Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2416567

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2416567
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme A visant à suspendre la décision du chef d’établissement du centre de détention de Val-de-Reuil refusant l’autorisation de visite à son compagnon incarcéré. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, faute pour la requérante d’avoir démontré l’ancienneté et l’intensité des liens l’unissant au détenu. La demande a été rejetée sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, sans examen des moyens de légalité soulevés (défaut de motivation, erreur de droit au regard de l’article L. 341-7 du code pénitentiaire, et méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’Homme).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 novembre 2024, Mme B A, représentée par Me Geissmann, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du chef d'établissement du centre de détention de Val-de-Reuil (27100) en date du 27 septembre 2024, portant rejet de sa demande d'autorisation de visite d'un détenu ;

2°) d'enjoindre au chef d'établissement du centre de détention de Val-de-Reuil de lui délivrer un permis pour rendre visite à son compagnon, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle ne sera pas en mesure d'avoir à nouveau un contact direct avec son compagnon avant la fin de la peine de ce dernier le 23 août 2032, qu'elle représente un des seuls soutiens du détenu avec une de ses sœurs et que la décision attaquée porte une atteinte grave et immédiate à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors qu'elle est entachée d'un défaut de motivation, d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 341-7 du code pénitentiaire, qu'elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- la requête enregistrée le 15 novembre 2024 sous le n°2416391, tendant à l'annulation de la décision du 27 septembre 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Tukov, vice-président, pour statuer en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'article L. 522-3 de ce code précise que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, et, l'urgence s'appréciant objectivement, compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Il résulte de l'instruction que les pièces fournies par Mme A à l'appui de sa requête, ne sont pas de nature à établir la preuve de l'ancienneté et de l'intensité des liens qui l'unissent à la personne incarcérée. Il en découle que la condition d'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut pas être regardée comme remplie.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A aux fins de suspension et d'injonction doivent être rejetées par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent également être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Fait à Montreuil, le 2 décembre 2024.

Le juge des référés,

C. Tukov

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2416567