Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2416181

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2416181
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête en référé de M. A, ressortissant guinéen, qui demandait d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de le convoquer pour déposer une demande de renouvellement de titre de séjour. Le juge a estimé que la condition d'utilité de la mesure, prévue à l'article L. 521-3 du code de justice administrative, n'était pas remplie, faute pour le requérant d'avoir suffisamment démontré ses tentatives infructueuses d'obtenir un rendez-vous en ligne. La décision rappelle que l'administration doit fixer un rendez-vous dans un délai raisonnable, mais que la preuve de l'impossibilité d'accéder au service en ligne incombe au demandeur. La requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'urgence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Goeau-Brissonnière, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de le convoquer à un rendez-vous afin de lui permettre de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordé, de lui verser directement cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les conditions relatives à l'urgence et à l'utilité de la mesure sollicitée sont remplies dès lors qu'il a tenté à plusieurs reprises d'obtenir un rendez-vous en préfecture afin de faire enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour, sans succès, et que son contrat de travail a été suspendu par son employeur depuis le 12 novembre 2024, faute de titre de séjour en cours de validité ;

- la mesure sollicitée ne fera pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 20 novembre 2001, a été mis en possession de deux cartes de séjour temporaire portant la mention " salarié " entre le 22 mars 2022 et le 12 novembre 2024. Il soutient avoir tenté, en vain, de se connecter au site internet de la préfecture de la Seine-Saint-Denis à de nombreuses reprises depuis le mois d'août 2024 afin de solliciter le renouvellement de son titre de séjour. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de le convoquer à un rendez-vous afin qu'il puisse déposer sa demande.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel ce rendez-vous doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A fait valoir qu'il a vainement tenté, plusieurs fois par jour et depuis le mois d'août 2024, de se connecter sur le site internet de la préfecture de la Seine-Saint-Denis pour obtenir un rendez-vous afin de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour. Toutefois, au soutien de cette affirmation, il ne produit qu'un unique courriel envoyé aux services préfectoraux le 30 octobre 2024 par son conseil afin d'alerter sur les difficultés qu'il rencontrait, ainsi qu'une attestation sur l'honneur rédigée par son conseil et affirmant qu'il a tenté à de multiples reprises de prendre un rendez-vous pour son client. Ces éléments ne suffisent pas à établir l'impossibilité, pour M. A, de prendre un rendez-vous en ligne dès lors qu'ils ne permettent pas de démontrer que le requérant aurait effectué sans succès des tentatives de prise de rendez-vous sur plusieurs semaines. Par suite, la condition relative à l'utilité de la mesure sollicitée ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée selon la procédure régie par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Goeau-Brissonnière.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Seine-Saint-Denis

Fait à Montreuil, le 5 décembre 2024.

La juge des référés,

I. Dely

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2416181