Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2401547

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2401547
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête de Mme C, ressortissante turque, qui contestait l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La requérante invoquait sa vie privée et familiale, étant mariée à un ressortissant turc titulaire d'un titre de séjour et mère de trois enfants scolarisés en France. Le tribunal a estimé que les éléments produits ne démontraient pas un séjour habituel en France ni une insertion sociale ou professionnelle suffisante, et que la cellule familiale pouvait se reconstituer en Turquie. La décision s'appuie sur l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, concluant à l'absence d'atteinte disproportionnée ou d'erreur manifeste d'appréciation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 février 2024, Mme B A épouse C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée.

Elle soutient qu'elle est entrée en France le 21 avril 2017, qu'elle est mariée à un ressortissant turc, titulaire d'un titre de séjour, et que de cette union sont nés trois enfants, âgés de six, quatre et un ans, les deux plus grands étant scolarisés à Clichy-sous-Bois (93).

Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Guiral,

- et les observations de Mme C.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante turque née le 22 juillet 1988, demande l'annulation de l'arrêté du 10 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée.

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () "

3. Si Mme C soutient qu'elle réside en France depuis le 21 avril 2017, elle produit, hormis deux certificats de scolarité, une attestation en date du 1er février 2024 d'un fournisseur d'énergie, une attestation de paiement de février 2024 de la caisse d'allocations familiales et une quittance de loyer de décembre 2023, exclusivement des documents d'identité et de voyage. Ces documents ne permettent pas d'établir le caractère habituel de son séjour sur le territoire français. Mme C ne justifie pas davantage, par ces mêmes documents, d'une insertion sociale et professionnelle sur le territoire français. La circonstance que deux de ses enfants soient scolarisés en France et que son époux, lui-même de nationalité turque, soit titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 9 juin 2024, ne fait pas obstacle, alors notamment que rien au dossier ne permet d'établir que son mari serait inséré par le travail, à ce que la cellule familiale que forme la requérante avec son époux et leurs trois enfants se reconstitue en Turquie où la requérante a, selon ses déclarations, vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. Dans ces conditions, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français à destination du pays dont elle a la nationalité, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté litigieux a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, en estimant que la demande d'admission au séjour de la requérante ne répondait pas à des considérations humanitaires ni ne se justifiait au regard de motifs exceptionnels, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 27 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Gauchard, président,

- M. Guiral, premier conseiller,

- Mme Lamlih, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.

Le rapporteur,

S. Guiral

Le président,

L. Gauchard

La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.