Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2308399
mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2308399 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 12 juillet 2023, 18 février 2024 et 27 avril 2024, Mme A C, représentée par Me Boissy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Seine-Saint-Denis sur sa demande de titre de séjour effectuée le 17 octobre 2022 ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de condamner l'Etat aux dépens.
Elle soutient que :
- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 29 mars 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au non-lieu à statuer sur la requête, subsidiairement au rejet des conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'un récépissé de titre de séjour a été délivré à Mme C.
Par une ordonnance en date du 30 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Marias a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante sénégalaise, née le 7 juillet 1974, a déposé le 17 octobre 2022 une demande de délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale ", qui a été rejetée, par une décision implicite du préfet de la Seine-Saint-Denis, dont elle demande l'annulation.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis :
2. Le préfet soutient qu'il n'y aurait plus lieu à statuer sur les conclusions de la requête dès lors que Mme C s'est vu remettre le 12 octobre 2023 un récépissé de titre de séjour valable jusqu'au 11 janvier 2024. Toutefois, le récépissé de demande de carte de séjour délivré à l'intéressée n'a eu ni pour effet, ni pour objet d'abroger le refus implicite de titre de séjour pris à son encontre dès lors qu'il ne statue pas sur le droit au séjour de Mme C. Dans ces conditions, le préfet n'est pas fondé à soutenir que le litige aurait perdu son objet. Par suite, il y a lieu d'écarter l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis
Sur les conclusions de la requête aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est présente sur le territoire national depuis le 16 juillet 2008, qu'elle s'est mariée le 1er juillet 2017 avec un compatriote sénégalais, titulaire d'une carte de résident, qui exerce le métier d'agent de sécurité dans une université parisienne, et avec lequel elle mène une vie commune, un enfant étant né en France le 7 novembre 2017 de cette union. Dans ces conditions, la décision en litige a porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et a ainsi méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il s'ensuit que cette décision doit être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
5. Le motif de cette annulation implique, en l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention "" vie privée et familiale " dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis), partie perdante, une somme de 1 100 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, aucuns dépens n'ayant été exposés, les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite née du silence gardé par le préfet de la Seine-Saint-Denis sur la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par Mme C est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer à Mme C un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement.
Article 3 : L'Etat (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à Mme C une somme de 1 100 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Israël, président,
- M. Marias, premier conseiller,
- Mme D -Vidal, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
Le rapporteur,
M. Marias
Le président,
M. IsraëlLa greffière,
Mme B
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.