Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2211551
vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2211551 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 9ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 18 juillet 2022 et 19 juin 2023, M. A B, représenté par Me Ferrandini, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la proposition de rectification du 3 mars 2017 est insuffisamment motivée ;
- l'administration fiscale a entaché la procédure d'imposition d'une irrégularité dès lors que l'avis émis le 11 janvier 2019 par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ne lui a pas été notifié ;
- l'administration fiscale a commis une erreur de calcul dans la détermination du résultat à répartir pour l'année 2015 entre les associés de la société " des docteurs B et Gombergh " de sorte que l'évaluation du bénéfice qui lui est attribué est nécessairement inexacte ;
- l'administration fiscale n'a pas tenu compte de la déductibilité des charges professionnelles supplémentaires dont il justifie en ce qui concerne ses frais de déplacement, ses frais de bouche, ses frais juridiques et ses charges diverses.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 19 janvier 2023 et 16 octobre 2024, l'administrateur général en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 18 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 octobre 2024 à 9 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- et le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hégésippe ;
- les conclusions de Mme Nour, rapporteure publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'une opération de vérification de la comptabilité de la SCP " des docteurs B et Gombergh ", menée au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015, M. B, radiologue et associé à hauteur de 50% des parts sociales de cette société, a fait l'objet d'un contrôle sur pièces portant sur ses déclarations d'impôt sur le revenu au titre des années 2014 et 2015. Ce contrôle a abouti au rehaussement de ses revenus relevant de la catégorie des bénéfices non commerciaux et à l'envoi d'une proposition de rectification datée du 3 mars 2017. Trois avis d'impositions supplémentaires au titre de l'impôt sur le revenu ont été émis avec mise en recouvrement aux 30 avril 2018 et 31 octobre 2019. M. B a successivement formé trois réclamations préalables les 24 mai 2018, 22 novembre 2019 et 29 décembre 2021 dont la dernière a été rejetée par une décision du 14 juin 2022. Par la présente instance, M. B sollicite la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile.
4. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 3 mars 2017 déclare qu'elle porte sur la situation fiscale personnelle de M. B et précisément sur les bénéfices non commerciaux qu'il a déclarés au titre des années 2014 et 2015. Par ailleurs, il résulte des termes de cette proposition que l'administration fiscale a précisé le contexte dans lequel elle a entrepris une procédure de contrôle sur pièces consistant à rapprocher, au titre des années en cause, les déclarations de l'intéressé des éléments tirés de la procédure de vérification de compatibilité de la société dont il était associé. De plus, ladite proposition, qui au demeurant énonce les textes applicables ainsi que les calculs effectués par l'administration, comporte en annexe des tableaux retraçant les conséquences financières des rehaussements litigieux. Si M. B conteste la véracité, malgré l'inscription manuscrite figurant en ce sens sur la proposition litigieuse, de l'ajout au courrier contenant ladite proposition de la copie d'une précédente proposition de rectification datée du 20 décembre 2016, la seule circonstance que la proposition litigieuse indique comporter 12 feuillets ne permet pas d'exclure l'ajout au sein du même courrier d'une pièce jointe. D'ailleurs, l'administration fiscale fait valoir sans être contredite que l'intéressé se prévaut d'un élément ne figurant que sur la proposition de rectification du 20 décembre 2016 de sorte qu'il ne peut prétendre ne pas avoir été destinataire de celle-ci. Enfin, à supposer même que la pièce annoncée n'ait pas été jointe à la proposition litigieuse du 3 mars 2017, il ne résulte pas de l'instruction qu'une telle circonstance aurait fait obstacle à ce que l'intéressé engage une discussion contradictoire en adressant utilement des observations à l'administration dès lors que la proposition litigieuse était, par elle-même, motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification du 3 mars 2017 doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article R. 60-3 du livre des procédures fiscales : " L'avis ou la décision de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires () est notifié au contribuable par l'administration des impôts ". Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut mettre régulièrement en recouvrement une imposition sur laquelle un avis a été émis par la commission départementale sans qu'au préalable cet avis ait effectivement été notifié par ses soins au contribuable.
6. En l'espèce, si M. B conteste avoir reçu notification de l'avis émis le 11 janvier 2019 par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, l'administration fiscale produit à l'instance la fiche de dépôt du recommandé international sur laquelle figure l'adresse de l'intéressé, la date de dépôt et le numéro d'identification de la correspondance. Elle produit également l'attestation de cheminement du courrier sur laquelle figure le même numéro d'identification et d'où il ressort que le courrier déposé le 14 janvier 2019 a été notifié le 16 janvier suivant. Dès lors, l'intéressé qui ne conteste ni la réception d'un courrier à cette date ni le contenu dudit courrier n'est pas fondé à soutenir que l'administration fiscale ne lui a pas notifié l'avis de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a tenu compte de l'erreur initiale dans le calcul du résultat à répartir entre les associés de la société " des docteurs B et Gombergh " au titre de l'exercice clos en 2015. D'ailleurs, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a procédé, conformément à l'avis émis par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, à la réduction du rehaussement correspondant. Il en résulte, en l'absence de contestation de la réduction opérée, que le moyen tiré de l'erreur initialement commise par l'administration fiscale dans le calcul du résultat à répartir entre les associés de la société " des docteurs B et Gombergh " au titre de l'exercice clos en 2015 ne peut être accueilli.
8. En second lieu, aux termes de l'article 92 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus () ". Aux termes de l'article 93 du même code : " 1. Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession. Sous réserve des dispositions de l'article 151 sexies, il tient compte des gains ou des pertes provenant soit de la réalisation des éléments d'actif affectés à l'exercice de la profession, soit des cessions de charges ou d'offices, ainsi que de toutes indemnités reçues en contrepartie de la cessation de l'exercice de la profession ou du transfert d'une clientèle () ".
9. En l'espèce, alors que l'administration fiscale et la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires n'ont pas retenu le caractère déductible des frais avancés par M. B faute de lien entre, d'une part, ses frais de déplacement, ses frais de bouche, ses frais juridiques, ses charges diverses et, d'autre part, son activité professionnelle, l'intéressé ne produit à l'instance aucun élément de nature à justifier de ce lien. Dans ces conditions, il ne peut être fondé à soutenir que l'administration fiscale n'a pas tenu compte du caractère déductible des charges professionnelles supplémentaires dont il entend se prévaloir. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'administrateur général en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Robbe, président,
Mme Morisset, première conseillère,
M. Hégésippe, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
Le rapporteur,
D. HEGESIPPE
Le président,
J. ROBBE Le greffier,
C. CHAUVEY
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
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