Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2308709
mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2308709 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 juin 2023, M. et Mme A B, représentés par Me Ferchichi, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 mai 2023, par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de regroupement familial de M. B au bénéfice de son épouse ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le regroupement familial dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens et la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision de refus est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- elle méconnaît les articles L. 434-7 et R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs dispositions ;
- elle est entachée d'erreurs de fait, dès lors que M. C les conditions de ressources et de logement ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique ;
- le rapport de M. Viain, premier conseiller ;
- les observations de Me Ferchichi, représentant M. et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 23 octobre 1980, entré en France le 24 novembre 2012 muni d'un visa Schengen, titulaire d'une carte pluriannuelle de séjour valable du 18 octobre 2019 au 17 octobre 2023, a sollicité, par une demande enregistrée le 17 décembre 2021, le regroupement familial au bénéfice de son épouse. Par une décision du 11 mai 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande au motif qu'il ne justifiait ni d'un logement conforme, ni de ressources suffisantes. M. et Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, la décision du 11 mai 2023 vise les textes dont elle fait application, notamment les articles L. 434-7 et R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les faits sur lesquels elle s'appuie. En particulier, elle indique que M. B ne remplit pas les conditions de ressources et de logement pour pouvoir bénéficier du regroupement familial. Dans ces conditions, cette décision, qui n'est pas stéréotypée et qui comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée et ne méconnaît pas les stipulations des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dont le respect s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. B n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier. Ce moyen doit ainsi être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; () ". Aux termes de l'article L. 434-7 de ce code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; () ".
5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.
6. En l'espèce, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de regroupement familial de M. B au motif, notamment, que ses ressources sur les douze mois précédant le dépôt de sa demande étaient de 1 549 euros bruts, soit un montant inférieur au salaire minimum de croissance brut pour cette période, qui est de 1 559 euros. En se bornant à produire un contrat de travail du 3 décembre 2013 signé avec la société Leader Pressing et des avis d'imposition qui ne recouvrent pas la période de référence, sans verser aucun bulletin de salaire relatif à cette période, le requérant n'établit pas qu'il aurait disposé d'un salaire mensuel supérieur au salaire minimum de croissance brut. Les requérants font par ailleurs valoir que, postérieurement au dépôt de sa demande, les revenus de M. B ont évolué de manière favorable. Il ressort toutefois des bulletins de paie produits que, sur la période des douze mois ayant précédé la décision attaquée, soit de mai 2022 à mars 2023, son salaire mensuel brut moyen était de 1 671 euros, soit un salaire inférieur à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance brut pour cette période, qui est de 1 680,71 euros. Dans ces conditions, et dès lors que M. B ne justifiait pas des ressources suffisantes sur la période de référence des douze mois précédant le dépôt de sa demande, ni du niveau et de la stabilité de ses ressources ultérieures jusqu'à la date de la décision en litige, et peu important l'erreur de fait ou d'appréciation concernant la conformité de son logement, le préfet des Hauts-de-Seine a pu légalement lui refuser le regroupement familial au bénéfice de son épouse pour ce seul motif, sans méconnaître les dispositions précitées ou entacher sa décision d'erreur de droit ou de fait.
7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il résulte de ces stipulations que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées au point 4, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale.
9. En l'espèce, le requérant est marié à Sara Messoudi, ressortissante marocaine, depuis le 18 décembre 2020 soit depuis moins de trois ans à la date de la décision attaquée, il est sans enfant, et ne produit aucun élément permettant d'apprécier l'ancienneté et l'intensité de sa relation avec son épouse antérieurement à leur mariage. Par ailleurs, la décision litigieuse n'a, par elle-même, ni pour objet ni pour effet de changer sa situation familiale. Au surplus, cette décision ne fait pas obstacle à ce que le requérant présente une nouvelle demande de regroupement familial dès qu'il en remplira les conditions. Enfin, il lui est loisible de visiter son épouse muni d'un visa court séjour. M. et Mme B ne sont dès lors pas fondés à soutenir qu'en refusant de leur accorder le bénéfice du regroupement familial, le préfet des Hauts-de-Seine a porté au droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Beaufaÿs, président ;
M. Viain, premier conseiller ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
F. BEAUFAŸSLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2308709