Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2212174

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2212174
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPPLC AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné la requête de la SAS Comexposium, qui contestait le refus de l'administration fiscale de lui accorder l'aide "fermeture" prévue par le décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021 pour la période de janvier à août 2021. La société soutenait qu'elle remplissait les conditions d'éligibilité, notamment celle relative à la perte de chiffre d'affaires d'au moins 80%, et que l'administration devait apprécier sa situation mois par mois. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que le moyen soulevé n'était pas fondé et que la société n'avait pas fourni les pièces nécessaires à l'instruction de sa demande. La décision s'appuie sur les dispositions du décret n° 2021-1664 et des textes connexes relatifs aux aides aux entreprises affectées par la crise sanitaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 août 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Comexposium, représentée par Me Ménage, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 juin 2022 par laquelle la direction des grandes entreprises lui a refusé le bénéfice de l'aide " fermeture " prévue par le décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021 au titre des mois de janvier à août 2021, ensemble la décision du 28 juillet 2022 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au directeur général des finances publiques de lui verser la somme de 837 780 euros correspondant au montant au bénéfice duquel elle est éligible sur la période en litige, ou, à défaut, la somme de 697 683 euros au titre des mois de janvier, février, mars et mai 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle remplit les conditions d'éligibilité à l'aide " fermeture " fixées par le décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021 et que l'administration fiscale, qui devait apprécier sa situation mois par mois, ne pouvait lui en refuser le bénéfice au seul motif qu'elle n'y était pas éligible au titre du mois d'avril 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, la directrice générale des grandes entreprises conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le moyen soulevé n'est pas fondé ;

- la société Comexposium ne lui a pas fourni les pièces nécessaires à l'instruction de sa demande.

Par ordonnance du 22 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 mai 2023 à 12 heures.

Par un courrier en date du 30 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 ;

- le décret n° 2021-310 du 24 mars 2021 ;

- le décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Oriol, présidente ;

- les conclusions de M. Sitbon, rapporteur public ;

- et les observations de Me Ménage, représentant la SAS Comexposium.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée (SAS) Comexposium, qui exerce une activité d'organisation de foires, de salons et de congrès à Puteaux (Hauts-de-Seine), a sollicité le bénéfice de l'aide " fermeture " prévue par le décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021, au titre des mois de janvier à août 2021. Par la présente requête, elle doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 24 juin 2022 par laquelle la direction des grandes entreprises le lui a refusé, ensemble la décision du 28 juillet 2022 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 1 du décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021 instituant une aide " fermeture " visant à compenser les coûts fixes non couverts des entreprises dont l'activité a été affectée par les mesures de restriction administrative visant à lutter contre l'épidémie de covid-19 : " I. - Les entreprises mentionnées à l'article 1er du décret du 30 mars 2020 susvisé () peuvent bénéficier, au titre de la période allant du 1er janvier 2021 au 31 août 2021, d'une aide dite aide " fermeture " destinée à compenser leurs coûts fixes non couverts par les contributions aux bénéfices, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes au jour de la demande : / 1° Elles ont été créées avant le 1er janvier 2019 ; / 2° Elles ont perçu en 2021 les aides mentionnées par le décret du 24 mars 2021 susvisé et celles-ci ont atteint le plafond de 10 millions d'euros prévu au III de l'article 2 dudit décret ; / 3° Elles exercent leur activité principale dans un secteur mentionné à l'annexe 1 ou à l'annexe 2 du décret du 30 mars 2020 susvisé dans sa rédaction en vigueur au 30 juin 2021 et remplissent l'une des conditions suivantes au cours de la période éligible : / a) Une partie au moins de leurs activités a fait l'objet au cours de la période éligible de mesures administratives telles que des fermetures administratives, à l'exception de celles prises par arrêté du préfet de département ordonnant la fermeture de l'entreprise en application du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 1er juin 2021 susvisé, du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 susvisé ou du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 16 octobre 2020 susvisé, des interdictions d'accueil du public, ou toute autre mesure empêchant l'exercice de tout ou partie de l'activité ; / b) Une partie au moins de leurs activités réalise plus de 80 % de leur chiffre d'affaires au cours de la période éligible dans une activité ayant fait l'objet de mesures administratives mentionnées à l'alinéa précédent ; / 4° Leurs activités éligibles ont subi une perte de chiffre d'affaires, calculée selon les modalités de l'article 3, d'au moins 80 % durant la période éligible ; / 5° L'excédent brut d'exploitation coûts fixes de leurs activités éligibles au cours de la période éligible est négatif. / II. - Au sens du présent décret : / - la notion de chiffre d'affaires s'entend comme le chiffre d'affaires hors taxes () la période éligible est le mois calendaire au titre duquel l'entreprise remplit les conditions prévues au I du présent article ; / () ". Selon l'article 3 du même décret : " I. - La perte de chiffre d'affaires au titre d'une période éligible est la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires constaté au cours de la période et, d'autre part, le chiffre d'affaires de référence défini comme le chiffre d'affaires réalisé au cours de la même période de l'année 2019. / II. - La perte de chiffre d'affaires des activités éligibles est la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires des activités éligibles constaté au cours de la période et, d'autre part, le chiffre d'affaires de référence des activités éligibles défini comme le chiffre d'affaires réalisé au cours de la même période de l'année 2019. / () ". Enfin, le II l'article 4 de ce décret dispose que : " La demande est accompagnée des justificatifs suivants : / 1° Une déclaration sur l'honneur attestant que l'entreprise remplit les conditions prévues par le présent décret et l'exactitude des informations déclarées. Un modèle de déclaration sur l'honneur est disponible sur le site www.impots.gouv.fr ; / 2° Une attestation d'un expert-comptable, tiers de confiance. () L'attestation mentionne : / - l'excédent brut d'exploitation coûts fixes et le résultat net des activités éligibles pour chaque période éligible de 2021 au titre de laquelle l'aide est demandée et le résultat net pour la même période 2019 ; / - le chiffre d'affaires des activités éligibles pour chaque période éligible de 2021 et 2019 ; / - pour les entreprises mentionnées au b du 2° du I de l'article 1er, que l'entreprise réalise au moins 80 % de son chiffre affaire avec une ou des entreprises mentionnées au a du 2° du I du même article ; / - la somme des montants perçus au titre des périodes éligibles concernées par le groupe sur le fondement du décret du 24 mars 2021 précité et du décret du 16 novembre 2021 précité ; / - le numéro professionnel de l'expert-comptable. / Cette attestation est conforme au modèle établi par la direction générale des finances publiques et est disponible sur le site www.impots.gouv.fr. Si l'entreprise mentionnée à l'article 1er appartient à un groupe, l'expert-comptable indique dans l'attestation les noms, raison sociale et adresse du groupe. / 3° Le calcul de l'excédent brut d'exploitation coûts fixes des activités éligibles au titre de chaque période éligible tel que détaillé à l'annexe 2 du décret du 24 mars 2021, et le montant de l'aide demandée, établis conformément au formulaire mis à disposition par la direction générale des finances publiques sur le site www.impots.gouv.fr ; / 4° La balance générale 2021 pour la période éligible et la balance générale 2019 pour la période de référence ; / 5° Les coordonnées bancaires de l'entreprise. / () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. / () ".

4. Ces dispositions imposent à l'administration, à peine d'illégalité de sa décision, d'indiquer dans l'accusé de réception adressé au demandeur, les pièces manquantes dont la production est requise pour l'instruction de sa demande lorsque la demande est incomplète.

5. Pour lui refuser le bénéfice de l'aide dite " fermeture " au titre des mois de janvier à août 2021, l'administration fiscale a opposé à la SAS Comexposium que sa baisse de chiffre d'affaires calculée au titre du mois d'avril 2021 n'était que de 60 %, ce qui l'excluait du dispositif. En vertu des dispositions précitées du II de l'article 1 du décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021, un tel motif est erroné en droit, la période éligible étant le mois calendaire au titre duquel l'entreprise remplit les conditions prévues au I du même article. Si elle ne renonce pas à ce motif devant le tribunal, l'administration fiscale ajoute cependant que la feuille de calcul de l'excèdent brut d'exploitation (EBE) est incomplète, que la société n'a pas répondu à une demande de renseignements complémentaire lui demandant de fournir des justificatifs conformes et que les balances transmises en annexes sous la forme d'un tableur Excel et cumulées de janvier à juin au titre de l'année de référence 2019 et de l'année éligible 2021, alors qu'elles auraient dû être mensuelles et non cumulées, ne respectaient pas les exigences du décret tenant à ce que les documents produits soient issus d'une comptabilité informatisée sincère, régulière et probante. Ce faisant, l'administration fiscale doit être regardée comme opposant à la SAS Comexposium qu'elle n'a pas fourni les pièces dont la production était requise pour l'instruction de sa demande. Or, outre qu'un tel motif ne ressort pas de la décision attaquée, il ne résulte pas de l'instruction que l'administration fiscale, si elle évoque dans ses écritures une demande du 21 juin 2022 portant sur la présentation de la feuille de calcul de l'EBE, aurait invité la SAS Comexposium à lui produire les pièces manquantes de la liste mentionnée à l'article 4 précité du décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021 relative à l'évolution de son chiffre d'affaires entre 2019 et 2021, alors par ailleurs qu'il ressort des pièces du dossier que l'expert-comptable en a attesté l'exactitude. Dans ces conditions, la SAS Comexposium est fondée à soutenir que la décision de la décision du 24 juin 2022 par laquelle la direction des grandes entreprises lui a refusé le bénéfice de l'aide " fermeture " prévue par le décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021 au titre des mois de janvier, février, mars et mai 2021, ensemble la décision du 28 juillet 2022 portant rejet de son recours gracieux, sont entachées d'illégalité.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qui n'apparaissent pas, en l'état de l'instruction, de nature à fonder une annulation, que la SAS Comexposium est fondée à demander l'annulation de la décision du 24 juin 2022 par laquelle la direction des grandes entreprises lui a refusé le bénéfice de l'aide " fermeture " prévue par le décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021 au titre des mois de janvier à août 2021, ensemble la décision du 28 juillet 2022 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a seulement lieu d'enjoindre au directeur des grandes entreprises de réexaminer la demande de la SAS Comexposium, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La décision du 24 juin 2022 par laquelle la direction des grandes entreprises a refusé à la SAS Comexposium le bénéfice de l'aide " fermeture " prévue par le décret n° 2021-1664 du 16 décembre 2021 au titre des mois de janvier à août 2021, ensemble la décision du 28 juillet 2022 portant rejet de son recours gracieux, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint d'office au directeur des grandes entreprises de réexaminer la demande de la SAS Comexposium, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à la SAS Comexposium au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête de la SAS Comexposium sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Comexposium et au directeur des grandes entreprises.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Gay-Heuzey, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

C. ORIOL

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. CORDARYLa greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière