Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2300298

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2300298
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de la SARL Il Papagallo, qui contestait le retrait de deux autorisations d'activité partielle obtenues par fraude. Le tribunal a jugé inopérant le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision de rejet du recours gracieux, car ce recours ne peut être contesté que pour ses vices propres. Sur le fond, il a confirmé la légalité des retraits prononcés le 10 novembre 2021 par le préfet des Hauts-de-Seine, en application des articles L. 5122-1 et R. 5122-1 du code du travail, au motif que les autorisations avaient été obtenues frauduleusement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête n°2300298 enregistrée le 6 janvier 2023, la SARL Il Papagallo demande au tribunal administratif de Cergy-Pontoise :

1°) d'annuler les décisions du 10 novembre 2021 par lesquelles le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Île-de-France (DRIEETS) a procédé au retrait d'autorisations de mise en activité partielle du restaurant, la décision du 27 septembre 2022 confirmant les décisions du 10 novembre 2021 et la décision implicite par laquelle la DRIEETS a rejeté son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus du recours gracieux résultant d'un courriel du 27 septembre 2022 est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle n'a pas commis de faute et la fraude n'est pas caractérisée eu égard au fait qu'elle a fini par déclarer les salariés en question.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 novembre 2023, la direction régionale interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thobaty,

- les conclusions de Mme B, rapporteuse publique,

- et les observations de Me Houssain, représentant la SARL Il Papagallo qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. Le 29 avril 2020, la société Il Papagallo a présenté plusieurs demandes d'autorisation préalable d'activité partielle. Sur sa demande n° 092AYRK0100, lui a été accordée le 4 mai 2020 une autorisation portant sur la période du 16 mars 2020 au 31 mai 2020 portant sur 5 salariés et un nombre d'heures maximum de 1636 heures. Sur sa demande n° 092AYRK0400 lui a été accordée le 23 février 2021 une autorisation portant sur la période du 1er janvier 2021 au 28 février 2021 et un nombre d'heures maximum de 910 heures. Par deux décisions du 10 novembre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a retiré ces deux décisions d'autorisation de mise en activité partielle au motif qu'elles ont été obtenues par fraude. A la suite d'un recours administratif, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Île-de-France (DRIEETS) a pris une décision confirmant ces deux décisions, par un courriel du 27 septembre 2022. La société requérante a présenté un nouveau recours administratif le 11 octobre 2022 dont il a été accusé réception le 12 octobre 2022 qui a donné lieu à un rejet implicite. Par la présente requête, la société Il Papagallo demande au tribunal d'annuler les décisions du 10 novembre 2021 de retrait des deux autorisations n° 092AYRK0100 et 092AYRK0400, de la décision du 27 septembre 2022 maintenant les décisions du 10 novembre 2021 et de la décision implicite par laquelle la DRIEETS a rejeté son recours gracieux.

Sur la légalité de la décision de refus du recours gracieux résultant d'un courriel du 27 septembre 2022 :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.

3. Le moyen tiré de ce que le rejet de son recours administratif par un courriel du 27 septembre 2022 du " service instructeur BL " aurait été pris par une autorité qui n'était pas investie de la compétence pour l'édicter, qui est afférent aux vices propres de cette décision est inopérant.

Sur la légalité des décisions les décisions du 10 novembre 2021 retirant deux autorisations de mise en activité partielle :

4. Aux termes l'article L. 5122-1 du code du travail : " I.- Les salariés sont placés en position d'activité partielle, après autorisation expresse ou implicite de l'autorité administrative, s'ils subissent une perte de rémunération imputable : -soit à la fermeture temporaire de leur établissement ou partie d'établissement ; -soit à la réduction de l'horaire de travail pratiqué dans l'établissement ; II.- Les salariés reçoivent une indemnité horaire, versée par leur employeur, correspondant à une part de leur rémunération antérieure dont le pourcentage est fixé par décret en Conseil d'Etat. L'employeur perçoit une allocation financée conjointement par l'Etat et l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage. Une convention conclue entre l'Etat et cet organisme détermine les modalités de financement de cette allocation. ". Aux termes de l'article R. 5122-1 de ce code : " L'employeur peut placer ses salariés en position d'activité partielle lorsque l'entreprise est contrainte de réduire ou de suspendre temporairement son activité pour l'un des motifs suivants : 1° La conjoncture économique ; 2° Des difficultés d'approvisionnement en matières premières ou en énergie ; 3° Un sinistre ou des intempéries de caractère exceptionnel; 4° La transformation, restructuration ou modernisation de l'entreprise ; 5° Toute autre circonstance de caractère exceptionnel ". Aux termes de son article R. 5122-3 : " Par dérogation à l'article R. 5122-2, l'employeur dispose d'un délai de trente jours à compter du placement des salariés en activité partielle pour adresser sa demande par tout moyen donnant date certaine à sa réception : 1° En cas de suspension d'activité due à un sinistre ou à des intempéries prévues au 3° de l'article R. 5122-1 ; 2° En cas de circonstance de caractère exceptionnel prévue au 5° de l'article R. 5122-1 ".

5. Aux termes de l'article R. 243-6 du code de la sécurité sociale : " I. - Pour chaque établissement, les employeurs déclarent et versent les cotisations sociales aux organismes de recouvrement dont ces établissements et leurs salariés relèvent au sens des dispositions de l'article R. 130-2. / Les unions de recouvrement et les caisses générales de sécurité sociale assurent sur ce périmètre l'ensemble des missions mentionnées à l'article L. 213-1. /II. - Le versement prévu au I est effectué le mois suivant la période de travail au titre de laquelle les rémunérations sont dues, au plus tard aux échéances suivantes : 1° Le 5 de ce mois pour les employeurs dont l'effectif est d'au moins cinquante salariés et dont la paie est effectuée au cours du même mois que la période de travail ; 2° Le 15 de ce mois dans les autres cas ".

6. Aux termes de l'article du l'article L. 242-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation à l'article L. 242-1, l'administration peut, sans condition de délai : () 2° Retirer une décision attribuant une subvention lorsque les conditions mises à son octroi n'ont pas été respectées ". Aux termes de l'article L. 241-2 de ce code : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré ". Un acte administratif obtenu par fraude ne crée pas de droits et, par suite, peut être abrogé ou retiré par l'autorité compétente pour le prendre, alors même que le délai de droit commun serait expiré ". Un acte administratif obtenu par fraude ne crée pas de droits et, par suite, peut être abrogé ou retiré par l'autorité compétente pour le prendre, alors même que le délai de droit commun serait expiré.

7. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 10 novembre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a retiré l'autorisation préalable de mise en activité partielle accordée le 4 mai 2020 sur la demande n° 092AYRK0100 portant sur la période du 16 mars 2020 au 31 mai 2020, 5 salariés et un nombre d'heures maximum de 1636 heures. Par une 2ème décision du 10 novembre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a retiré l'autorisation préalable de mise en activité partielle accordée le 23 février 2021 sur la demande n° 092AYRK0400 portant sur la période du 1er janvier 2021 au 28 février 2021, 3 salariés et un nombre d'heures maximum de 910 heures. Ces deux décisions de retraits ont été prises au motif qu'elles ont été obtenues par fraude, aucun de ces salariés n'étant déclaré à l'embauche au cours de ces deux périodes.

8. Il ressort des pièces du dossier que la société requérante, qui ne précise pas quels sont les salariés concernés par ses demandes, ne justifie ni n'avoir versé des cotisations salariales pour les salariés pour lesquelles elle demandait cette aide, ni les avoir déclarés au cours de la période pour laquelle l'autorisation de mise en activité partielle a été demandée.

9. Il ressort des mentions d'un relevé établi par la caisse des Unions de recouvrement et les caisses générales de sécurité sociale sur la période du 16 mars 2020 au 31 mai 2020 et sur celle du 1er janvier 2021 au 28 février 2021 pour lesquelles la société requérante a demandé à bénéficier d'une aide au titre de salaires et cotisations versées, que la société requérante n'avait déclaré aucun salarié à l'URSAAF et n'avait pas versé de cotisations de sécurité sociale. Si elle soutient qu'elle a déclaré tardivement ces salariés et a acquitté des cotisations postérieurement à cette déclaration, la circonstance qu'elle aurait acquitté des cotisations sur une période postérieure ne permet pas de remettre en cause le caractère frauduleux de ces deux demandes. En outre, la société requérante ne précise pas pour quels salariés elle a demandé la mise en activité partielle. En se fondant sur le motif tiré de l'absence de déclaration et de versement des cotisations de sécurité sociale afférente aux salariés pour laquelle l'aide était demandée au titre de la période concernée, le préfet des Hauts-de-Seine établit que l'aide a été obtenue par fraude. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la société requérante n'a pas commis de faute et que la fraude n'était pas établie doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation sont rejetées. Les conclusions présentées au titre des frais exposées pour l'instance en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la société requérante sont rejetées par voie de conséquence.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Il Papagallo est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Il Papagallo, au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France, au préfet de la région Ile-de-France et à la ministre du travail et de l'emploi.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thobaty, président,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

G. Thobaty

L'assesseur le plus ancien,

signé

S. BourraguéLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.