Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2207696

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2207696
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de la société Tui France, qui contestait le refus de l’administration de lui accorder l’aide « fermeture » prévue par le décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021 pour les mois de janvier à août 2021. La société invoquait notamment une procédure irrégulière et une erreur d’appréciation sur son éligibilité, mais le tribunal a jugé ces moyens infondés. La solution retenue confirme la légalité de la décision de la direction des grandes entreprises, en application des dispositions du décret précité et du code des relations entre le public et l’administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 mai 2022 et le 3 octobre 2022, la société anonyme (SA) Tui France doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 mars 2022 par laquelle la direction des grandes entreprises lui a refusé le bénéfice de l'aide " fermeture " prévue par le décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021 au titre des mois de janvier à août 2021, ensemble la décision du 19 mai 2022 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 31 mars 2022 ayant été mise à sa disposition par l'intermédiaire d'un téléservice, sans date certaine, l'administration ne pouvait légalement lui opposer l'absence d'observations dans le délai requis de quinze jours ; en faisant courir les délais en cause à la date de la décision attaquée, le 31 mars 2022, l'administration, qui ne lui a même pas indiqué les voies et délais de recours avant sa décision du 19 mai 2022, a porté atteinte aux principes du contradictoire, des droits de la défense et du droit au recours préalable ; en tout état de cause, le délai de quinze jours imparti pour pouvoir produire des observations, applicable aux décisions notifiées par voie postale, est beaucoup trop court dans le cadre d'une procédure dématérialisée ; la procédure suivie n'est donc pas conforme aux dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation des faits sur lesquels elle est fondée, dès lors qu'elle remplit les conditions d'éligibilité à l'aide " fermeture " fixées par le décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021, son activité économique ayant été entravée en période de covid par des mesures restrictives indépendantes de sa volonté ;

- en tout état de cause, par la formule de plafonnement de l'aide " fermeture " qu'il instaure, qui ne permet pas de tenir compte des efforts qu'elle a réalisés sur le plan structurel pour améliorer sa situation financière entre 2019 et 2021, alors par ailleurs qu'elle a subi des pertes conjoncturelles liées à la situation sanitaire, ce décret est illégal, les critères d'éligibilité qu'il pose n'étant pas conformes aux objectifs de la décision de la Commission européenne référencée SA.64114 du 26 novembre 2021, telle qu'interprétée par le " guide pour déposer une demande " mis en ligne par le ministère de l'économie, des finances et de la relance le 3 février 2022, ni aux objectifs fixés par le pouvoir réglementaire pour aider les entreprises gravement affectées par la crise sanitaire et les mesures de fermetures administratives qui l'ont accompagnée, en circonscrivant l'aide accordée aux seules pertes conjoncturelles subies du fait de la pandémie, à l'exclusion des pertes structurelles ;

- contrairement à ce que soutient l'administration fiscale, la Commission n'a pas validé le mécanisme de calcul de l'aide " fermeture ", ni le mécanisme de décote fixé par le décret ;

- les décisions attaquées sont de ce fait entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'administration lui a reconnu le bénéfice de l'aide au titre des mois de février à avril 2021, avant de revenir sur sa position ;

- en tout état de cause, elle est au moins éligible au bénéfice de l'aide sollicitée au titre du mois de février 2021, pour un montant de 1 080 100 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 juillet 2022 et le 14 octobre 2022, la directrice des grandes entreprises conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés sont inopérants ou infondés.

Par ordonnance du 24 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 décembre 2022 à 12 heures.

Par un courrier en date du 23 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée.

Par un courrier du 24 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal, en cas d'annulation de la décision attaquée, était susceptible de prononcer d'office une injonction au réexamen de la situation de la SA Tui France.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la décision SA.64114 (2021/N) de la Commission européenne du 26 novembre 2021 ;

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- le décret n° 2021-310 du 24 mars 2021 ;

- le décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021 ;

- la décision de la Commission européenne n° SA.64114 du 26 novembre 2021 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Oriol, présidente ;

- et les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société anonyme (SA) Tui France, qui exerce une activité d'agence de voyages à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), a sollicité le bénéfice de l'aide " fermeture " prévue par le décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021, au titre des mois de janvier à août 2021. Par la présente requête, elle doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 31 mars 2022 par laquelle la direction des grandes entreprises le lui a refusé, ensemble la décision du 19 mai 2022 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Indépendamment des actions indemnitaires qui peuvent être engagées contre la personne publique, les recours relatifs au refus d'octroi de l'aide accordée dans le cadre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19, qui relève de la catégorie des subventions, ne peuvent être portés que devant le juge de l'excès de pouvoir. Il ne s'agit donc pas de recours de plein contentieux, contrairement à ce que soutient l'administration fiscale.

3. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Selon l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : / 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que les décisions attaquées, notifiées par l'intermédiaire d'un téléservice, ne comportent pas les mentions du prénom, du nom et de la qualité de leur auteur, mais uniquement la mention " Direction des grandes entreprises " pour l'une et " direction générale des finances publiques TF 24 " pour l'autre. Ces mentions ne permettent pas de s'assurer de la compétence de leur auteur, en méconnaissance des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qui n'apparaissent pas, en l'état de l'instruction, de nature à fonder une annulation, que la SA Tui France est fondée à demander l'annulation de la décision du 31 mars 2022 par laquelle la direction des grandes entreprises lui a refusé le bénéfice de l'aide " fermeture " prévue par le décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021 au titre des mois de janvier à août 2021, ensemble la décision du 19 mai 2022 portant rejet de son recours gracieux.

Sur l'injonction d'office :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre d'office au directeur des grandes entreprises de réexaminer la demande de la SA Tui France, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La décision du 31 mars 2022 par laquelle la direction des grandes entreprises a refusé à la SA Tui France le bénéfice de l'aide " fermeture " prévue par le décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021 au titre des mois de janvier à août 2021, ensemble la décision du 19 mai 2022 portant rejet de son recours gracieux, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint d'office au directeur des grandes entreprises de réexaminer la demande de la SA Tui France, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à la SA Tui France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SA Tui France et au directeur des grandes entreprises.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

C. ORIOL

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. CORDARYLa greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière