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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2112076

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2112076

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2112076
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème Chambre
Avocat requérantGRYNER & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 27 septembre 2021 et le 11 mai 2022, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limité (EURL) Byl, représentée par Me Gryner, demande au tribunal :

1°) la décharge, en droits et pénalités, des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017 ;

2°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;

3°) de condamner l'Etat au paiement des intérêts moratoires sur les sommes payées ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat ou le directeur de la direction départementale des finances publiques du Val d'Oise la somme de 3 000 euros en application de l'article 700 du code de procédure civile.

Elle soutient que :

- la procédure de rectification est irrégulière, la réponse aux observations du contribuable étant insuffisamment motivée en droit et en fait s'agissant du rejet du passif afférent au compte courant d'associés ;

- s'agissant des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés, c'est à tort que l'administration a refusé d'admettre la taxe sur la valeur ajoutée déductible sur fourniture d'énergie au titre de l'année 2016 ;

- s'agissant des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie :

* dès lors que les droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée réclamés ne sont pas fondés s'agissant des dépenses en matière d'énergie au titre de l'année 2016, le profit sur le Trésor en découlant doit être diminué en conséquence ;

* la justification des charges non déductibles a été apportée par la présentation de pièces au cours de la procédure de rectification ;

* c'est à tort que le service reprend un passif qu'il prétend non justifié ;

* le droit à l'oubli s'applique au passif injustifié et maintenu à tort au bilan ;

* c'est à tort que le service reprend un apport en compte courant d'associé, cet apport correspondant à des paiements personnels de l'associé au profit des fournisseurs ; ses fonds n'ont jamais été appréhendé et ne peuvent donc faire l'objet d'une imposition sur le revenu.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 17 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques du Val d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'EURL Byl n'a pas qualité pour contester l'imposition sur le revenu de l'un de ses associés ;

- les autres moyens soulevés par l'EURL Byl ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jacquinot,

- et les conclusions de M. Boriès, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL Byl a pour activité l'exploitation d'un hôtel. Elle a fait l'objet d'une vérification de sa comptabilité portant au titre des années 2016 et 2017. Par une proposition de rectification du 22 juillet 2019, l'administration fiscale l'a informée de son intention de procéder à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles au titre de la période contrôlée. Le 27 septembre 2019, l'EURL Byl a formulé des observations que l'administration fiscale a rejeté par décision du 10 octobre 2019. Après avis favorable à l'administration de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires du 16 novembre 2020, l'administration fiscale a, par un avis du 15 avril 2021, mis en recouvrement les rappels de taxe sur la valeur ajoutée et les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés. A la suite du rejet par l'administration fiscale, par une décision du 27 juillet 2021, de sa réclamation préalable formée le 29 avril 2021, l'EURL Byl demande au tribunal la décharge, en droits et pénalités, de ces impositions supplémentaires.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une notification de redressement doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs.

4. Il résulte de l'instruction que la réponse aux observations du contribuable en date du 10 octobre 2019 précise les motifs de droit et de fait ayant conduit l'administration à refuser l'abandon du rehaussement relatif au passif injustifié lié au compte courant d'un associé. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la réponse aux observations du contribuable en date du 10 octobre 2019 doit être écarté comme manquant en fait.

Sur le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

5. Le 1 du II de l'article 271 du code général des impôts dispose que : " Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ".

6. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a refusé la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée correspondante à des dépenses d'énergie, faute de production des factures d'électricité correspondante et au regard d'échéanciers de paiement correspondant comptablement à 29 mois au titre de la seule année 2016. Par suite, faute de produire les factures correspondant aux dépenses en cause, et alors que les échéanciers de paiement pour la même année 2016 concernent la même adresse sociale sans qu'aucune explication ne soit fournie sur le chevauchement des échéanciers de paiement produits, l'EURL Byl n'est pas fondée à demander la décharge de ces rappels.

Sur le bien-fondé des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée réclamés par l'administration fiscale sont fondés. Par voie de conséquence, le moyen tiré d'une diminution du profit sur le trésor découlant de l'illégalité de ces rappels ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges () ".

9. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable de justifier tant du montant des charges qu'il entend, en application du I de l'article 39 du code général des impôts précité, déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

10. Si l'EURL Byl fait valoir avoir produit les justificatifs afférents aux charges non déductibles exposés par elle, elle n'apporte toutefois aucun de ces justificatifs, ni ne précise même le montant de ces charges à l'appui de son moyen, tandis que l'administration a refusé de prendre en compte les charges répertoriées par la société en l'absence de production de justificatifs. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article 38 du code général des impôts, rendues applicables en matière d'impôt sur les sociétés par l'article 209 du même code : " () 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à l'ouverture et à la clôture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés () 4 bis. Pour l'application des dispositions du 2, pour le calcul de la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de l'exercice, l'actif net d'ouverture du premier exercice non prescrit déterminé, sauf dispositions particulières, conformément aux premier et deuxième alinéas de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales ne peut être corrigé des omissions ou erreurs entraînant une sous-estimation ou surestimation de celui-ci. / Les dispositions du premier alinéa ne s'appliquent pas lorsque l'entreprise apporte la preuve que ces omissions ou erreurs sont intervenues plus de sept ans avant l'ouverture du premier exercice non prescrit. / Elles ne sont pas non plus applicables aux omissions ou erreurs qui résultent de dotations aux amortissements excessives au regard des usages mentionnés au 2° du 1 de l'article 39 déduites sur des exercices prescrits ou de la déduction au cours d'exercices prescrits de charges qui auraient dû venir en augmentation de l'actif immobilisé. / Les corrections des omissions ou erreurs mentionnées aux deuxième et troisième alinéas restent sans influence sur le résultat imposable lorsqu'elles affectent l'actif du bilan. Toutefois, elles ne sont prises en compte ni pour le calcul des amortissements ou des provisions, ni pour la détermination du résultat de cession ". Il appartient au contribuable, pour l'application de ces dispositions, de justifier l'inscription d'une dette au passif de son bilan. En outre, en vertu des dispositions du 4 bis de cet article, une erreur ou omission affectant l'évaluation d'un élément quelconque de l'actif ou du passif du bilan d'un des exercices non prescrits peut, si elle a été commise au cours d'un exercice clos plus de sept ans avant l'ouverture du premier des exercices non prescrits, être corrigée de manière symétrique dans les bilans de clôture et d'ouverture des exercices non prescrits, y compris dans le bilan d'ouverture du premier d'entre eux. En revanche, la circonstance qu'une méthode erronée a été appliquée pour la première fois lors d'un exercice clos depuis plus de sept ans, puis de manière constante d'exercice en exercice, faussant à chaque fois l'évaluation d'un même poste du bilan - selon un principe identique, mais pour des montants variant en fonction de la composition effective de ce poste -, ne suffit pas à justifier que la correction de la valeur de ce poste au cours d'un des exercices non prescrits puisse être effectuée également dans le bilan d'ouverture du premier de ces exercices. Il ne pourrait en aller ainsi que si et dans la mesure où les éléments individualisés du poste concerné dans ce bilan d'ouverture, parce qu'ils avaient également figuré dans le bilan de clôture d'un des exercices clos depuis plus de sept ans, ont affecté l'évaluation de ce bilan d'ouverture d'une erreur intervenue au cours d'un de ces exercices clos depuis plus de sept ans.

12. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a constaté l'existence d'un passif injustifié résultant de l'inscription au crédit du compte courant d'associé de M. A d'un solde créditeur de 113 332 euros à la clôture de l'exercice 2016, et a rehaussé en conséquence les bases imposables de l'EURL Byl. Cette dernière fait valoir que cette somme est issue d'une écriture comptable groupant des comptes courants d'associés, que cette précédente écriture comptable n'avait pas fait l'objet de contestation lors d'un précédent contrôle, que l'un des comptes courants associés a bien été reconnu comme créancier d'une dette, qu'il existe un droit un oubli, que le créance vient d'achats personnels de l'associé auprès de fournisseurs et pour le bénéfice de la société, et que ces sommes non appréhendés ne peuvent être imposés au titre de l'impôt sur le revenu.

13. Toutefois, l'EURL Byl ne produit aucun justificatif permettant de constater l'existence d'une telle créance, ni aucun justificatif correspondant aux dépenses personnelles qui auraient été engagées par M. A au profit de l'EURL Byl. En outre, si des sommes au crédit d'un autre compte courant d'associé ont été prises en compte par le service, il résulte de l'instruction que cette prise en compte s'appuie sur des justificatifs de créance, point ici précisément manquant. Enfin, si l'EURL Byl entend se prévaloir d'un " droit à l'oubli " résultant des dispositions précitées du 4 bis de l'article 38 du code général des impôts, il résulte de l'instruction que les sommes inscrites au compte courant associé de M. A au titre de l'année 2016 remontent à des opérations sur un compte commun associé remontant à l'année 2013. Ce passif étant issu d'une évaluation de passif commise moins de sept ans avant l'exercice du premier des exercices non prescrits, l'EURL BYL ne peut bénéficier des dispositions de cet article.

14. Par suite l'administration fiscale était fondée à regarder ces sommes comme un passif injustifié et à les réintégrer dans les résultats de l'EURL BYL.

Sur les conclusions tendant au versement par l'Etat d'intérêts moratoires

15. Il n'existe aucun litige né et actuel entre le comptable et le requérant concernant les intérêts mentionnés à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales. Dès lors, ces conclusions ne sont pas recevables

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de l'EURL BYL doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des entiers dépends et des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL Byl est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Byl et au directeur départemental des finances publiques du Val d'Oise.

Délibéré après l'audience du 28 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Jacquinot, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.

Le rapporteur,

Signé

M. Jacquinot

Le président,

Signé

T. Bertoncini La greffière,

Signé

N. Nabunda

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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