

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2210541
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantSELARL AEQUAE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montreuil a été saisi par Mme C d’un recours pour excès de pouvoir contre le refus implicite du préfet de la Seine-Saint-Denis de lui communiquer son dossier administratif. La requérante invoquait notamment une méconnaissance de l’article L. 311-1 du code des relations entre le public et l’administration. Le tribunal a jugé que, pour apprécier la légalité d’un tel refus, il doit se placer à la date à laquelle il statue. En l’espèce, il a constaté que l’administration n’avait répondu à aucune des demandes de communication, y compris après l’avis favorable de la CADA, et a ainsi annulé la décision implicite de refus. La solution retenue s’appuie sur les articles L. 300-1, L. 300-2 et L. 311-1 du code des relations entre le public et l’administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 29 juin et 3 octobre 2022, Mme A C, représentée par Me Touglo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement refusé de lui communiquer son dossier administratif ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui communiquer l'entièreté de son dossier administratif dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que le paiement des entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que sa décision portant refus de communication du dossier administratif de Mme C est bien fondée dès lors que la demande de l'intéressée tendant au renouvellement de son titre de séjour a été rejetée par un arrêté du 7 février 2020.

Par une ordonnance du 18 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 octobre 2024 à 9 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les conclusions de Mme Nour, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante dominicaine née le 12 février 1983, est entrée sur le territoire français en 2011 selon ses déclarations. Le 27 février 2020, elle a sollicité en vain le renouvellement de son récépissé de demande de titre de titre de séjour. Par courriers électroniques des 12 octobre, 28 octobre et 15 novembre 2021, l'intéressée a demandé au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui communiquer son dossier administratif. En l'absence de réponse, l'intéressée a saisi la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA) par un courrier du 21 février 2022. Par la présente instance, Mme C sollicite l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement refusé de lui communiquer l'entièreté de son dossier administratif.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le droit de toute personne à l'information est précisé et garanti par les dispositions des titres Ier, III et IV du présent livre en ce qui concerne la liberté d'accès aux documents administratifs ". Aux termes de l'article L. 300-2 du même code : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions () ". Aux termes de l'article L. 311-1 de ce code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ".

3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de contrôler la régularité et le bien-fondé d'une décision de refus de communication de documents administratifs sur le fondement des articles L. 311-1 et L. 311-2 du code des relations entre le public et l'administration. Pour ce faire, par exception au principe selon lequel le juge de l'excès de pouvoir apprécie la légalité d'un acte administratif à la date de son édiction, il appartient au juge, eu égard à la nature des droits en cause et à la nécessité de prendre en compte l'écoulement du temps et l'évolution des circonstances de droit et de fait afin de conférer un effet pleinement utile à son intervention, de se placer à la date à laquelle il statue.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a souhaité obtenir la communication de son dossier administratif après avoir été informée par les agents du guichet de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du rejet de sa demande de renouvellement de son titre de séjour. Ainsi, l'intéressée a adressé à l'administration six courriers électroniques suivis d'une lettre recommandée avec accusé de réception. Ces correspondances, dont quatre ont été adressées postérieurement à l'avis favorable de la CADA du 16 mars 2022, n'ont donné lieu à aucune réponse. Si l'autorité administrative fait valoir, dans ses écritures en défense, que son refus est fondé sur la notification à Mme C de l'arrêté portant rejet de sa demande de titre de séjour, cette circonstance, au demeurant contestée, était sans incidence sur l'objet de la demande. Dans ces conditions, tenant au caractère communicable des documents demandés, Mme C est fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement refusé de lui communiquer son dossier administratif.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit à l'instance le dossier constitué par Mme C dans le cadre de sa demande de renouvellement de son titre de séjour. Cependant, l'intéressée soutient sans être contredite que les éléments produits ne constituent pas l'entièreté de son dossier administratif. En conséquence, il y a lieu, eu égard au motif d'annulation retenu, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de communiquer à l'intéressée, sous réserve de l'occultation des éléments mentionnés par les dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, l'entièreté de son dossier administratif dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de communiquer à Mme C son dossier administratif est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de communiquer à Mme C, sous les réserves énoncées au point 6, l'entièreté de son dossier administratif dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à Mme C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

D. HEGESIPPE Le greffier,

C. CHAUVEY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.