Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2108418

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2108418
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantALERION SOCIETE D'AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi par M. et Mme B d’une demande d’indemnisation pour le refus de l’État de prêter le concours de la force publique afin d’exécuter une décision d’expulsion. La responsabilité de l’État a été engagée à compter du 1er avril 2016 jusqu’au 30 juin 2022, date effective de l’expulsion, sur le fondement des articles L. 153-1 et R. 153-1 du code des procédures civiles d’exécution. Le tribunal a condamné l’État à verser aux requérants une indemnité correspondant aux pertes de loyers et charges pour la période du 2 avril 2020 au 30 juin 2022, calculée selon l’indemnité d’occupation fixée par le jugement du tribunal d’instance de Courbevoie du 12 novembre 2015.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 juin 2021, le 15 décembre 2022, le 31 janvier 2023 et le 3 décembre 2024, Mme A B et M. D B représentés par Me Mareau, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner l'Etat à verser à M. et Mme B, la somme à parfaire de 4.050 euros au titre de l'indemnité d'occupation impayée, augmentée du taux d'intérêt légal à compter du 28 octobre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée du fait du refus d'apporter le concours de la force publique ; malgré une réquisition de la force publique intervenue le 2 février 2016, le concours n'a été apporté que le 30 juin 2022 ;

- le préjudice subi s'élève à la somme de 4 050 euros à la date du 30 juin 2022, calculé selon l'indemnité d'occupation mensuelle fixée par la décision du Tribunal d'instance de Courbevoie du 12 novembre 2015 ;

- l'Etat a procédé au versement à leur profit d'une somme de 9 563,29 euros correspondant à l'indemnité d'occupation du 2 avril 2016 au 1er avril 2020 en exécution du jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise n°1708318 du 23 juin 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient :

- à titre principal, que la responsabilité de l'Etat n'est pas engagée, dès lors qu'à défaut pour l'huissier de justice de lui avoir notifié le commandement de quitter les lieux, le délai avant l'expiration duquel l'expulsion doit avoir lieu a été suspendu ;

- à titre subsidiaire, que la réalité des préjudices allégués n'est pas justifiée ;

- à titre infiniment subsidiaire, que la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée qu'à compter du 1er avril 2016 jusqu'au 1er septembre 2017, date à laquelle les requérants ont arrêté leurs comptes, pour une somme de 2 550 euros et que le paiement de cette somme doit être subordonné dans la subrogation de l'Etat dans les droits des époux B, à l'encontre de leur locataire ;

- les sommes demandées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne sont pas justifiées.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Edert a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les époux B demandent la condamnation de l'Etat à leur réparer les préjudices résultant du refus de concours de la force publique pour l'exécution d'une décision du Tribunal d'instance de Courbevoie du 12 novembre 2015 autorisant l'expulsion de Mme C d'un local leur appartenant situé 34, avenue du Roule à Neuilly-sur-Seine. Par un jugement n° 1708318 rendu par le tribunal de céans le 23 juin 2020, l'Etat a été condamné à verser aux requérants une somme de 9 563,29 euros correspondant à l'indemnité d'occupation du 2 avril 2016 au 1er avril 2020. Par la présente instance, les époux B sollicitent la condamnation de l'Etat pour la période courant depuis le 2 avril 2020 au 30 juin 2022 date de l'expulsion de l'occupante.

Sur la mise en jeu de la responsabilité et la période de responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ".

3. Tout justiciable nanti d'une décision de justice exécutoire est en droit d'obtenir, si nécessaire, que l'État lui apporte l'assistance de la force publique pour son exécution. L'État ne peut légalement refuser de prêter le concours de la force publique que si l'exécution forcée de la décision de justice est de nature à porter à l'ordre public des troubles d'une exceptionnelle gravité.

4. Compte tenu du délai normal de deux mois dont dispose l'administration pour exercer son action et des dispositions de l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution aux termes desquelles : " () il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante () ", la responsabilité de l'Etat est engagée à compter du 1er avril 2016 et jusqu'au 30 juin 2022, date de l'expulsion de l'occupante.

Sur le montant des pertes de loyers et charges :

5. Le montant dont l'État est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges, après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité.

Sur l'indemnisation :

6. Le dispositif du jugement du tribunal d'instance de Courbevoie du 12 novembre 2015 autorisant l'expulsion de son occupante, a fixé l'indemnité d'occupation mensuelle des lieux loués à compter du 1er octobre 2014 et jusqu'au départ effectif de l'intéressée de ces lieux, à une somme de 150 euros. Eu égard aux termes du relevé de compte produit par les requérants, il y a lieu de condamner l'Etat à verser aux époux B la somme de 4 050 euros au titre de la dette locative du 2 avril 2020 au 30 juin 2022 date de l'expulsion, somme assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de leur demande préalable le 29 octobre 2020.

Sur la subrogation de l'Etat :

7. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité allouée par le présent jugement à la subrogation de l'État dans les droits des époux B à l'encontre de l'occupant du logement en cause, à raison de l'occupation indue pour la période de responsabilité de l'État.

Sur les conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1.500 euros au titre des frais exposés par les époux B et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : L'Etat est condamné à verser aux époux B une somme de 4050 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 octobre 2020.

Article 2 : Le paiement de l'indemnité due au titre des impayés de loyer mentionnée à l'article précédent est subordonné à la subrogation de l'État dans les droits des époux B à l'encontre de l'occupant du logement en cause durant la période de responsabilité de l'État, à concurrence du montant de cette indemnité.

Article 3 : L'Etat est condamné à verser aux époux B une somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente-rapporteure,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Beauvironnet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

La Présidente-rapporteure,

signé

S. Edert

L'assesseure la plus ancienne,

signé

E. Chaufaux

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.