Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2110706
jeudi 3 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2110706 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 août 2021, Mme B A demande au tribunal de condamner la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche à lui verser la somme de 299 625 euros, à assortir des intérêts au taux légal et de leur capitalisation à compter de la date de réception de sa demande préalable indemnitaire, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'adoption de la loi du 24 décembre 2020 de programmation de la recherche pour les années 2021 à 2030.
Elle soutient que :
- l'abrogation de la qualification pour accéder au corps des professeurs des universités, jusque-là exigée à l'égard des maîtres de conférences, va conduire à une augmentation considérable du nombre de candidatures sur les postes ouverts au recrutement en droit public, réduisant ainsi ses chances d'être recrutée ;
- cette situation est génératrice d'un préjudice moral découlant, d'une part, de l'atteinte à la réputation dû au maintien dans un corps qui ne correspond plus à son niveau scientifique, de la privation de la possibilité d'accès à certaines fonctions en lien avec ce corps, et de la douleur morale causée par la perte de chance et le découragement face au travail fourni ;
- la mise en œuvre du nouveau dispositif entraîne un préjudice financier, en raison des différences de niveau de rémunération entre le corps des professeurs d'université qu'elle aurait dû intégrer et celui des maîtres de conférence ;
- ces dommages sont imputables à l'Etat, sur le fondement de la responsabilité sans faute pour rupture d'égalité devant les charges publiques ;
- la responsabilité de l'Etat peut également être engagée pour méconnaissance des engagements internationaux de la France, la modification imprévisible des modalités de recrutement portant atteinte au principe de sécurité juridique et au principe de confiance légitime garantis par le droit de l'Union européenne et par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- son préjudice s'évalue à la somme de 15 000 euros au titre de la perte de chance, 15 000 euros au titre du préjudice moral, et, au titre du préjudice financier, à 80 % de la somme de 374 532 euros correspondant à celui de la perte de chance d'être nommée professeure d'université.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 2 avril 2024, la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conditions de l'engagement pour la responsabilité sans faute pour rupture d'égalité devant les charges publiques ne sont pas réunies, en l'absence de lien de causalité directe entre les dispositions en litige et le préjudice subi, le préjudice allégué ne remplissant pas les conditions de spécialité et de gravité ;
- les principes de sécurité juridique et de confiance légitime garantis par le droit de l'Union européenne ne peuvent être utilement invoqués s'agissant d'un domaine ne relevant pas de l'Union européenne ;
- le montant du préjudice allégué est manifestement excessif.
Par une ordonnance du 2 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 17 avril 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 2020-1674 du 24 décembre 2020 ;
- le décret n° 84-431 du 6 juin 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cordary, première conseillère ;
- et les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, maître de conférence en droit public à l'université de Paris X et titulaire de l'habilitation à diriger des recherches (HDR), a été qualifiée aux fonctions de professeur des universités en février 2020 par la section 02 " droit public " du Conseil national des universités. Le 31 mai 2021, elle a saisi la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche d'une demande préalable indemnitaire, demeurée sans réponse, pour le préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de l'adoption de la loi du 24 décembre 2020 de programmation de la recherche pour les années 2021 à 2030 et portant diverses dispositions relatives à la recherche et à l'enseignement supérieur, qui dispense les maîtres de conférences titulaires habilités à diriger des recherches de la qualification préalable aux fonctions de professeur des universités. Par la présente requête, elle demande au tribunal de condamner la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche à lui verser la somme de 299 625 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
2. Mme A soutient que l'entrée en vigueur de la loi du 24 décembre 2020 lui cause un préjudice financier et un préjudice moral liés à la perte de chance d'être recrutée en qualité de professeur d'université.
3. Il résulte de l'instruction que Mme A, qui s'était présentée sans succès à plusieurs concours de recrutement de professeur des universités en 2020 et en 2021, antérieurement à l'entrée en vigueur de la loi du 24 décembre 2020, a été nommée professeur des universités et affectée sur un poste de l'Université Paris X à compter du 1er septembre 2021, par décret du 20 février 2023, paru au journal officiel le lendemain, postérieurement à l'entrée en vigueur de la loi du 24 décembre 2020. Dès lors, elle n'établit pas avoir subi un préjudice lié à la perte de chance d'être nommée professeur des universités du fait de l'entrée en vigueur de cette loi.
4. Dans ces conditions, en l'absence de préjudice indemnisable, la requête de Mme A ne peut qu'être rejetée.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
C. CORDARY
La présidente,
Signé
C. ORIOLLa greffière,
Signé
V. RICAUD
La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
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