Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2302346
jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2302346 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL AEQUAE |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 février 2023, 4 août 2023 et 19 septembre 2023, M. C B, représenté par Me Bertrand, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a classé sans suite sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou à défaut, une autorisation provisoire de séjour, ou à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est recevable ;
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 et est entachée d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est dirigée contre une décision ne faisant pas grief et par suite, est irrecevable ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 11 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caldoncelli-Vidal,
- et les observations de Me Bertrand, représentant M. B.
Le préfet n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 6 septembre 2004, est entré sur le territoire français le 19 décembre 2019. Le 4 octobre 2022, il a sollicité la délivrance d'un un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par une décision du 27 décembre 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a classé sans suite sa demande de titre de séjour.
Sur la recevabilité de la requête :
2. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. Le refus d'enregistrer une telle demande au soutien de laquelle est présenté un dossier incomplet ne constitue une décision susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir que si le requérant apporte la preuve du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux. En revanche, le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour, lorsqu'il est motivé par une appréciation portée sur le droit de l'étranger à obtenir un titre de séjour et non sur le seul caractère incomplet du dossier, constitue un refus de titre de séjour que l'étranger concerné est recevable à attaquer en excès de pouvoir.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 4 octobre 2022. Le 27 décembre suivant, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a informé que sa demande était classée sans suite au motif que pour prétendre à l'obtention d'un titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour l'un de ses parents devait être en situation régulière. Le classement sans suite opposé à M. B est fondé sur une appréciation portée sur son droit à obtenir un titre de séjour et non sur les caractères abusif, dilatoire ou incomplet de sa demande. Par suite, ce classement doit être regardé comme revêtant la nature d'une décision refusant la délivrance de ce titre qui fait grief. La fin de non-recevoir doit, par suite, être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré régulièrement sur le territoire français le 19 décembre 2019. Il a été scolarisé à son arrivée sur le territoire, en classe de 3ème au collège Georges Pulitzer à la Courneuve et a obtenu son diplôme national du brevet avec la mention très bien. Il a poursuivi sa scolarité en 2nde générale, puis en 1ère et terminale générales, section européenne-orientale, au Lycée Jacques Brel à la Courneuve au titre des années 2020 à 2023. Les notes obtenues par M. B ainsi que les appréciations élogieuses et unanimes de ses professeurs portées sur l'ensemble des bulletins scolaires versés au dossier et résultant de nombreux témoignages, attestent, outre de son assiduité, de son sérieux, de sa forte implication et de ses aptitudes exceptionnelles tout au long de son parcours scolaire. Ses excellents résultats ont été reconnus par les félicitations décernés par les conseils de classe successifs. Il a obtenu avec succès son baccalauréat section européenne avec la mention bien et a intégré une classe préparatoire aux grandes écoles - économique et commerciale générale -Mathématiques approfondies, histoire, géographie et géopolitique du monde contemporain au Lycée Hoche à Versailles en 2023. Ces éléments de réussite, bien que postérieurs à la décision litigieuse, confirment l'exemplarité de son parcours. Dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard aux gages d'insertion forte et particulière au sein de la société française présentés par M. B, le préfet de la Seine-Saint-Denis, en refusant de lui délivrer à un titre de séjour, a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 27 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'annulation de la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 27 décembre 2022 implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, que cette autorité, ou tout autre préfet territorialement compétent, délivre à M. B un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, lui délivre une autorisation provisoire de séjour. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. B tendant à ce que cette autorisation provisoire de séjour l'autorise à travailler, dès lors qu'il ne démontre pas que sa situation est au nombre de celles figurant aux articles R. 431-14 et R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) le versement à M. B d'une somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 27 décembre 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer un titre de séjour à M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à M. B une somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Israël, président,
- M. Dumas, premier conseiller,
- Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
La rapporteure,
Mme Caldoncelli-Vidal Le président,
M. Israël
La greffière,
Mme A
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.