Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2303884
jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2303884 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 mars 2023, M. C B, représenté par Me Diop, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation particulière ;
- est entaché d'un vice de procédure tiré d'une absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- est entaché d'une erreur de droit en ce que le préfet a méconnu l'étendue de sa propre compétence en n'examinant pas, l'opportunité d'une mesure de régularisation ;
- méconnaît l'article 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 et l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 mars 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés à l'appui de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Par ordonnance du 8 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 septembre 2024.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Dumas a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 16 février 1969, déclare être entré en France pour la dernière fois en 2019. Le 22 novembre 2021, il a sollicité de la préfecture de la Seine-Saint-Denis la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant de l'Union Européenne. Par un arrêté du 25 janvier 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
2. En premier lieu, l'arrêté du 25 janvier 2023, qui vise notamment les articles L. 200-4, L. 231-1 à L. 232-1, L. 233-1 1° et 2°, L. 234-1 e L. 235-1, L. 423-23 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que M. B, ressortissant marocain déclarant être entré en France pour la dernière fois en 2019 a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 233-2 du même code, qu'il s'est marié en France avec une ressortissante italienne en possession d'un titre de séjour pluriannuel valide jusqu'au 24 juillet 2022 en cours de renouvellement, qu'aucun enfant n'est né de leur union, que sa présence en France constitue toutefois une menace à l'ordre public dès lors qu'il a été condamné en 2021 pour violences aggravées par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours à suivre un stage de responsabilisation pour auteur de violences conjugales. Ainsi rédigé, l'arrêté attaqué du 25 janvier 2023 comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la commission du titre de séjour de la sous-préfecture du Raincy, a rendu un avis favorable, le 3 novembre 2022, à la demande de titre de séjour présentée par M. B. Par suite, le moyen tiré de ce que la commission du titre de séjour n'aurait pas été consultée, doit être écarté comme manquant en fait.
4. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement d'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à un titre de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Il est constant que M. B a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait également sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Il ne peut, par suite, soutenir utilement que le préfet, en rejetant sa demande, aurait méconnu l'étendue de sa propre compétence en omettant de statuer sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'il ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation particulière de l'intéressé.
5. En quatrième lieu, les dispositions de l'article 7 de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ont été transposées à l'article L. 121-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auquel s'est substitué, à compter du 1er mai 2021, l'article L. 233-1 du même code. Ainsi, M. B ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de son recours dirigé contre un acte administratif individuel, des dispositions d'une directive ayant fait l'objet des mesures de transposition nécessaires.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui s'est substitué, pour les décisions prises à compter du 1er mai 2021, aux dispositions de l'article L. 121-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ".
7. Il ne ressort des pièces du dossier, ni que M. B, qui aux termes de sa requête se présente en qualité de ressortissant marocain, disposerait de la nationalité italienne, ni que lui-même ou son épouse justifieraient de l'exercice d'une activité professionnelle en France ou de ressources suffisantes et d'une assurance maladie pour ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, alors, par ailleurs, qu'il déclare être entré en France pour la dernière fois en 2019, soit depuis plus de trois mois à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
8. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. B se prévaut de son entrée en France en 2019 et de son mariage le 11 mai 2018 à la mairie de Pavillons-Sous-Bois avec une ressortissante italienne. Toutefois, il ne justifie d'aucune insertion professionnelle alors qu'il ne conteste pas la matérialité des faits ayant donné lieu à sa convocation pour un stage de sensibilisation sur les violences conjugales le 5 mars 2021 au tribunal judiciaire de Bobigny. Dans ces conditions, l'arrêté en litige n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. En septième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B ne conteste pas la matérialité des faits ayant donné lieu à sa convocation pour un stage de sensibilisation sur les violences conjugales le 5 mars 2021 au tribunal judiciaire de Bobigny. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour au motif qu'il constituait une menace pour l'ordre public, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. En huitième lieu, il ne résulte pas de ce qui précède que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Israël, président,
M. Dumas, premier conseiller,
Mme Caldoncelli Vidal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.
Le rapporteur,
M. Dumas
Le président,
M. Israël
La greffière,
Mme A
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.