Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2416702
mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2416702 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 novembre et 3 décembre 2024, Mme B A C, représentée par Me Champain, demande au juge des référés :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 28 octobre 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a classé sans suite sa demande de titre de séjour avec " changement de statut ", ainsi que de la décision du même jour, révélée par la précédente, refusant de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande et sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de trois jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser, soit à Me Champain au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, cet avocat renonçant à percevoir la part contributive de l'Etat, soit à elle-même, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée ;
5°) de joindre cette requête avec celle dirigée contre la clôture de la demande d'autorisation de travail en date du 5 novembre 2024.
Elle soutient que :
- le classement sans suite en litige constitue une décision faisant grief susceptible de recours dès lors que l'incomplétude de son dossier lui a été opposée à tort ;
- dès lors qu'elle réside régulièrement sur le territoire français depuis cinq ans, les effets de cette décision sont identiques à ceux d'un refus de renouvellement, qui entraine une présomption d'urgence et qu'à supposer même qu'il n'y ait pas de présomption, l'exécution de cette décision porte une atteinte grave et immédiate à sa situation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Charageat, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante tunisienne née le 10 février 1995, était titulaire d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 30 mars 2022 au 29 mars 2023. Elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à titre principal, la suspension de l'exécution de la décision du 28 octobre 2024 portant classement sans suite de sa demande de titre de séjour, ainsi que de la décision du même jour, révélée par la précédente, refusant de lui délivrer un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire () ". En vertu de l'article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
3. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Il résulte de l'instruction que Mme A C a déposé, d'une part, une demande de titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi ", à la suite de laquelle des récépissés lui ont été délivrés les 22 mai 2023 et 28 mai 2024, d'autre part, une demande de titre de séjour portant la mention " salarié " ou la mention " passeport talent ", enregistrée le 23 août 2024, sous le numéro 19555526, qui a fait l'objet du classement sans suite du 28 octobre 2024 contesté dans la présente instance. Dans ces conditions, la demande enregistrée le 23 août 2024, ne peut être regardée, eu égard à son objet et, au surplus, à la date à laquelle elle a été présentée, comme une demande de renouvellement de titre de séjour, mais s'analyse comme un refus de délivrance d'un nouveau titre de séjour. Mme A C ne peut, dès lors, se prévaloir d'une présomption d'urgence et il lui appartient d'établir cette urgence en justifiant des circonstances particulières mentionnées au point 3. A cet égard, si elle fait valoir que le classement litigieux constitue une décision faisant grief qui porte atteinte à sa situation personnelle et professionnelle, il résulte de l'instruction que la demande d'autorisation de travail déposée par son employeur le 26 août 2024 a été clôturée, que le contrat de travail dont elle se prévaut a pris effet le 4 septembre 2024 et qu'il a été suspendu par son employeur à compter du 21 novembre 2024 alors que l'autorisation de travail accordée par le récépissé délivré le 28 mai 2024 a pris fin le 4 octobre 2024. Par suite, alors qu'il résulte de ce qui a été dit ci-dessus qu'un délai de plus d'un an s'est écoulé entre la date d'expiration du titre de séjour de la requérante et sa seconde demande de titre de séjour, qu'en tout état de cause celle-ci ne justifie pas de l'urgence qui s'attacherait à suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de mesure de classement en litige ainsi que d'une décision révélée par voie de conséquence refusant la délivrance d'un document provisoire de séjour. Il suit de là que la requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions, y compris la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité ni sur l'existence d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A C.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Fait à Montreuil, le 4 décembre 2024.
Le juge des référés,
D. Charageat
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.