Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2411499

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2411499
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à Mme B épouse A un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler. La requérante, titulaire d'une carte de résident depuis vingt ans, justifiait d'une situation d'urgence en raison du risque de rupture de son contrat de travail, et d'une utilité à la mesure, ses tentatives de dépôt en ligne ayant été entravées par un dysfonctionnement administratif. Le tribunal a appliqué les articles R. 431-5 et R. 432-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelant l'obligation de l'administration de délivrer une attestation de prolongation d'instruction en cas de dossier complet.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 aout 2024, et un mémoire, enregistré le 16 octobre 2024, Mme C B épouse A, représentée par Me Pierrot, demande au juge des référés du tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de lui délivrer un récépissé de la demande de renouvellement de son titre de séjour portant autorisation provisoire de séjour et de travail, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies dès lors que l'impossibilité de justifier de son droit au séjour, dont elle bénéficie pourtant depuis vingt ans, et que cette situation l'expose à une rupture de son contrat de travail ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête en référé présentée par Mme B épouse A.

Il fait valoir que le dysfonctionnement qui faisait obstacle à ce que la requérante puisse déposer sa demande de titre de séjour a désormais été résolu.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné M. Jimmy Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B épouse A, ressortissante ivoirienne née le 10 octobre 1972 à Gagnoa (Côte-d'Ivoire), est entrée en France le 5 décembre 1999. Elle a été munie d'un premier titre de séjour en 2002 puis d'une carte de résident valable du 26 juillet 2004 au 25 juillet 2014, renouvelée jusqu'au 25 juillet 2024 et dont elle a à nouveau sollicité le renouvellement le 16 octobre 2024. Par la présente requête, et dans le dernier état de ses écritures, Mme B épouse A demande au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un récépissé de cette demande l'autorisant à travailler.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

3. Aux termes de l'article R. 432-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le dépôt d'une demande présentée au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 donne lieu à la délivrance immédiate d'une attestation dématérialisée de dépôt en ligne. Ce document ne justifie pas de la régularité du séjour de son titulaire. Lorsque l'instruction d'une demande complète et déposée dans le respect des délais mentionnés à l'article R. 431-5 se poursuit au-delà de la date de validité du document de séjour détenu, le préfet est tenu de mettre à la disposition du demandeur via le téléservice mentionné au premier alinéa une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande dont la durée de validité ne peut être supérieure à trois mois. Ce document, accompagné du document de séjour expiré, lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée qu'il précise. Lorsque l'instruction se prolonge, en raison de circonstances particulières, au-delà de la date d'expiration de l'attestation, celle-ci est renouvelée aussi longtemps que le préfet n'a pas statué sur la demande. () ". Et aux termes de l'article R. 431-5 du même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. () ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention d'une attestation de prolongation d'instruction qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, si son dossier est complet de procéder à l'instruction de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Mme B épouse A soutient, sans être contestée sur ce point, avoir tenté, dès mai 2024, soit conformément aux prescriptions de l'article R. 431-5 précité, de déposer sa demande tendant au renouvellement de sa carte de résident, sur la plateforme de l'Administration Numérique des Étrangers en France (ANEF), et que sa tentative de s'y créer un compte n'a pu aboutir, en raison d'un dysfonctionnement de ce téléservice, reconnu en défense par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Elle soutient également avoir accompli plusieurs démarches visant à alerter la préfecture de cette difficulté. Il résulte de l'instruction que ce dysfonctionnement été résolu et que Mme B épouse A a pu procéder à ce dépôt, sur l'ANEF, le 16 octobre 2024, soit en cours d'instance. Cette demande doit ainsi être regardé comme une demande de renouvellement, et non comme une première demande. La carte de résident dont la requérante a demandé le renouvellement avait pour effet de l'autoriser à travailler, de sorte que l'expiration de son dernier titre de séjour l'expose au risque de perdre son emploi de garde d'enfant à domicile qu'elle occupe depuis le mois de septembre 2023. Dans ces conditions, la demande de Mme B épouse A tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un récépissé de sa demande de renouvellement de sa carte de résident l'autorisant à travailler, qui ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative, présente un caractère urgent et utile. Il ne résulte pas des pièces du dossier, en l'absence d'observations formulées par le préfet sur ce point, que le dossier de cette demande présenterait un caractère incomplet, et les conclusions tendant à la délivrance d'un document provisoire ne se heurtent donc à aucune contestation sérieuse.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à Mme B épouse A une attestation de prolongation d'instruction valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a toutefois pas lieu, en l'état de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B épouse A d'une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à Mme B épouse A une attestation de prolongation d'instruction valant autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B épouse A une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B épouse A et au ministre de l'intérieur.

Une copie sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Montreuil, le 2 décembre 2024.

Le juge des référés,

Jimmy Robbe

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.