Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2409989

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2409989
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil (9ème chambre) a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 6 juin 2024 lui refusant un certificat de résidence et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a notamment considéré que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien n'était pas fondé, en se basant sur l'article R. 5221-20 du code du travail pour relever que la rémunération perçue par le requérant était inférieure au salaire minimum de croissance. La solution retenue est donc le rejet de l'ensemble des conclusions de M. B, y compris ses demandes d'injonction et celles fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2024, M. A C B, représenté par Me Meurou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de délivrance d'un certificat de résidence et prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de procéder, sous un mois, à l'effacement de son signalement au fichier du système d'information Schengen ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, en lui délivrant dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère du 21 février 2024 a été émis en méconnaissance du principe du contradictoire, en l'absence de demande de pièces complémentaires pour actualiser la demande ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'autorité préfectorale s'est estimée liée par l'avis de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère ;

- elle est entachée d'une erreur de fait relative au niveau de sa rémunération ;

- elle méconnaît les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice de compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence ;

- elle est entachée des mêmes erreurs de droit et de fait qui entachent la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence ;

- elle méconnaît les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est entachée d'un vice de compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement prononcée à son encontre ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hégésippe ;

- les conclusions de Mme Nour, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Raymond, substituant Me Meurou, pour M. B.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 13 novembre 1989, est entré en France en 2018 selon ses déclarations. Il a sollicité, le 27 mars 2023, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 6 juin 2024 le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente instance, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 5221-20 du code du travail : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : () 4° La rémunération proposée est conforme aux dispositions du présent code sur le salaire minimum de croissance ou à la rémunération minimale prévue par la convention collective applicable à l'employeur ou l'entreprise d'accueil () ".

3. Pour refuser la délivrance à M. B d'une carte de séjour, l'autorité administrative a notamment retenu que le montant mensuel des rémunérations perçues par l'intéressé était inférieur au salaire minimum de croissance (SMIC). Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B a signé, les 17 septembre 2018, 1er juin et 1er septembre 2021, deux contrats de travail à durée indéterminée ainsi qu'un avenant qui prévoyaient chacun une rémunération fondée sur le salaire minimum de croissance selon la quotité de travail effectué. Il en résulte qu'en estimant que le montant de la rémunération brut de 460,80 euros versée à M. B était inférieur au montant mensuel du SMIC, alors qu'il ressort des pièces du dossier que la rémunération perçue par l'intéressé correspondait à un temps partiel de 40 heures de travail par mois, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché la décision litigieuse d'une erreur de fait.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de délivrance d'une carte de séjour et, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de la Seine-Saint-Denis, ou tout autre préfet territorialement compétent, procède au réexamen de la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 100 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 juin 2024 pris à l'encontre de M. B est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 100 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Robbe, président,

Mme Morisset, première conseillère,

M. Hégésippe, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

D. HEGESIPPE

Le président,

J. ROBBE Le greffier,

C. CHAUVEY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision