Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2302644

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2302644
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, ressortissant sénégalais. La décision a été jugée illégale en raison d'un défaut de motivation, le préfet n'ayant pas communiqué les motifs du rejet dans le délai d'un mois suivant la demande de l'intéressé, en méconnaissance des articles L. 211-2, L. 211-5 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de M. A et de lui délivrer un récépissé dans l'attente. L'État a été condamné à verser 1 200 euros à M. A au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 février 2023, M. B A, représenté par Me Moulouade, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié ", sous astreinte de 10 euros par jour de retard à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus de délivrance de titre de séjour :

-cette décision est insuffisamment motivée, faute pour le préfet de lui avoir communiqué les motifs du rejet de sa demande ;

-elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la commission du titre de séjour n'a pas été préalablement saisie pour avis ;

-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise fait valoir qu'il a délivré à M. A une attestation de demande de titre de séjour valable jusqu'au 15 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

-le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Edert,

-et les observations de Moulouade Najoua, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 13 décembre 1961 à Dakar (Sénégal) est entré en France le 26 juillet 2012 selon ses déclarations. Il a bénéficié d'un titre de séjour étranger malade valable du 19 avril au 19 octobre 2019, puis de récépissés valables jusqu'au 28 février 2021. M. A a sollicité le 30 août 2022, son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, née du silence de l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de délivrance de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ".

3. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois.

4. Le silence gardé sur une demande de titre de séjour présentée par voie postale, lorsqu'un tel mode de dépôt a été prescrit par le préfet, vaut rejet implicite de la demande, sauf à ce que le dossier soit incomplet.

5. D'une part, il n'est pas contesté que le dossier de M. A ait été complet à la date d'enregistrement de sa demande, soit au 30 août 2022. En application des dispositions de l'article R. 432-1 précité, une décision implicite de rejet de sa demande est née quatre mois plus tard soit le 30 décembre 2022. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A a demandé la communication le 9 janvier 2023, soit dans le délai de recours contentieux, des motifs de rejet de sa demande de titre de séjour. Par suite, en l'absence de communication par le préfet du Val-d'Oise dans le mois suivant sa demande de communication, des motifs de sa décision implicite de rejet, le requérant est fondé à soutenir qu'elle est entachée d'un défaut de motivation.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler la décision implicite de rejet de la demande de M. A.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Le présent jugement implique seulement que le préfet du Val-d'Oise réexamine la demande du requérant, et lui délivre dans l'attente un récépissé de demande de titre de séjour.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er :La décision implicite portant refus de titre de séjour du préfet du Val-d'Oise est annulée.

Article 2 :Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise réexaminer la situation de M. A et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour.

Article 3 :L'État versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Beauvironnet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

S. EdertL'assesseure la plus ancienne,

E. Chaufaux La greffière,

K. Nabunda

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.