mardi 11 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2300439 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Hug, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 13 décembre 2022 par laquelle la directrice territoriale de Montrouge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de rétablir les conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le versement de l'allocation de demandeur d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre rétroactif à compter du 12 décembre 2022 ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée méconnaît l'alinéa 11 du préambule de la Constitution faute de lui donner des " moyens convenables d'existence " ;
- le non-respect d'une convocation Dublin ne relève pas d'une obligation comprise dans l'article 20 paragraphe 1 point b de la directive ; le paragraphe 1 point b de l'article 20 de la directive accueil 2013/33/UE du 26 juin 2013 pose une question d'interprétation qui devrait être posée à la CJUE quant à la notion " l'obligation de se présenter aux autorités " ;
- la décision attaquée méconnait ces dispositions dès lors qu'il a changé de statut administratif en France et que l'obligation de se présenter aux autorités ne peut être invoquée dans le cadre de la nouvelle procédure d'examen de sa demande d'asile ; une demande de rétablissement des CMA ne peut concerner que la procédure Dublin ;
- elle ne prend pas en compte sa situation de vulnérabilité ;
- à défaut de justifier qu'il s'agit d'un cas exceptionnel, l'OFII ne peut que limiter les conditions matérielles d'accueil du demandeur, en l'espèce sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte de sorte que le refus de rétablissement est illégal ;
- la décision de refus de rétablissement, qui se fonde sur une première décision de retrait entachée d'illégalité, est elle-même illégale ;
- l'OFII est tenue de garantir au demandeur d'asile un niveau de vie digne, de sorte que le refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil méconnaît en l'espèce les dispositions de la directive du 26 juin 2013 ;
- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a respecté toutes ses obligations.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant afghan, né le 3 juillet 1995, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 22 mars 2021 en procédure dite " Dublin " et a accepté le même jour les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). L'OFII a mis fin à son bénéfice des conditions matérielles d'accueil par une décision du 22 septembre 2021. A l'expiration du délai de transfert, M. A s'est présenté auprès des services de la préfecture et sa demande d'asile a été enregistrée en procédure accélérée le 25 novembre 2022. Par courriel du 12 décembre 2022, il a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, demande qui a été rejetée par une décision du 13 décembre 2022 de la directrice territoriale de Montrouge de l'OFII. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'alinéa 11 du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel se réfère la Constitution du 4 octobre 1958 : " [La nation] garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence ". La décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de porter atteinte aux garanties assurant le droit à la protection de la santé prévue à l'alinéa 11 du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel renvoie celui de la Constitution du 4 octobre 1958. Le moyen ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, de ce que le motif retenu pour fonder ce refus, tiré de ce qu'il "n'[avait] pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités ", n'entre pas dans les hypothèses prévues par l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants: () 3o Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. "
5. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. A a été initialement enregistrée en procédure Dublin, y compris lors de son nouvel enregistrement le 25 novembre 2022 à l'expiration de son délai de transfert. La circonstance que, postérieurement à l'expiration du délai de transfert et au nouvel enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci ait relevé de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la procédure de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ne pouvait pas s'appliquer à M. A.
6. En quatrième lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, l'OFII, qui statue sur une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, doit prendre en compte la vulnérabilité du demandeur. Il ressort des termes de la décision du 13 décembre 2022 que, pour refuser le rétablissement des conditions matérielles d'accueil à M. A, l'OFII a pris en compte sa situation personnelle et familiale et ses besoins et a considéré qu'elle ne faisait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité. Contrairement à ce que soutient le requérant, en énonçant dans la décision attaquée qu'un examen de la vulnérabilité du demandeur avait été fait, et en retenant pour motif unique du rejet de la demande de rétablissement le fait que M. A n'avait pas respecté les exigences des autorités de l'asile, l'OFII n'a pas méconnu les dispositions précitées.
7. En cinquième lieu, M. A, qui se prévaut de ce que la décision par laquelle l'OFII a refusé de lui rétablir les matérielles d'accueil serait illégale dès lors que la décision du 22 septembre 2021 par laquelle l'Office a mis fin aux conditions matérielles d'accueil serait mal fondée, doit être regardé comme invoquant, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette décision. Toutefois, d'une part, la décision par laquelle l'OFII refuse à un demandeur d'asile le rétablissement de ses CMA n'est pas prise pour l'application de la décision antérieure par laquelle l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. D'autre part, la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil ne peut être regardée comme constituant la base légale de la décision en refusant ultérieurement le rétablissement. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception de l'illégalité de la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil de M. A ne peut qu'être écarté.
8. En sixième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée ne fournit pas à M. A les moyens lui garantissant un niveau de vie digne et méconnaît ainsi les considérants 25 et 35 de la directive 2013/33/UE ainsi que les articles 17 et 20 de cette directive. Toutefois, il ne ressort pas des dispositions de l'article L. 551-18, ni d'aucune autre disposition, que les décisions de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil feraient en toutes circonstances obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20 de la directive du 26 juin 2013, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'Etat ou de l'article L. 345-2-2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence. Au demeurant, la décision attaquée n'a pas relevé de facteur particulier de vulnérabilité chez M. A et le requérant n'apporte aucun élément sérieux au soutien de ses allégations selon laquelle l'intéressé n'aurait pas un niveau de vie digne. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil méconnaitrait par elle-même le droit à un niveau de vie digne.
9. Enfin, la décision de l'OFII du 13 décembre 2023 de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil de M. A est fondée sur la circonstance que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Le requérant soutient qu'il a honoré toutes ces convocations et n'a jamais tenté de fuir ou de se soustraire au contrôle des autorités administratives. Cependant, le directeur général de l'OFII produit une convocation de l'intéressé à la préfecture muni d'un test PCR qu'il a refusé de réaliser le 12 août 2021 faisant ainsi obstacle au transfert dont il devait faire l'objet le 13 août 2021. Par suite, au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII aurait entaché sa décision d'erreur matérielle de faits ou entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation de la décision refusant de rétablir les conditions matérielles d'accueil à son bénéfice doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
M. Jacquinot, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.
La rapporteure,
Signé
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
Signé
T. BertonciniLa greffière,
Signé
N. Magen
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026