Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2306503

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2306503
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi par Mme B, reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 21 juillet 2021, qui demandait réparation pour le préjudice subi du fait de l'absence de relogement par l'État. Le tribunal a jugé que la carence fautive de l'État à exécuter cette décision engage sa responsabilité, conformément aux articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. La solution retenue est que l'État est condamné à indemniser Mme B pour les troubles dans ses conditions d'existence résultant du maintien de sa situation de logement insalubre et suroccupé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Perez, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme à lui verser une somme de 7 000 euros à parfaire en réparation de ses préjudices nés de la carence de l'État à la reloger ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 13 euros en application des dispositions des articles L.723-3 et R. 723-26-1 et 2 du code de la sécurité sociale.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 21 juillet 2021 ;

- elle subit en conséquence des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence dès lors qu'elle est toujours logée dans un appartement infesté de nuisibles et suroccupé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Il fait valoir que :

- si le logement de la requérante est suroccupé, il lui appartenait de demander un nouveau logement à son bailleur ; elle ne démontre pas l'avoir fait et est donc responsable de cette situation de suroccupation ;

- s'agissant de l'insalubrité, aucune procédure n'a été engagée auprès du bailleur ou des autorités compétentes.

Par un mémoire complémentaire enregistré le 8 novembre 2024, Mme B conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et présente ses conclusions relatives aux frais du litige sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la décision du 6 mai 2024 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de Mme B ;

- l'ordonnance n°2204492 en date du 23 juin 2022 par laquelle le tribunal a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au relogement de Mme B sous astreinte de 200 euros par mois de retard ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 21 juillet 2021, désigné Mme B comme prioritaire et devant être logée en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme B a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 9 février 2023 reçu le 15 février suivant. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme B demande au tribunal de condamner l'État à l'indemniser des préjudices subis à raison de cette absence de relogement.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne la faute :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. La commission de médiation a reconnu, le 21 juillet 2021, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme B aux motifs qu'elle était en attente d'un logement social depuis un délai anormalement long et qu'elle occupait un logement suroccupé avec des enfants mineurs, situation dont il n'est pas contesté qu'elle perdure, nonobstant l'ordonnance n°2204492 en date du 23 juin 2022 par laquelle le tribunal a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au relogement de Mme B sous astreinte de 200 euros par mois de retard. La requérante ne s'étant vu proposer aucun logement depuis le 21 janvier 2022, date à laquelle l'État devait, au plus tard, lui proposer une offre en ce sens, elle établit donc l'existence de carences fautives de l'État dans la mise en œuvre de son obligation de relogement à son égard.

Sur le lien de causalité et les préjudices :

5. Ainsi qu'il a été indiqué au point précédent, la situation de mal logement dont se prévaut Mme B perdure, cette dernière étant logée, de manière continue, avec ses quatre enfants mineurs nés en 2010, 2015, 2017 et 2021 dans un logement suroccupé. Mme B se plaint donc légitimement des troubles de toutes natures dans les conditions d'existence qu'elle subit à raison de cette situation sans que le préfet des Hauts-de-Seine puisse utilement lui opposer qu'elle n'établirait pas avoir saisi son bailleur d'une demande de mutation de logement pour s'exonérer de sa responsabilité. Mme B n'établit pas, en revanche, par les pièces qu'elle produit, et notamment, par les photographies jointes à son mémoire du 8 novembre 2024, que son logement présenterait un caractère insalubre ou indécent.

6. Il résulte de tout ce qui précède, compte tenu des conditions de logement de Mme B qui ont perduré, du fait de la carence de l'État, pour la période du 21 janvier 2022 au jour du présent jugement, et de la composition de son foyer, qu'il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 4 300 euros.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

8. En revanche, le conseil de Mme B n'ayant pas été présent à l'audience, il n'y a pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant à ce qu'une somme de treize euros soit mise à la charge de l'État au titre des droits de plaidoirie.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme B la somme de 4 300 (quatre mille trois cents) euros.

Article 2 : L'État versera à Mme B la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Perez et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

La magistrate désignée

Signé

H. Lepetit-CollinLa greffière

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2306503