Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2413220

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2413220
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de convoquer M. B, ressortissant marocain, afin qu'il puisse retirer son titre de séjour dont le renouvellement a été accepté. Le juge a reconnu l'urgence, car l'absence de remise matérielle du titre empêche l'intéressé de justifier de son droit au séjour, d'accéder à un emploi et de bénéficier de ses droits sociaux, malgré ses démarches infructueuses pour obtenir un rendez-vous en ligne. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 septembre et 22 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Siran, demande au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui donner une date de convocation auprès des services de la préfecture aux fins de lui permettre de procéder au retrait de son titre de séjour dans un délai de cinq jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros, à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, ou, dans le cas contraire, à son profit sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'en l'absence de titre de séjour ou de récépissé autorisant sa présence en France, il ne peut ni justifier de son droit au séjour sur le territoire français, ni accéder à un emploi, ni valoir ses droits sociaux, alors qu'il justifie d'une vulnérabilité particulière en raison d'un accident grave dont il a été victime ;

- la mesure demandée présente un caractère utile dès lors que malgré les nombreuses tentatives de prise de rendez-vous sur la plateforme numérique de la préfecture afin de procéder au retrait de son titre de séjour et les courriers adressés aux services préfectoraux en ce sens, il ne s'est toujours pas vu délivrer son titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 octobre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif a désigné M. Jimmy Robbe, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 24 mai 1985 à Ahfir (Maroc), est entré en France en 2000 à l'âge de quinze ans et s'est vu délivrer une carte de résident valable du 18 avril 2013 au 18 avril 2023, dont il a demandé le renouvellement le 20 juin 2023. A ce titre, il s'est vu remettre un récépissé de cette demande, valable du 20 juin 2023 au 19 décembre 2023, qui n'a jamais été renouvelé. Le 6 juin 2024, les services de préfecture ont informé l'intéressé que son titre de séjour était disponible et l'ont invité à prendre rendez-vous en ligne afin de procéder à son retrait. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui donner une date de convocation auprès des services de la préfecture aux fins de lui permettre de procéder au retrait de son titre de séjour.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

4. En l'espèce, il est constant, et il résulte en particulier du sms reçu le 6 juin 2024 par M. B lui indiquant que son titre de séjour est disponible en sous-préfecture, que sa demande de renouvellement de sa carte de résident a été accueillie par le préfet de la Seine-Saint-Denis. M. B, dont le droit au séjour a ainsi déjà été reconnu, justifie, dans cette mesure, de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir la mesure sollicitée, tendant à la remise matérielle de ce titre, et l'urgence, contrairement à ce que fait valoir en défense le préfet de la Seine-Saint-Denis, est donc établie. L'intéressé démontre par la production de nombreuses captures d'écran, contrairement à ce que soutient le préfet de la Seine-Saint-Denis en défense, avoir en vain, entre les 6 juin et 6 septembre 2024, tenté d'obtenir un rendez-vous sur la plateforme dématérialisée de prise de rendez-vous de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, pour pouvoir procéder à cette seule remise matérielle. En outre, par des courriels des 3 juillet et 3 septembre 2024, l'intéressé a également sollicité la préfecture, sans succès, un rendez-vous afin de se voir délivrer son titre de séjour. La condition d'utilité doit également être regardée comme remplie. Enfin, la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne souffre d'aucune contestation sérieuse.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de fixer à M. B un rendez-vous en vue de la remise matérielle de son titre de séjour déjà fabriqué, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Siran d'une somme de 800 euros au titre en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, dans le cas où le bénéfice définitif de l''aide juridictionnelle serait accordé à M. B, et sous réserve que Me Siran renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de fixer à M. B un rendez-vous en vue de la remise matérielle de son titre de séjour déjà fabriqué, dans un délai de sept jours suivant la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Me Siran une somme de 800 euros au titre des frais d'instance dans les conditions fixées au point 8.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Une copie sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Montreuil, le 2 décembre 2024.

Le juge des référés,

J. Robbe

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.