Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2307624

lundi 11 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2307624
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par le jugement n° 1407890 en date du 23 février 2016, le tribunal a condamné l'État à verser à Mme D B une somme de 2 000 euros et une somme de 500 euros à chacune de ses deux filles C F et A F ainsi qu'une somme de 800 euros à Me E, avocat de Mme B, dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Par mémoires enregistrés les 15 septembre 2017 et 26 mars 2022, Me E a informé le tribunal des difficultés qu'il rencontrait pour obtenir l'exécution de ce jugement, a sollicité l'ouverture d'une phase juridictionnelle et demandé au tribunal d'enjoindre à l'État de lui verser la somme de 800 euros, ainsi que les intérêts y afférent, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte définitive de 100 euros par jour de retard.

Par une lettre en date du 12 mai 2022, le président du tribunal par interim a demandé au préfet des Hauts-de-Seine de bien vouloir, dans le délai de quinze jours, justifier de la nature et de la date des mesures qui ont été prises pour assurer l'exécution du jugement ou de lui faire connaître les raisons qui pourraient retarder cette exécution.

Par mémoires enregistrés les 7 juin et 18 août 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a informé le tribunal de ce que la somme de 800 euros due à Me E lui avait été versée le 18 octobre 2019.

Par un courrier en date du 15 août 2022, Me E a informé le tribunal de ce qu'il entendait maintenir sa demande, en l'absence de règlement des intérêts dus par la préfecture des Hauts-de-Seine.

Par une lettre en date du 23 septembre 2022, le président du tribunal a rappelé les termes de son courrier du 12 mai 2022, indiquant, en outre, que la somme allouée au titre des frais non compris dans les dépens est productive d'intérêts à compter de l'intervention de la décision juridictionnelle.

Le président du Tribunal a, par une ordonnance en date du 2 juin 2023, ouvert, en application de l'article R. 921-6 du code de justice administrative, une procédure juridictionnelle en vue de prescrire les mesures d'exécution du jugement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le jugement n° 1407890 en date du 23 février 2016, devenu définitif ;

- le code civil ;

- le code monétaire et financier ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire à l'audience en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. / Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte. ". Aux termes de l'article R. 921-6 du même code : " Dans le cas où le président estime nécessaire de prescrire des mesures d'exécution par voie juridictionnelle, et notamment de prononcer une astreinte, ou lorsque le demandeur le sollicite dans le mois qui suit la notification du classement décidé en vertu du dernier alinéa de l'article précédent et, en tout état de cause, à l'expiration d'un délai de six mois à compter de sa saisine, le président de la cour ou du tribunal ouvre par ordonnance une procédure juridictionnelle. / Toutefois, à l'expiration de ce délai de six mois, lorsque le président estime que les diligences accomplies sont susceptibles de permettre, à court terme, l'exécution de la décision, il informe le demandeur que la procédure juridictionnelle ne sera ouverte, le cas échéant, qu'à l'expiration d'un délai supplémentaire de quatre mois. / Cette ordonnance n'est pas susceptible de recours. L'affaire est instruite et jugée d'urgence. Lorsqu'elle prononce une astreinte, la formation de jugement en fixe la date d'effet ".

2. Aux termes de l'article L. 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. / Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article L.1231-7 du code civil : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement () ".

3. Enfin, aux termes de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier : " En cas de condamnation pécuniaire par décision de justice, le taux de l'intérêt légal est majoré de cinq points à l'expiration d'un délai de deux mois à compter du jour où la décision de justice est devenue exécutoire, () Toutefois, le juge de l'exécution peut, à la demande du débiteur ou du créancier, et en considération de la situation du débiteur, exonérer celui-ci de cette majoration ou en réduire le montant.". Ainsi, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution, au taux légal puis, en application des dispositions de l'article L. 313-3 du code monétaire et financier, au taux majoré s'il n'est pas exécuté dans les deux mois de sa notification.

4. La pleine exécution du jugement n° 1407890 en date du 23 février 2016 comportait pour l'État l'obligation de verser à Me E, avocat de Mme B, une somme de 800 euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Or, s'il est constant que la somme de 800 euros été versée à Me E en octobre 2019, il n'est pas contesté par la préfecture que le taux d'intérêt légal à compter du prononcé du jugement, soit le 23 février 2016, et le taux d'intérêt majoré à compter du 25 avril 2016, date à laquelle le jugement est devenu exécutoire, n'ont pas été appliqués. Par suite, il y a lieu de faire droit aux conclusions présentées par Me E aux fins d'exécution intégrale de ce jugement, et d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de verser à l'intéressé les intérêts au taux légal et au taux majoré sur la somme de 800 euros, sans qu'il y ait lieu, à ce stade et dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte, dans un délai de soixante jours à compter de la notification du présent jugement. Le préfet des Hauts-de-Seine communiquera au tribunal la copie des actes justifiant des mesures prises pour assurer l'entière exécution du jugement n° 1407890 en date du 23 février 2016.

D É C I D E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, en exécution du jugement n° 1407890 en date du 23 février 2016, d'appliquer à la somme de 800 euros les intérêts au taux légal et majoré conformément au motif du point 4 ci-dessus et de verser à Me E les sommes dues en conséquence dans un délai de soixante jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 2 : Le préfet des Hauts-de-Seine communiquera au tribunal la copie des actes justifiant des mesures prises pour assurer l'entière exécution du jugement n° 1407890 en date du 23 février 2016.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. G E et au préfet des Hauts-de-Seine et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2024.

La magistrate désignée,

signé

H. Lepetit-Collin

La greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière