Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2212746

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2212746
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la demande de M. B, qui sollicitait la réduction de son impôt sur le revenu pour 2021 en déduisant des pensions alimentaires versées à ses enfants mineurs et à ses parents résidant au Sénégal. Saisi en plein contentieux, le tribunal a jugé que le requérant ne justifiait pas du caractère proportionné des versements pour ses enfants, faute de décision de justice ou de preuve de ses ressources et de celles de l’autre parent, comme l’exige l’article 156 du code général des impôts. Pour ses parents, M. B n’a pas démontré l’état de besoin de sa mère ni établi son lien de parenté avec son père, conditions requises par les articles 205 et 208 du code civil. La solution retenue est donc le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2022, M. A B demande au Tribunal de prononcer la réduction de la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2021.

M. B soutient qu'il est en droit de déduire de son revenu imposable les pensions alimentaires destinées à ses enfant mineurs et à ses parents qui résident au Sénégal.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que le moyen invoqué par M. B n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schneider, première conseillère ;

- et les conclusions de M. Villette, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été assujetti à l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2021 sur la base des éléments portés sur sa déclaration dans laquelle il a mentionné qu'il était séparé de son épouse, Mme C. Après mise en recouvrement de cette imposition le 31 juillet 2022, le requérant a présenté une réclamation, reçue le 23 août 2022, par laquelle il demande que les sommes envoyées au Sénégal et destinées à ses trois enfants, qui y résident avec leur mère, ainsi qu'à ses parents, soit admises en déduction de son impôt dans le cadre des pensions alimentaires. A la suite du rejet de sa réclamation le 2 septembre 2022, M. B demande au Tribunal de prononcer la réduction de la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2021.

2. En premier lieu, en vertu du 2° du II. de l'article 156 du code général des impôts, peuvent être déduites du montant total du revenu net annuel servant au calcul de l'impôt sur le revenu les " pensions alimentaires répondant aux conditions fixées par les articles 205 à 211, 367 et 767 du code civil () ". Aux termes de l'article 203 du code civil : " Les époux contractent ensemble, par le fait du seul mariage, l'obligation de nourrir, entretenir et élever leurs enfants. ". L'article 371-2 du même code dispose que " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant () ".

3. En vertu des dispositions du 2° du II. de l'article 156 du code général des impôts rappelées ci-dessus, une pension alimentaire versée par un contribuable en vue de pourvoir aux besoins de toute nature de ses enfants mineurs est déductible du revenu imposable à l'impôt sur le revenu. S'agissant d'une pension versée en application de l'obligation d'entretien et d'éducation, il appartient au contribuable qui entend la déduire de ses revenus imposables de justifier du montant correspondant à cette obligation, soit en se prévalant d'une décision de justice fixant ce montant, soit en établissant son caractère proportionné au regard de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant, compte tenu notamment de son âge. Les ressources à prendre en compte pour apporter cette justification s'apprécient sans déduction ou adjonction des pensions versées ou reçues. Lorsque le contribuable verse plusieurs pensions, cette proportionnalité doit s'apprécier en tenant compte de l'ensemble des pensions versées.

4. Il résulte de l'instruction que M. B ne produit aucune décision de justice fixant le montant de la pension alimentaire due au titre de l'obligation d'entretien de ses enfants. En outre, le requérant ne produit pas le moindre document permettant d'apprécier ses propres ressources ou celles de la mère de ses enfants. Le caractère proportionné de la pension alimentaire que M. B indique verser au profit de ses enfants n'est donc pas établi au regard de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins des enfants. Par suite, les versements effectués ne peuvent être considérées comme l'ayant été au titre de l'obligation d'entretien au sens du 2° du II. de l'article 156 du code général des impôts.

5. En second lieu, aux termes de l'article 205 du code civil : " Les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin. ". Aux termes du premier alinéa de l'article 208 du même code : " Les aliments ne sont accordés que dans la proportion du besoin de celui qui les réclame et de la fortune de celui qui les doit. ". Il incombe au contribuable qui demande à bénéficier de la déduction qu'elles prévoient d'établir tant la réalité des versements qu'il prétend avoir effectués à titre de pension alimentaire que l'état de besoin du créancier d'aliments.

6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les pensions alimentaires ne sont admises en déduction du revenu global du débiteur que dans la mesure où elles répondent aux conditions définies par les articles 205 à 208 du code civil, c'est-à-dire lorsque le débiteur apporte la preuve du versement de la pension et de son caractère alimentaire, ainsi que de l'état de besoin de son bénéficiaire. Les pensions alimentaires, y compris lorsqu'elles sont dues en vertu d'une loi étrangère, doivent répondre aux conditions fixées par les dispositions du code civil.

7. Il résulte tout d'abord de l'instruction que M. B ne justifie pas de son lien de parenté avec l'un des bénéficiaires des transferts, qu'il présente comme son père. La pension alimentaire que le requérant indique verser à ses parents sera donc entendue comme celle versée à sa mère seule. En l'espèce, M. B se borne à produire des documents d'état civil et des preuves de virement bancaire. Il ne justifie ainsi nullement l'état de besoin supposé de sa mère au regard de ses conditions de vie au Sénégal. Par suite, les versements effectués ne peuvent se voir conférer le titre d'aliment au sens des articles 205 et 208 du code civil.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'établit pas le besoin ni le caractère alimentaire des sommes qu'il soutient avoir versées à ses enfants et à ses parents dans le cadre de son obligation d'entretien d'une part, et de son obligation d'aliment d'autre part. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a réintégré les montants qui avaient été déduits par M. B sur le fondement du 2° du II. de l'article 156 du code général des impôts, au titre de pensions alimentaires versées à ses enfants et à ses parents, dans ses revenus imposables au titre de l'année d'imposition en litige. La requête de M. B ne peut donc qu'être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Schneider, première conseillère, et Mme Bergantz, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

S. SCHNEIDER

Le président,

signé

K. KELFANI Le greffier,

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.