Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2305554
vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2305554 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mai 2023, M. A E, représenté par Me Bekel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 janvier 2023 par lequel le préfet de police de Paris a abrogé son habilitation d'accès aux zones de sûreté à accès réglementé des aérodromes, ainsi que la décision rejetant implicitement le recours gracieux formé à son encontre ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il repose sur des faits matériellement inexacts ;
- il repose sur une qualification pénale erronée ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation ;
- il est disproportionné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code des transports ;
- le code des relations entre le public et l'administration
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Morisset, et les conclusions de Mme Nour, rapporteure publique, ont été entendus au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, employé par la société Gestion Interactive des Bagages en correspondance, était habilité à accéder aux zones de sûreté à accès réglementé des plates-formes aéroportuaires par une décision du 12 octobre 2021. Par un arrêté du 2 janvier 2023, le préfet de police a abrogé cette habilitation. M. E demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 2 janvier 2023 ainsi que la décision rejetant implicitement le recours gracieux formé à son encontre.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-00993 du 18 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2022-611 du 19 aout 2022, le préfet de police a donné à M. C D, préfet délégué pour la sécurité et la sûreté des plates-formes aéroportuaires de Paris-Charles de Gaulle, du Bourget et de Paris-Orly, délégation permanente pour signer notamment, des attributions et pouvoirs mentionnés à l'article L. 122-2 du code de la sécurité intérieure et l'article R. 213-1-4 du code de l'aviation civile fixant les dispositions relatives au bon ordre, à la sécurité de l'aviation civile et à la salubrité et celui mentionné à l'article R. 213-1-5 du même code fixant les dispositions relatives à la sûreté de l'aviation civile. Ce même arrêté donne délégation à M. B F, sous-préfet chargé de mission auprès du préfet délégué pour la sécurité et la sûreté des plates-formes aéroportuaires de Paris-Charles de Gaulle, du Bourget et de Paris-Orly et signataire de la décision en litige, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 6342-3 du code des transports : " Doivent être habilités par l'autorité administrative compétente : / 1° Les personnes ayant accès aux zones de sûreté à accès réglementé des aérodromes () ". Aux termes de l'article R. 213-3-1 du code de l'aviation civile, alors en vigueur : " I.- L'habilitation mentionnée à l'article L. 6342-3 du code des transports est demandée par l'entreprise ou l'organisme qui emploie la personne devant être habilitée () / II.- L'habilitation peut être retirée ou suspendue par le préfet territorialement compétent lorsque la moralité ou le comportement de la personne titulaire de cette habilitation ne présente pas les garanties requises au regard de la sûreté de l'Etat, de la sécurité publique, de la sécurité des personnes, de l'ordre public ou sont incompatibles avec l'exercice d'une activité dans les zones de sûreté à accès réglementé des aérodromes, dans les lieux de préparation et stockage des approvisionnements de bord, ou des expéditions de fret ou de courrier postal sécurisées et devant être acheminées par voie aérienne, ainsi que dans les installations mentionnées au III de l'article R. 213-3 () "..
4. Pour prononcer l'abrogation querellée, le préfet de police de Paris s'est fondé sur ce que M. E a commis une infraction grave aux règles de sécurité et de sûreté le 16 août 2022 pour vol aggravé.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'un passager de la compagnie Air France a déclaré, le 17 août 2022, lors de son arrivée à l'aéroport de Roissy, la perte de son sac à dos, contenant en particulier ses écouteurs sans fil. La géolocalisation de ces produits a permis de mettre en cause M. E, qui a été placé en garde à vue puis a accepté de signer un rappel à la loi par officier de police judiciaire, pour soustraction frauduleuse d'un sac sur un lieu destiné à l'accès à un moyen de transport collectif de voyageurs. Ces circonstances suffisent à établir la matérialité des faits de vol fondant la décision en litige, l'intéressé n'apportant aucun élément en sens contraire.
6. En troisième lieu, si le requérant conteste la qualification de vol aggravé qui lui est reproché, la légalité de la décision en litige n'est pas subordonnée à la condition que les faits qui servent de fondement à cette décision constituent une infraction pénale. Ce moyen doit ainsi être écarté.
7. En quatrième lieu, les faits de vol fondant la décision en litige, réalisés grâce aux moyens de la société pour laquelle il travaillait dans le ressort de l'aéroport, dénotent une moralité ou un comportement ne présentant pas les garanties requises au regard de la sécurité publique et incompatibles avec l'exercice d'une activité sur des sites sécurisés à accès réglementé des zones aéroportuaires, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'intéressé n'avait jamais été mis en cause auparavant. Dès lors, le préfet n'a ni entaché sa décision d'erreur d'appréciation, ni pris une mesure disproportionnée, en abrogeant l'habilitation d'accès aux zones de sûreté à accès réglementé des aérodromes, précédemment délivrée à M. E.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. E dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Robbe, président,
Mme Morisset, première conseillère,
M. Hégésippe, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
La rapporteure,
A. MORISSET
Le président,
J. ROBBELe greffier,
C. CHAUVEY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.