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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2003763

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2003763

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2003763
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPICOT DE MORAS D'ALIGNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 31 mars 2020, le 3 novembre 2021, le 23 mars 2022, le 17 mai 2022 et le 9 juin 2022, la société par actions simplifiées (SAS) Savoie, représentée par Me Spaëth, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le département des Hauts-de-Seine et la société AFDES à lui verser la somme de 931 692,85 euros hors taxes (HT) en réparation du préjudice subi du fait de la résiliation illégale du lot n° 102 " clos et couvert " du marché de construction et de restructuration du musée-jardin Albert Kahn de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) ;

2°) de condamner le département des Hauts-de-Seine à lui verser la somme de 7 953 914,14 euros toutes taxes comprises (TTC), assortie des intérêts au taux légal à compter de la date à laquelle il aurait dû lui notifier le décompte général, au titre du solde du marché ;

3°) de condamner in solidum le département des Hauts-de-Seine, le groupement de maîtrise d'œuvre Kuma et Associates Europe, la société Balas et la société AFDES à lui verser la somme de 2 488 539,69 euros HT en réparation du préjudice subi du fait de l'allongement du délai d'exécution des travaux ;

4°) de condamner in solidum le groupement de maîtrise d'œuvre Kuma et Associates Europe, la société Balas, la société AFDES, la société Castel Alu et la société Barbot CM à la garantir de toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre ;

5°) de rejeter les demandes reconventionnelles de la société Axima Concept et les appels en garantie des sociétés Castel Alu, Barbot CM et AFDES ;

6°) de mettre les entiers dépens à la charge in solidum du département des Hauts-de-Seine, du groupement de maîtrise d'œuvre Kuma et Associates Europe, de la société Balas, de la société Castel Alu et de la société Barbot CM ;

7°) de mettre la somme de 120 000 euros à la charge in solidum du département des Hauts-de-Seine, du groupement de maîtrise d'œuvre Kuma et Associates Europe et de la société Balas en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

8°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge des sociétés Castel Alu et Barbot CM en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

9°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de la société Axima Concept en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la résiliation du marché est abusive dès lors que les manquements sur lesquels elle est fondée ne sont pas établis, qu'ils ne relèvent pas de sa responsabilité, qu'ils ne justifient pas une sanction de résiliation, que le département des Hauts-de-Seine a commis des fautes de nature exonératoires et que le préjudice subséquent doit être indemnisé à hauteur de 931 692,85 euros HT ;

- le décompte, établi irrégulièrement, est entaché d'erreurs quant au montant des travaux de reprise, à la valorisation de l'avancement des travaux, à la valorisation des ordres de service intervenus, à l'absence de prise en compte de l'augmentation de la durée globale des travaux, aux pénalités de retard infligées, au montant retenu pour la fixation des prix et à la date de naissance des intérêts moratoires ; le préjudice subséquent doit être indemnisé à hauteur de 7 953 914,14 euros TTC ;

- la responsabilité quasi-délictuelle du groupement de maîtrise d'œuvre et de la société Balas est engagée en raison de l'augmentation de la durée globale des travaux ; le préjudice subséquent doit être indemnisé à hauteur de 2 488 539,69 euros HT.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 août 2021, le 23 mai 2022 et le 23 août 2022, les société Peutz et Associés et BTP Consultants, représentées par Me Puybaret, concluent, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) au rejet de la requête de la SAS Savoie et des demandes reconventionnelles formées à leur encontre ;

2°) à la condamnation in solidum des sociétés AFDES, Balas, Castel Alu, Barbot CM et Bonnel à les garantir de toute condamnation susceptible d'être prononcée à leur encontre ;

3°) à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la SAS Savoie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que leur responsabilité ne peut être engagée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2021, les SAS Planitec BTP, Setec Bâtiment et Setec Hydratec, représentées par Me Picot d'Aligny, concluent :

1°) au rejet des demandes reconventionnelles formées à leur encontre ;

2°) à la condamnation in solidum du département des Hauts-de-Seine et des sociétés Savoie, Kuma et Associates Europe, AIA Ingénierie, Lucigny-Talhoüet et Associés, Artce3, Oger international, AFDES, Balas, Peutz et Associés, BTP Consultants et Michel Desvigne à les garantir de toute condamnation susceptible d'être prononcée à leur encontre ;

3°) à ce que les entiers dépens soient mis à la charge de toute partie succombante, in solidum le cas échéant ;

4°) à ce que la somme de 12 180 euros soit mise à la charge de toute partie succombante, in solidum le cas échéant, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que leur responsabilité ne peut être engagée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 septembre 2021, le 3 mars 2022, le 18 mai 2022 et le 29 août 2022, la SAS Balas, représentée par Me Janvier, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à la condamnation du département des Hauts-de-Seine et des sociétés Kuma et Associates Europe, Michel Desvigne, Peutz et Associés, Lucigny-Talhoüet et Associés, AIA Ingénierie, Setec Hydratec, Setec Bâtiment, Ducks Sceno, VetP Green Engineering, Planitec BTP, Castel Alu, Barbot CM, Bonnel, AFDES et Oger International à la garantir de toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre ;

3°) à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la SAS Savoie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que sa responsabilité ne peut être engagée et que, en tout état de cause, le quantum d'indemnisation retenu par la SAS Savoie n'est pas justifié.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 septembre 2021 et le 3 mars 2022, le département des Hauts-de-Seine, représenté par Me Pichon, conclut :

1°) à ce que les pénalités de retard infligées à la SAS Savoie n'excèdent pas 1 629 652,06 euros et au rejet du surplus des conclusions de la requête ;

2°) à ce que les entiers dépens de l'instance soient mis à la charge de la SAS Savoie ;

3°) à ce que la somme de 50 000 euros soit mise à la charge de la SAS Savoie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les prétentions de la SAS Savoie ne sont pas fondées.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 septembre 2021, le 4 mars 2022, le 10 juin 2022 et le 5 septembre 2022, les société Kuma et Associates Europe, AIA Ingénierie et Lucigny-Talhoüet et Associés, représentées par Me Goulet, concluent, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, à ce que les demandes de la SAS Savoie soient réduites à de plus justes proportions ;

2°) à la condamnation des sociétés Balas, AFDES, Castel Alu, Barbot CM, Planitec BTP, Setec Hydratec et Setec Bâtiment à les garantir de toute condamnation susceptible d'être prononcée à leur encontre ;

3°) à ce que la somme de 10 000 euros soit mise à la charge de la SAS Savoie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles font valoir que les prétentions de la SAS Savoie ne sont pas fondées.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 janvier 2022 et le 21 juin 2022, la société VetP Green Engineering, représentée par Me Martin, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) au rejet des demandes reconventionnelles formées à son encontre ;

2°) à condamner in solidum les sociétés Kuma et Associates Europe, AFDES et tout autre succombant à la garantir de toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre ;

3°) à ce que la somme de 6 000 euros soit mise à la charge de la SAS Savoie ou de tout autre succombant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soulève une exception d'incompétence du tribunal administratif de Cergy-Pontoise quant aux prétentions de la SAS Savoie à son encontre dès lors qu'elles ne sont pas liées par un contrat et qu'elle est liée au mandataire du groupement de maîtrise d'œuvre par un contrat de droit privé. Elle fait subsidiairement valoir que sa responsabilité n'est pas engagée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 avril 2022, le 10 juin 2022 et le 5 septembre 2022, la société Barbot CM, représentée par Me Dalibard, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, au rejet des appels en garantie formés à son encontre par les sociétés Savoie, Balas, AFDES, Peutz et Associés et BTP Consultants et à la mise à la charge de chacune de ces sociétés de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que sa garantie de la société Balas soit limitée à la somme de 3 886,94 euros, à la condamnation in solidum du département des Hauts-de-Seine et des sociétés Savoie, Balas, AFDES, Bonnel, Kuma et Associates Europe, Michel Desvigne, Peutz et Associés, Lucigny-Talhoüet et Associés, AIA Ingénierie, Setec Hydratec, Setec Bâtiment, Ducks Sceno, VetP Green Engineering et Planitec BTP à la garantir de toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge respective de chacune de ces sociétés en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que sa responsabilité ne peut être engagée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 avril 2022, le 10 juin 2022 et le 5 septembre 2022, la société Castel Alu, représentée par Me Dalibard, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, au rejet des appels en garantie formés à son encontre par les sociétés Savoie, Balas, AFDES, Peutz et Associés et BTP Consultants et à la mise à la charge de chacune de ces sociétés de la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que sa garantie de la société Balas soit limitée à la somme de 3 886,94 euros, à la condamnation in solidum du département des Hauts-de-Seine et des sociétés Savoie, Balas, AFDES, Bonnel, Kuma et Associates Europe, Michel Desvigne, Peutz et Associés, Lucigny-Talhoüet et Associés, AIA Ingénierie, Setec Hydratec, Setec Bâtiment, Ducks Sceno, VetP Green Engineering et Planitec BTP à la garantir de toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge respective de chacune de ces sociétés en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que sa responsabilité ne peut être engagée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 mai 2022, le 9 juin 2022 et le 2 septembre 2022, la société AFDES, représentée par Me Mathurin, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête et des demandes reconventionnelles formées à son encontre, à ce que les entiers dépens soient mis à la charge de toute partie succombante ;

2°) à titre subsidiaire, à la condamnation in solidum des sociétés Michel Desvigne, Peutz et Associés, Lucigny-Talhoüet et Associés, AIA Ingénierie, Setec Hydratec, Setec Bâtiment, Ducks Sceno, VetP Green Engineering, Planitec BTP et Artec3, représentées par les sociétés Kuma et Associates Europe, Savoie SAS, Balas, Castel Alu et Barbot CM, à la garantir de toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre et à la limitation de sa responsabilité à 10 % sur le poste 7 de la période n° 2 ;

3°) en tout état de cause, à ce que les entiers dépens et la somme de 5 000 euros soit mis à la charge de toute partie succombante au titre des articles R. 761-1 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soulève une fin de non-recevoir de la requête de la SAS Savoie tirée de son absence de mémoire en réclamation préalable, une fin de non-recevoir de l'appel en garantie formé à son encontre par la société VetP Green Engineering tirée de l'absence de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, une exception d'incompétence du tribunal administratif de Cergy-Pontoise quant à l'appel en garantie formé à son encontre par la SAS Savoie dès lors qu'elles sont liées par un contrat de droit privé. Elle fait en outre valoir que sa responsabilité ne peut être engagée.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 31 mai 2022, la société Axima Concept, représentée par Me Bochereau, conclut :

1°) à la condamnation in solidum du département des Hauts-de-Seine et de la SAS Savoie à lui verser la somme de 8 859,99 euros, assortie des intérêts moratoires, au titre du solde des travaux réalisés, ainsi que la somme de 105 702,84 euros, assortie des intérêts moratoires à compter du 5 juillet 2019, en réparation des préjudices subis du fait des difficultés rencontrées sur le chantier ;

2°) et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du département des Hauts-de-Seine et de la SAS Savoie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que sa responsabilité ne peut être engagée.

Les sociétés Michel Desvignes, Ducks Sceno, Artec3 et Oger International, auxquelles la procédure a été communiquée, n'ont pas produit de mémoire.

La clôture d'instruction a été fixée au 30 septembre 2022 par une ordonnance du 12 septembre 2022.

Par courriers du 27 septembre 2024 et 9 octobre 2024, le tribunal a demandé la communication de pièces complémentaires.

Par courrier du 5 novembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés :

1°) de l'incompétence du tribunal administratif pour connaître des conclusions présentées par la SAS Savoie à l'encontre de la société AFDES et des conclusions présentées par la société AFDES à l'encontre de la SAS Savoie, en raison de la nature de droit privé du contrat les liant ;

2°) de l'irrecevabilité des conclusions présentées par la société Axima Concept, en dehors de ses conclusions fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative, dès lors qu'elle est intervenante volontaire à l'instance.

Par un mémoire du 6 novembre 2024, la SAS Savoie a répondu au premier moyen d'ordre public relevé par le tribunal.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gay-Heuzey, conseillère,

- les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public ;

- les observations de Me Spaëth, représentant la SAS Savoie ;

- les observations de Me Gaborian, représentant la SAS Balas ;

- les observations de Me Pilorge, représentant le département des Hauts-de-Seine ;

- les observations de Me Goulet, représentant les société Kuma et Associates Europe, AIA Ingénierie et Lucigny-Talhoüet et Associés ;

- et les observations de Me Thuilleaux, représentant la société Barbot CM et la société Castel Alu.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre de l'opération de construction et de restructuration du musée-jardin Albert Kahn, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le département des Hauts-de-Seine a confié, le 5 novembre 2015, le lot 102 " macro-lot portant le clos et le couvert ", d'une durée de vingt-quatre mois dont deux mois de préparation, au groupement d'entrepreneurs composé des sociétés Barbot CM, Castel Alu, Bonnel, et Savoie, mandataire solidaire, pour un montant de 9 903 024 euros hors taxes (HT). En raison de dysfonctionnements dans l'exécution du marché, le département des Hauts-de-Seine a mis la société par actions simplifiée (SAS) Savoie en demeure de respecter ses obligations contractuelles, par un courrier du 18 juillet 2018, ajourné les travaux à compter du 15 octobre 2018, par un courrier du 12 octobre 2018, et résilié le marché, par une décision du 30 octobre 2018. Le 20 décembre 2019, le département des Hauts-de-Seine a notifié le décompte définitif de résiliation à la SAS Savoie. Par la présente requête, celle-ci demande au tribunal, notamment, de condamner le département des Hauts-de-Seine et la société AFDES à lui verser la somme de 931 692,85 euros HT en réparation du préjudice subi du fait de la résiliation illégale du marché, de condamner le département des Hauts-de-Seine à lui verser la somme de 7 953 914,14 euros toutes taxes comprises (TTC), assortie des intérêts au taux légal, au titre du solde du marché et de condamner in solidum le département des Hauts-de-Seine, le groupement de maîtrise d'œuvre Kuma et Associates Europe ainsi que les société Balas et AFDES à lui verser la somme de 2 488 539,69 euros HT en réparation du préjudice subi du fait de l'allongement du délai d'exécution des travaux.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. Le litige né de l'exécution d'un marché de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux relève de la compétence de la juridiction administrative, sauf si les parties en cause sont unies par un contrat de droit privé. Par conséquent, les conclusions formées par la SAS Savoie à l'encontre de la société AFDES, à laquelle elle est unie par un contrat de sous-traitance de droit privé, et réciproquement les conclusions formées par la société AFDES à l'encontre de la SAS Savoie, ne peuvent qu'être rejetées en tant qu'elles sont présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur la recevabilité des conclusions :

3. Une intervention ne peut être admise que si son auteur s'associe soit aux conclusions du requérant, soit à celles du défendeur.

4. L'intervention de la société Axima Concept tend à la condamnation in solidum du département des Hauts-de-Seine et de la SAS Savoie à lui verser la somme de 8 859,99 euros, assortie des intérêts moratoires, au titre du solde des travaux réalisés, ainsi que la somme de 105 702,84 euros, assortie des intérêts moratoires à compter du 5 juillet 2019, en réparation des préjudices subis du fait des difficultés rencontrées sur le chantier, et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du département des Hauts-de-Seine et de la SAS Savoie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces conclusions indemnitaires, qui ne tendent pas aux mêmes fins que les conclusions présentées par la SAS Savoie, les société Peutz et Associés et BTP Consultants, les SAS Planitec BTP, Setec Bâtiment et Setec Hydratec, la SAS Balas, le département des Hauts-de-Seine, les sociétés Kuma et Associates Europe, AIA Ingénierie et Lucigny-Talhoüet et Associés ainsi que la société VetP Green Engineering, ne sont, par suite, pas recevables. L'intervention de la société Axima Concept ne peut donc être admise.

Sur la résiliation du marché :

5. Aux termes de l'article 46.3 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux (CCAG-Travaux), dans sa version issue de l'arrêté du 8 septembre 2009 applicable au marché en litige : " 46. 3. 1. Le représentant du pouvoir adjudicateur peut résilier le marché pour faute du titulaire dans les cas suivants : () c) Le titulaire, dans les conditions prévues à l'article 48, ne s'est pas acquitté de ses obligations dans les délais contractuels, après que le manquement a fait l'objet d'une constatation contradictoire et d'un avis du maître d'œuvre, et si le titulaire n'a pas été autorisé par ordre de service à reprendre l'exécution des travaux ; dans ce cas, la résiliation du marché décidée peut être soit simple, soit aux frais et risques du titulaire et, dans ce dernier cas, les dispositions des articles 48. 4 à 48. 7 s'appliquent ; () ". Selon l'article 48.2 du même cahier : " 48.2. Si le titulaire n'a pas déféré à la mise en demeure, la poursuite des travaux peut être ordonnée, à ses frais et risques, ou la résiliation du marché peut être décidée. ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'entrepreneur ne peut solliciter, au titre de ses relations contractuelles avec l'administration, l'indemnisation du préjudice qu'il a subi du fait de la résiliation à ses frais et risques du marché qui lui avait été attribué. Il lui est néanmoins possible, dans l'hypothèse où cette décision serait irrégulière et injustifiée, d'obtenir réparation du tort que lui aurait ainsi causé la faute commise par l'administration. Dans cette hypothèse, seule une faute d'une gravité suffisante est de nature à justifier, en l'absence de clause prévue à cet effet, la résiliation d'un marché public aux torts exclusifs de son titulaire. Par ailleurs, les fautes commises par le cocontractant de la personne publique dans l'exécution du contrat sont susceptibles, alors même qu'elles ne seraient pas d'une gravité suffisante pour justifier la résiliation du contrat aux torts du titulaire, de limiter en partie son droit à l'indemnisation du préjudice qu'il subit du fait de cette résiliation irrégulière.

7. D'une part, l'article 4.4.4.1 de la notice d'organisation du chantier prévoit que " Le principe retenu pour le réseau de distribution d'électricité de chantier est le suivant : L'entreprise titulaire du Lot 102 réalise depuis le réseau de distribution publique un réseau de distribution principal de chantier et le réseau de distribution nécessaire à ses propres besoins () pour le bâtiment neuf E2 ; L'entreprise titulaire du Lot 102 réalise également depuis le réseau de distribution publique un réseau alimentant les installations de la base-vie avec pose d'un compteur () / L'entreprise titulaire du Lot 102 devra au titre de son marché : () La mise en œuvre, la location pendant la durée du chantier et la dépose de son propre poste de transformation (cabine SEREM) pour le bâtiment neuf E2. La puissance estimée est de 250KVA. () L'entreprise titulaire du Lot 102 se chargera d'obtenir les bilans de puissance auprès des entreprises et d'assurer la mise à disposition d'une puissance électrique suffisante pour l'ensemble du chantier () Les entreprises ayant des besoins particuliers en force, éclairage ou chauffage () pourront demander directement des alimentations particulières à l'entreprise titulaire du Lot 102 qui répondra sous réserve de faisabilité. () ".

8. Il résulte de ces dispositions que la SAS Savoie était tenue de fournir une puissance électrique de 250kva sur le chantier du marché, que l'absence d'obtention des bilans de puissance des autres entreprises n'y faisait pas obstacle et que la réserve de faisabilité ne s'appliquait qu'aux besoins particuliers. Si la SAS Savoie allègue qu'elle n'a pu fournir la puissance électrique à laquelle elle était contractuellement tenue en raison de l'impossibilité technique opposée par le réseau de distribution d'électricité ENEDIS, elle ne produit aucun justificatif au soutien de cette allégation. Par suite, le manquement contractuel opposé à ce titre par le département des Hauts-de-Seine à la SAS Savoie est caractérisé.

9. D'autre part, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté par les parties que la charpente CCS épine pergola du bâtiment G s'est déformée pendant l'exécution du chantier. Si la SAS Savoie soutient qu'elle n'était pas tenue de réaliser et de supporter le coût des travaux de reprise y afférents, dès lors que cette déformation ne lui était pas imputable, il résulte de l'instruction que cet ouvrage n'a pas été réceptionné. La transmission et la réalisation d'une solution de reprise de ces travaux relevaient donc de la responsabilité de la SAS Savoie. Par suite, le manquement contractuel opposé par le département des Hauts-de-Seine à la SAS Savoie sur ce terrain est caractérisé.

10. Il résulte de ce qui précède que les manquements contractuels examinés aux points 8 et 9 ci-dessus ont eu un impact significatif sur l'exécution des travaux et révèlent des fautes graves de la SAS Savoie dans l'exécution de ses obligations contractuelles. La résiliation du marché en litige était donc justifiée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres manquements, moins graves, opposés par le département des Hauts-de-Seine à la SAS Savoie. Par suite, celle-ci n'est pas fondée à solliciter une indemnisation de 931 692,85 euros HT au motif d'une résiliation abusive.

Sur le décompte :

11. Aux termes de l'article 47.2.3 du CCAG-Travaux : " Le décompte de liquidation est notifié au titulaire par le pouvoir adjudicateur, au plus tard deux mois suivant la date de signature du procès-verbal prévu à l'article 47.1.1. Cependant, lorsque le marché est résilié aux frais et risques du titulaire, le décompte de liquidation du marché résilié ne sera notifié au titulaire qu'après règlement définitif du nouveau marché passé pour l'achèvement des travaux. Dans ce cas, il peut être procédé à une liquidation provisoire du marché, dans le respect de la règlementation en vigueur. ".

12. Si la SAS Savoie soutient que le décompte de résiliation a été établi à l'issue d'une procédure irrégulière, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur la régularité de celui-ci.

En ce qui concerne les réserves :

13. Le maître d'ouvrage ne peut mettre à la charge du titulaire évincé les conséquences onéreuses du marché passé ultérieurement, lorsque la résiliation du marché public de travaux pour faute du titulaire est simple, mais peut mettre à la charge de son cocontractant défaillant le surcoût résultant de la passation d'un marché de substitution pour achever les prestations.

14. La SAS Savoie conteste les réserves appliquées par le département des Hauts-de-Seine dans le solde de son décompte, arguant à cet égard que le maître de l'ouvrage ne pouvait légalement réserver les indemnités susceptibles de lui être réclamées par les autres intervenants sur le chantier. Toutefois, si, comme l'accorde le département, une résiliation pour faute simple et non aux frais et risques du cocontractant fait obstacle à ce que soit mis à sa charge le paiement du marché de substitution, le maître de l'ouvrage peut néanmoins réclamer au titulaire réparation des préjudices que sa faute lui a causées. Si, à ce titre, le département des Hauts-de-Seine demande une somme de 250 000 euros, la décomposition du prix global et forfaitaire de l'entreprise substituée à la SAS Savoie fait seulement ressortir la somme de 150 000 euros en ce qui concerne le ravalement des bâtiments A et F. Par suite, la SAS Savoie est fondée à solliciter la condamnation du département des Hauts-de-Seine à lui verser la somme de 100 000 euros HT indûment réservée dans le décompte transmis par le département.

En ce qui concerne les travaux réalisés à la date de la résiliation :

15. Un différend oppose les parties au marché sur le taux d'avancement des prestations à la date de la rupture anticipée du contrat. Si titulaire et maître de l'ouvrage s'accordent sur le taux de réalisation des travaux supplémentaires ordonnés par l'avenant n° 1, évalué à 99,30 %, la SAS Savoie soutient cependant que les travaux initiaux étaient achevés à 91,52 % alors que le département des Hauts-de-Seine, sur proposition du maître d'œuvre, retient quant à lui un taux de 88,56 %. Dès lors que l'expert a estimé le taux de couverture des prestations à 91,17 %, taux qui a pu être débattu en cours d'expertise, il y a lieu de le retenir et de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine l'écart de 426 333,67 euros HT qui en résulte au titre des travaux réalisés à la date de la résiliation du marché.

En ce qui concerne les travaux supplémentaires commandés non valorisés ou insuffisamment valorisés :

16. Dans le cadre d'un marché à prix global et forfaitaire, l'entrepreneur a le droit d'être indemnisé du coût des travaux supplémentaires, non prévus au contrat, s'ils ont été prescrits par ordre de service ou acceptés par le maître d'ouvrage ou si à défaut d'ordre de service ou d'acceptation du maître d'ouvrage, ils présentent un caractère indispensable à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art. La charge définitive de l'indemnisation incombe, en principe, au maître d'ouvrage.

17. Premièrement, il résulte de l'instruction que les ordres de service n°s 41, 47, 53, 54, 61, 75, 84, 107, 45, 46, 85, 88, 89, 98, 100, 101, 109, 112, 114, 120 et 121 constituent des ordres de service exécutoires relatifs à des travaux dont la rémunération est comprise dans le prix global et forfaitaire du marché, sans que la SAS Savoie ne produise d'éléments justifiant de leur caractère supplémentaire. Par suite, la SAS Savoie n'est pas fondée à en solliciter l'indemnisation.

18. Deuxièmement, la SAS Savoie ne justifie pas du caractère supplémentaire des travaux allégués ni du montant supplémentaire de valorisation dont elle sollicite l'indemnisation pour les ordres de service n°s 55, 74, 80, 81, 90, 94, 96, 103, 105, 106, 113 et 118. Par suite, la SAS Savoie n'est pas fondée à en solliciter l'indemnisation.

19. Troisièmement, si la SAS Savoie sollicite le paiement des fiches techniques modificatives n°s 52, 93, 107, 109, 113, 114, 115, 118, 121, 122, 123, 127 et 129, elle ne produit aucune pièce justificative au soutien de ses demandes. Par suite, la SAS Savoie n'est pas fondée à en solliciter l'indemnisation.

En ce qui concerne les fautes du maître de l'ouvrage :

20. Les difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à indemnité au profit de l'entreprise titulaire du marché que dans la mesure où celle-ci justifie soit que ces difficultés trouvent leur origine dans des sujétions imprévues ayant eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat, soit qu'elles sont imputables à une faute de la personne publique commise notamment dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre, en particulier dans le cas où plusieurs cocontractants participent à la réalisation de travaux publics.

21. Premièrement, si la SAS Savoie soutient que le département des Hauts-de-Seine a commis des fautes dans l'anticipation des travaux de désamiantage et de curage et dans les relevés perturbés par les problèmes de structure, il résulte de l'instruction qu'elle a, sur ces points, renoncé à tout recours ultérieur, comme cela ressort des stipulations de l'article 4 de l'avenant n° 1 du 21 mars 2017. Par suite, les prétentions de la SAS Savoie ne peuvent être accueillies sur ce terrain.

22. Deuxièmement, si la SAS Savoie sollicite l'engagement de la responsabilité du département des Hauts-de-Seine au titre de fautes de conception, il résulte de l'instruction que la conception du projet incombait au maître d'œuvre. A cet égard, la SAS Savoie ne peut se borner à reprocher au maître de l'ouvrage d'avoir ignoré les défaillances de l'architecte. Par suite, faute de démontrer une éventuelle faute du département des Hauts-de-Seine dans la conduite du chantier, elle n'est pas fondée à solliciter l'indemnisation des dommages qui en ont résulté.

23. Troisièmement, si la SAS Savoie reproche au département des Hauts-de-Seine les modifications apportées au projet en cours de chantier et des visas qui lui auraient été adressés avec un retard systématique, elle reste à cet égard sur le mode de la pure allégation, sans apporter d'éléments de nature à caractériser des fautes du département. Par suite, ses conclusions indemnitaires présentées à ce titre doivent être rejetées.

24. Quatrièmement, si la SAS Savoie argue de difficultés rencontrées par la société sous-traitante AFDES dans la réalisation de la synthèse, de l'ordonnancement incohérent des travaux par le maître d'œuvre et de la défaillance des autres lots du marché, elle n'établit ni même allègue que ces éléments seraient constitutifs de fautes commises par le maître d'ouvrage dans la conduite du chantier dont elle serait fondée à solliciter l'indemnisation.

En ce qui concerne les pénalités de retard :

25. En premier lieu, il résulte de l'avenant n° 1 du 21 mars 2017 qu'il a levé l'ensemble des pénalités antérieures à sa notification, soit la somme de 179 208,48 euros. Par suite, la SAS Savoie est fondée à solliciter le remboursement de cette somme, dont le département des Hauts-de-Seine reconnaît d'ailleurs être débiteur.

26. En deuxième lieu, la SAS Savoie soutient que le département a fait une inexacte application des dates jalons retenues pour déterminer le nombre de jours de retard dans l'exécution des travaux relatifs aux bâtiments B, E1, E2, F et G et que les montants d'assiette des retards correspondants sont entachés d'inexactitude. A cet égard, il résulte effectivement de l'instruction que pour le bâtiment B, l'avenant n° 1 au marché évoqué au point 21 ci-dessus a levé l'ensemble des pénalités antérieures à sa date de notification, le 21 mars 2017, de sorte que seul le jour de retard du 22 mars 2017 pouvait être pénalisé. Si, sur ce point, la SAS Savoie conteste le montant de 3 405,91 euros retenu pour le retard sur le bâtiment B, correspondant à 1/1000ème de l'assiette de 3 406 910 euros retenue pour la phase A/B/C/H conformément à l'article 10.3 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché, elle ne justifie pas de l'erreur qui aurait été commise par le département des Hauts-de-Seine. Par suite, la SAS Savoie n'apportant aucun élément probant pour contester les autres dates jalons retenues par le pouvoir adjudicateur ni les montants d'assiette, elle est seulement fondée à demander la condamnation du département des Hauts-de-Seine à lui reverser la somme indue de 81 741,84 euros HT correspondant à 24 jours de retard sur les travaux du bâtiment B.

27. En troisième lieu, aux termes de l'article 10.3 du CCAP : " () par dérogation à l'article 48.1 du C.C.A.G-Travaux, toutes les pénalités et retenues sont appliquées par le maître d'œuvre ou maître de l'ouvrage sans mise en demeure préalable, sur simple constatation, notifiées sur le compte-rendu de chantier. () Les pénalités donneront lieu à récapitulation lors de l'établissement du décompte général. () ".

28. Il résulte de l'instruction que les pénalités infligées à la SAS Savoie reposent sur des retards constatés dans divers comptes rendus de chantier et ont fait l'objet d'un récapitulatif lors de l'établissement du décompte de résiliation. Par suite, la SAS Savoie n'est pas fondée à solliciter une indemnisation au motif que les pénalités en cause n'auraient pas été préalablement constatées avec suffisamment de précision et que des informations erronées quant à leur mode de calcul lui auraient été communiquées pendant l'exécution du marché.

29. Enfin, la SAS Savoie conteste sa responsabilité dans les retards qui ont motivé les pénalités de retard en litige, d'un montant de 1 730 940,55 euros. Sur ce point, l'expert a estimé que la SAS Savoie était responsable des retards à hauteur de 40 %, le maître d'œuvre à hauteur de 40 % également et les sociétés Castel Alu, Barbot CM, Bonnel et Balas à hauteur de 20 %. Ces parts de responsabilité ne sont pas utilement contestées par la SAS Savoie, qui n'invoque ni ne justifie les défaillances de la cellule de synthèse et de ses sociétés co-traitantes. Dans ces conditions, la responsabilité de la SAS Savoie doit être retenue à hauteur de 55 %, correspondant aux 40 % de responsabilité propre qui lui incombent et aux 15 % de responsabilité qui lui incombent en tant que mandataire des sociétés Castel Alu, Barbot CM, Bonnel et Balas. Par suite, après avoir retiré du montant global de 1 730 940,55 euros les sommes de 179 208,48 euros et 81 741,84 euros évoquées aux points 25 et 26 ci-dessus, soit 1 469 990,23 euros, il y a lieu de condamner le département des Hauts-de-Seine à reverser à la SAS Savoie la somme de 661 495,60 euros correspondant aux 45 % de responsabilité qui ne lui sont pas imputables dans la survenance des retards sanctionnés.

En ce qui concerne la révision des prix :

30. Aux termes de l'article 10.4.4 du CCAG-Travaux : " () Si les travaux ne sont pas achevés à l'issue du délai de réalisation des prestations, et si ce délai n'a pas fait l'objet d'une prolongation dans les conditions prévues à l'article 19.2, la révision des règlements ultérieurs à la date contractuelle de fin d'exécution se fait sur la base de la valeur des index de référence à la date d'achèvement contractuelle. ". Selon l'article 7.3 du CCAP du marché, l'index de référence I applicable pour le lot 102 est le BT01.

31. Il résulte de ces stipulations que, contrairement à ce que soutient la SAS Savoie, l'index de révision des prix BT01 doit être celui existant le 15 octobre 2018, date d'ajournement des travaux du marché en litige, et non pas le 4 mars 2019, date des constats de résiliation. Par suite, le département des Hauts-de-Seine ayant correctement appliqué l'index pertinent, la SAS Savoie n'est pas fondée à solliciter d'indemnisation à ce titre.

En ce qui concerne le solde global et les intérêts moratoires

32. Il résulte de ce qui précède que la SAS Savoie est fondée à solliciter la condamnation du département des Hauts-de-Seine à lui verser la somme globale de 1 187 829,27 euros HT au titre du solde du marché, soit 100 000 euros au titre du montant de la réserve, 426 333,67 euros au titre des travaux réalisés et 661 495,60 euros au titre des pénalités de retard indument infligées, majorée de la taxe sur la valeur ajoutée éventuellement applicable.

33. Aux termes de l'article 13.4.3 du CCAG-Travaux : " En cas de contestation sur le montant des sommes dues, le représentant du pouvoir adjudicateur règle, dans un délai de trente jours à compter de la date de réception de la notification du décompte général assorti des réserves émises par le titulaire ou de la date de réception des motifs pour lesquels le titulaire refuse de signer, les sommes admises dans le décompte final. Après résolution du désaccord, il procède, le cas échéant, au paiement d'un complément, majoré, s'il y a lieu, des intérêts moratoires, courant à compter de la date de la demande présentée par le titulaire. ". L'article R. 2192-10 du code de la commande publique dispose que : " Le délai de paiement prévu à l'article L. 2192-10 est fixé à trente jours pour les pouvoirs adjudicateurs, y compris lorsqu'ils agissent en tant qu'entité adjudicatrice. ". Selon l'article R. 2192-32 du même code : " Les intérêts moratoires courent à compter du lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. ". Enfin, selon l'article R. 2192-31 de ce code : " Le taux des intérêts moratoires mentionnés à l'article L. 2192-13 est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. ".

34. En vertu de ces stipulations, le département des Hauts-de-Seine versera à la SAS Savoie les intérêts moratoires au taux légal augmenté de huit points sur la somme de 1 187 829,27 euros HT majorée de la taxe sur la valeur ajoutée éventuellement applicable, mentionnée au point 32 du présent jugement, à compter du 8 novembre 2019, date de sa réclamation sur le décompte qui lui a été notifié.

Sur la responsabilité quasi-délictuelle :

35. Dans le cadre d'un litige né de l'exécution de travaux publics, le titulaire du marché peut rechercher la responsabilité quasi-délictuelle des autres participants à la même opération de construction avec lesquels il n'est lié par aucun contrat, notamment s'ils ont commis des fautes qui ont contribué à l'inexécution de ses obligations contractuelles à l'égard du maître d'ouvrage, sans devoir se limiter à cet égard à la violation des règles de l'art ou à la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires. Il peut en particulier rechercher leur responsabilité du fait d'un manquement aux stipulations des contrats qu'ils ont conclus avec le maître d'ouvrage.

36. Premièrement, il résulte de ce qui a été dit au point 21 du présent jugement que les préjudices nés des fautes commises dans l'anticipation des travaux de désamiantage et de curage et de celles ayant perturbé les relevés ont fait l'objet d'une indemnisation dans le cadre de l'avenant n° 1 au marché, signé le 21 mars 2017. Par suite, la SAS Savoie ne peut prétendre à une nouvelle indemnisation à ce titre auprès du groupement de maîtrise d'œuvre et de la société Balas.

37. Deuxièmement, il résulte du rapport d'expertise que le groupement de maîtrise d'œuvre et la société Balas sont responsables de défauts de conception du chantier, caractérisés par des insuffisances de programmes et des omissions. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 21 du présent jugement que les défauts, antérieurs au 21 mars 2017, ont fait l'objet d'une indemnisation dans le cadre de l'avenant n° 1 du 21 mars 2017, circonstance faisant obstacle à une nouvelle indemnisation au même titre. Par ailleurs, il ressort du même rapport d'expertise, qui n'est pas utilement contesté par les parties, que les défauts de conception intervenus entre le 21 mars 2017 et le 30 octobre 2018, s'ils sont établis, ont été financièrement couverts par des ordres de service et des fiches techniques modificatives. Enfin, aucun défaut n'est établi pour la période postérieure au 15 octobre 2018, date d'ajournement des travaux. Par suite, la SAS Savoie n'est pas fondée à solliciter d'indemnisation à ce titre auprès des sociétés concernées.

38. Troisièmement, la SAS Savoie n'établit ni même allègue que le groupement de maîtrise d'œuvre et la société Balas seraient à l'origine de modifications apportées au projet en cours de chantier qui seraient constitutives de fautes de nature à engager leur responsabilité, ni d'ailleurs qu'elles seraient responsables de l'intervention des visas avec un retard systématique. Par suite, la SAS Savoie n'est pas fondée à solliciter d'indemnisation à ce titre auprès des sociétés concernées.

39. Quatrièmement, si la SAS Savoie se prévaut des difficultés rencontrées par la société sous-traitante AFDES dans la réalisation de la synthèse, ainsi que de l'ordonnancement incohérent des travaux par le maître d'œuvre et de la défaillance des autres lots du marché, elle n'établit ni même allègue l'existence de fautes commises par le groupement de maîtrise d'œuvre et la société Balas. Elle n'est donc pas fondée à solliciter une indemnisation à ce titre.

Sur les appels en garantie :

40. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de la SAS Savoie n'est pas engagée, non plus que celle des sociétés défenderesses. Par suite, aucune condamnation n'est prononcée à leur encontre, de sorte que leurs conclusions d'appels en garantie doivent être rejetées.

Sur les dépens de l'instance :

41. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

42. La SAS Savoie n'établit pas avoir engagé de dépens, au demeurant non chiffrés, dans la présente instance. En l'état de l'instruction, ses conclusions tendant à ce qu'ils soient mis à la charge du département des Hauts-de-Seine doivent donc être rejetées. Il en va de même des conclusions des autres parties présentées sur le même fondement.

Sur les frais liés au litige :

43. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SAS Savoie, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que le département des Hauts-de-Seine et les sociétés Peutz et Associés, BTP Consultants, Balas, Kuma et Associates Europe, AIA Ingénierie, Lucigny-Talhoüet et Associés, VetP Green Engineering, Castel Alu et Axima Concept demandent au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine la somme de 10 000 euros à verser à la SAS Savoie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à rejeter toutes les autres conclusions présentées sur le même fondement.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'intervention de la société Axima Concept n'est pas admise.

Article 2 : Le département des Hauts-de-Seine est condamné à verser à la SAS Savoie la somme de 1 187 829,27 euros hors taxes, majorée le cas échéant de la taxe sur la valeur applicable, à assortir des intérêts moratoires au taux légal augmenté de huit points à compter du 8 novembre 2019.

Article 3 : Le département des Hauts-de-Seine versera la somme de 10 000 euros à la SAS Savoie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions des parties sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Savoie, au département des Hauts-de-Seine, aux société Peutz et Associés, BTP Consultants, Planitec BTP, Setec Bâtiment, Setec Hydratec, Balas, Kuma et Associates Europe, AIA Ingénierie, Lucigny-Talhoüet et Associés, VetP Green Engineering, Barbot CM, Castel Alu, AFDES, Axima Concept, Michel Desvignes, Ducks Sceno, Artec3 et Oger International.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

La rapporteure,

signé

A. GAY-HEUZEY

La présidente,

signé

C. ORIOL

La greffière,

signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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