Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2110862

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2110862
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantWEBER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi par M. et Mme A d'une demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux pour 2014 et 2015, issues de vérifications de comptabilité de l'activité libérale de Mme A et de la SARL Atout paies. Le tribunal a fait droit à la demande concernant les rehaussements dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, en raison d'une irrégularité de procédure. Il a jugé que l'administration avait méconnu l'article L. 48 du livre des procédures fiscales en ne précisant pas, dans la proposition de rectification du 28 juillet 2017, le montant des droits et pénalités résultant des rectifications, privant ainsi les requérants de leurs garanties. En conséquence, le tribunal a prononcé la décharge de ces impositions supplémentaires, en droits et pénalités, pour les années 2014 et 2015.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 27 août 2021 et 7 mai 2022, M. et Mme A, représentés par Me Weber, demandent au tribunal la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015.

Ils soutiennent que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que les conséquences financières en matière d'impôt sur les revenus n'ont pas été précisées à Mme A ni dans la proposition de rectification du 28 juillet 2017 qui lui a été notifiée à la suite de la vérification de comptabilité de son entreprise individuelle, ni dans la proposition de rectification du 26 juillet 2017 qui lui a été notifiée en qualité de gérante de la société à responsabilité (SARL) Atout paies à la suite de la vérification de comptabilité de cette société, en méconnaissance de l'article L. 48 du livre de procédure fiscale et de la doctrine administrative ;

- l'administration fiscale a méconnu le principe d'intangibilité du bilan d'ouverture du premier exercice non prescrit en méconnaissance de l'article 38 4 bis du code général des impôts et de la doctrine administrative.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 mars et 11 mai 2022, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

- les conclusions de M. Bories, rapporteur public,

- et les conclusions de Me Codet substituant Me Weber et représentant M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. L'activité libérale d'expert-comptable de Mme A a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, à l'issue de laquelle une proposition de rectification du 28 juillet 2017 lui a été notifiée. La société à responsabilité limitée (SARL) Atout paie dont Mme A est la représentante légale a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, et à l'issue de laquelle une proposition de rectification du 26 juillet 2017 lui a été notifiée. M. et Mme A ont fait l'objet d'un examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle portant sur les revenus perçus en 2014 et 2015, à l'issue duquel par une proposition de rectification du 22 décembre 2017, leur ont été notamment notifiés des rehaussements à l'impôt sur les revenus dans la catégorie des bénéfices non commerciaux à la suite de la vérification de comptabilité de l'activité libérale de Mme A, et des bénéfices industriels et commerciaux à la suite de la vérification de comptabilité de la SARL Atout paies. La réclamation de M. et Mme A du 22 décembre 2020 a été rejetée par une décision du 25 juin 2021. Par la présente requête M. et Mme A demandent au tribunal la décharge de ces impositions supplémentaires.

2. Aux termes de l'article L. 48 du livre des procédures fiscales : " A l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle au regard de l'impôt sur le revenu, d'une vérification de comptabilité ou d'un examen de comptabilité, lorsque des rectifications sont envisagées, l'administration doit indiquer, avant que le contribuable présente ses observations ou accepte les rehaussements proposés, dans la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou dans la notification mentionnée à l'article L. 76, le montant des droits, taxes et pénalités résultant de ces rectifications. ".

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la notification de la proposition de rectification établie le 28 juillet 2017 selon la procédure contradictoire, adressée à l'issue de la vérification de comptabilité de l'activité libérale d'expert-comptable de Mme A, ne précisait pas le montant des droits résultant du redressement et ne répondait dès lors pas aux exigences prévues par les dispositions précitées de l'article L. 48 du livre des procédures fiscales. Si M. et Mme A, seuls redevables de l'impôt sur le revenu appliqué aux bénéfices non commerciaux de l'activité libérale de Mme A, ont été informés des conséquences financières du redressement de cette activité, cette notification intervenue le 22 décembre 2017 par une proposition de rectification faisant suite à l'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle, alors que le délai de 30 jours laissé à Mme A pour présenter ses observations sur la proposition de rectification du 28 juillet 2017 avait expiré, n'était pas de nature à régulariser la procédure. Dans ces conditions M. et Mme A sont fondés à soutenir que les cotisations à l'impôt sur le revenu au titre des années 2014 et 2015 ont été mises en recouvrement sans que le service ne les ait mis en mesure d'exercer les garanties qui leur étaient offertes par l'article L. 48 du livre des procédures fiscales. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A sont fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, des rehaussements à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices non commerciaux auxquels ils ont été soumis au titre des années 2014 et 2015.

4. En deuxième lieu, la SARL Atout paiements dont M. et Mme A sont associés, qui a pour activité le conseil en matière sociale, l'établissement de fiches de paie, des déclarations sociales mensuelles et annuelles inhérentes aux bulletins de paie ainsi que le conseil et les prestations auprès des administrations sociales et toutes activités s'y rattachant, a opté pour le régime des sociétés de famille dont les bénéfices sont imposables à l'impôt sur les revenus et a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices 2014 et 2015, parallèlement à l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle des requérants. Il résulte de l'instruction que la notification de la proposition de rectification du 26 juillet 2017 selon la procédure contradictoire, adressée au représentent légal de la SARL Atout paies à l'issue de la vérification de sa comptabilité, ne précisait pas le montant des droits résultant des redressements et ne répondait dès lors pas aux exigences prévues par les dispositions de l'article L. 48 du livre de procédure fiscale précité. Si M. et Mme A, redevables de l'impôt sur le revenu appliqué aux bénéfices industriels et commerciaux de la SARL Atout paies, ont été informés des conséquences financières du redressement de cette SARL, cette notification intervenue le 22 décembre 2017, alors que le délai de trente jours laissé à la SARL pour présenter ses observations était expiré, n'était pas de nature à régulariser la procédure. Dans ces conditions, M. et Mme A sont fondés à soutenir que les cotisations à l'impôt sur le revenu au titre des années 2014 et 2015 ont été mises en recouvrement sans que le service ne les ait mis en mesure d'exercer les garanties qui leur étaient offertes par l'article L. 48 du livre des procédures fiscales. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme A sont fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, des rehaussements à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux auxquels ils ont été soumis au titre des années 2014 et 2015.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. et Mme A sont fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme A sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015 et des pénalités correspondantes, à hauteur de 139 855 euros.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Jacquinot, conseiller,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La rapporteure,

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

T. BertonciniLa greffière,

K. Nabunda

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°211086