Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2416321

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2416321
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Montreuil, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A. Ce dernier demandait qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de le convoquer pour retirer un duplicata de sa carte de séjour, indispensable selon lui à l'instruction de sa demande de regroupement familial. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, le requérant n'ayant pas justifié de diligences suffisantes pour obtenir un rendez-vous et pouvant fournir un autre document à l'administration. La condition d'utilité de la mesure sollicitée n'était donc pas non plus satisfaite.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 novembre 2024, M. B C A, représentée par Me Da Costa Cruz, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de le convoquer à un rendez-vous afin de lui permettre de retirer le duplicata de sa carte de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'en l'absence de duplicata de sa carte de séjour comportant sa nouvelle adresse, sa demande de regroupement familiale ne peut être instruite ;

- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'il a tenté à de multiples reprises de prendre contact avec les services préfectoraux afin de récupérer le duplicata de sa carte de séjour, en vain ;

- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C A, ressortissant bangladais né le 1er janvier 1986 à Sylhet, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " valable jusqu'au 6 mars 2027. Le 13 mars 2024, il a déposé une demande de regroupement familial auprès de la direction territoriale de Bobigny de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par un courrier du 5 mars 2024, le directeur territorial de l'OFII a adressé à M. A une demande de compléments par laquelle il sollicitait la transmission de plusieurs documents, dont un titre de séjour comportant sa nouvelle adresse ou bien l'accusé de réception de prise en compte de son changement d'adresse auprès de la préfecture. M. A a alors formulé une demande de duplicata de son titre de séjour comportant sa nouvelle adresse, qui a été acceptée le 12 juillet 2024 par la préfecture de la Seine-Saint-Denis. Le 27 août 2024, il a reçu un SMS lui indiquant que le duplicata de son titre de séjour était disponible en préfecture et l'invitant à prendre rendez-vous en ligne afin de pouvoir le retirer. M. A soutient que depuis cette date, il ne parvient pas à obtenir un rendez-vous sur le site internet de la préfecture, malgré de multiples tentatives et malgré plusieurs courriers et courriels envoyés aux services préfectoraux afin de les alerter sur sa situation. Par la présente requête, il demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de le convoquer à un rendez-vous afin qu'il puisse retirer le duplicata de son titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. D'une part, et ainsi qu'il a été dit au point 1, il résulte de l'instruction que M. A a été prévenu de la disponibilité de son titre de séjour en préfecture par un SMS en date du 27 août 2024. Or, si M. A soutient qu'il a vainement tenté de prendre rendez-vous sur le site internet de la préfecture de la Seine-Saint-Denis depuis cette date, il ne l'établit pas, dès lors que les captures d'écran dudit site internet versées à la présente instance, dont au demeurant la très grande majorité ne sont pas datées, ne font apparaitre que cinq tentatives entre le 25 octobre et le 5 novembre 2024, soit près de deux mois après la réception du SMS. Il en est de même pour les courriers et courriels, envoyés par le conseil du requérant aux services de la préfecture afin de les alerter sur les difficultés rencontrées par M. A pour prendre un rendez-vous, envoyés entre le 8 octobre et le 4 novembre 2024, soit plusieurs semaines après la réception du SMS. D'autre part, il résulte de l'instruction et, notamment, du courrier du directeur territorial de l'OFII du 5 mars 2024 versé à la présente instance et mentionné au point 1, que M. A pouvait, pour répondre à la demande de compléments qui lui était adressée, fournir à l'OFII soit un titre de séjour comportant sa nouvelle adresse, soit l'accusé de réception de la prise en compte du changement d'adresse par la préfecture. Or, il résulte de l'instruction que M. A était en possession d'un tel accusé de réception, dont la capture d'écran est versée au dossier, et que ce dernier pouvait dès lors transmettre ce document à l'OFII afin que sa demande de regroupement familial soit instruite. Par suite, les conditions d'urgence et d'utilité exigées par les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne peuvent être regardées comme remplies.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à B C A, à Me Da Costa Cruz et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Montreuil, le 5 décembre 2024.

La juge des référés,

I. Dely

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2416321