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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2604868

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2604868

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2604868
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGUETTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mars 2026, Mme B... A..., représentée par Me Guetta, doit être regardée comme demandant au juge des référés du tribunal, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement rejeté sa demande présentée le 10 décembre 2024 et tendant à la délivrance d’un premier titre de séjour portant la mention « passeport talent » ;

3°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de la convoquer à un rendez-vous afin qu’elle puisse déposer sa demande de titre de séjour portant la mention « passeport talent », dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 500 euros, au profit de son avocat, en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d’aide juridictionnelle, à son profit, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’a défaut d’être mise en possession du titre de séjour dont elle a sollicité la délivrance depuis le 10 décembre 2024, elle se trouve dans une situation précaire ;
- la mesure sollicitée présente un caractère utile et ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative.


La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n’a pas produit de mémoire en défense.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Toutain, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

Mme B... A..., ressortissante algérienne née le 29 janvier 1992 et entrée régulièrement en France sous couvert d’un passeport revêtu d’un visa de long séjour portant la mention « scientifique » et valable du 1er décembre 2024 au 1er mars 2025, a déposé sur la plateforme de l’administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), le 10 décembre 2024, une première demande de titre de séjour portant la mention « passeport talent » et s’est vu délivrer, à cette occasion, une attestation de prolongation d’instruction valable jusqu’au 3 juillet 2025 et ultérieurement renouvelée du 3 octobre 2025 au 2 janvier 2026. Après que sa demande de titre a fait l’objet d’une décision de clôture, notifiée à Mme A... via le site de l’ANEF le 21 octobre 2025, au motif que cette demande devait être déposée par l’intermédiaire du site « demarches-simplifiees.fr », désormais devenu « demarche.numerique.gouv.fr », l’intéressée a sollicité sur ce dernier site, le 30 octobre 2025, un rendez-vous en préfecture afin de pouvoir y déposer sa demande de titre de séjour. Mme A... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de la convoquer à un rendez-vous afin qu’elle puisse déposer sa demande de titre de séjour « passeport talent » et, par ailleurs, de suspendre l’exécution de la décision par laquelle le préfet a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour initialement déposée le 10 décembre 2024.

Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ». Aux termes de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 : « (…) L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ».

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’admettre provisoirement Mme A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.




Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ». Saisi sur le fondement de ces dispositions, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles, ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne fassent obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu’il ne s’agisse de prévenir un péril grave.

Eu égard aux conséquences qu’a sur la situation d’un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France, et dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l’enregistrement de sa demande et au droit qu’il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l’autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l’enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu’après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d’être dit que si l’étranger établit que ces démarches sont demeurées vaines, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu’il fixe, une date de rendez-vous. La condition d’urgence est en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir la mesure sollicitée.

7. Il résulte de l’instruction, ainsi qu’il a été rappelé au point 1, que Mme A..., entrée régulièrement en France sous couvert d’un passeport revêtu d’un visa de long séjour portant la mention « scientifique » et valable du 1er décembre 2024 au 1er mars 2025, a déposé sur la plateforme de l’ANEF, le 10 décembre 2024, une première demande de titre de séjour portant la mention « passeport talent », demande qui a fait l’objet d’une décision de clôture, notifiée à l’intéressée le 21 octobre 2025, au motif qu’elle devait être déposée par l’intermédiaire du site « demarches-simplifiees.fr », désormais devenu « demarche.numerique.gouv.fr ». La requérante justifie avoir alors sollicité sur ce dernier site, le 30 octobre 2025, un rendez-vous en préfecture afin de pouvoir y déposer sa demande de titre de séjour et soutient, sans être contredite par le préfet qui n’a pas produit de mémoire en défense, qu’aucune date de rendez-vous ne lui a été communiquée depuis lors, en dépit, d’ailleurs, des relances effectuées en ce sens par son avocat auprès des services de la préfecture. Enfin, la requérante établit également disposer d’une convention d’accueil en qualité de chercheuse étrangère conclue avec l’Université Paris XIII – Villetaneuse le 17 juin 2025, pour les besoins de laquelle la détention d’un titre de séjour lui est nécessaire. Dans ces conditions, Mme A... doit être regardée comme démontrant que la mesure sollicitée, qui ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse, répond aux conditions d’urgence et d’utilité prévues par les dispositions précitées de l’article L. 521-3 du code de justice administrative.

8. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de convoquer Mme A... à un rendez-vous afin qu’elle puisse déposer sa demande de son titre de séjour « passeport talent », dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions à fin de suspension :

Si Mme A... demande également au juge des référés de suspendre l’exécution de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement rejeté sa demande du 10 décembre 2024 tendant à la délivrance d’un premier titre de séjour portant la mention « passeport talent », il est constant que cette demande, ainsi qu’il a été rappelé au point 1, a fait l’objet, le 21 octobre 2025, d’une décision de clôture, au motif qu’elle devait être déposée par l’intermédiaire du site « demarches-simplifiees.fr ». Les conclusions à fin de suspension de la décision implicite susmentionnée doivent ainsi être regardées comme étant dirigées contre la décision explicite du 21 octobre 2025, qui s’y est substituée. Or la requérante ne développe aucun moyen de légalité à l’encontre de cette dernière décision et, en particulier, ne conteste pas le bien-fondé de ce motif de clôture. Dès lors, ses conclusions à fin de suspension ne peuvent, en tout état de cause, qu’être rejetées.

Sur les frais liés à l’instance :

Mme A... a été provisoirement admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Guetta de la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions précitées, sous réserve que Me Guetta renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat et sous réserve de l’admission définitive de sa cliente à l’aide juridictionnelle. En cas de rejet de sa demande d’aide juridictionnelle, ladite somme sera versée à Mme A... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



O R D O N N E :


Article 1er : Mme A... est provisoirement admise à l’aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de convoquer Mme A... à un rendez-vous afin qu’elle puisse déposer sa demande de son titre de séjour « passeport talent », dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L’Etat versera à Me Guetta la somme de 800 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que Me Guetta renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat et sous réserve de l’admission définitive de sa cliente à l’aide juridictionnelle. Dans l’hypothèse où Mme A... ne serait pas admise définitivement à l’aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A..., à Me Guetta, au ministre de l’intérieur et au préfet de la Seine-Saint-Denis.


Fait à Montreuil, le 1er juillet 2026.


Le juge des référés,





E. Toutain


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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