Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2309853
lundi 30 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2309853 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2023, M. B, représenté par Me Karimi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 juin 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a autorisé le recours à l'intervention de la force publique à compter du 24 juillet 2023 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 à Me Karimi, avocat du M. A, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 34 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est illégale dès lors qu'aucune solution de relogement préalable à l'expulsion n'a été proposée alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission du droit au logement opposable ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des risques de troubles à l'ordre public, des circonstances humanitaires inhérentes à sa fragilité et des conséquences de l'usage de la force publique pour une personne considérée comme prioritaire et devant être logée en urgence.
Par un mémoire enregistré le 28 novembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beauvironnet,
- les conclusions de Mme Garona, rapporteure publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement du 17 novembre 2022, le tribunal de proximité de Courbevoie a ordonné l'expulsion de M. B du logement qu'il occupe 39, rue des Fauvelles dans cette commune. Par un jugement du 13 avril 2023, le tribunal judiciaire de Nanterre a débouté M. A de sa demande tendant à l'obtention d'un délai de trente-six mois pour quitter les lieux. Par un arrêté du 23 juin 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a autorisé le recours à l'intervention de la force publique pour procéder à son expulsion du logement en cause. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution, dans sa version applicable au litige : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ".
3. Toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire statuant sur la demande d'expulsion ou sur la demande de délai pour quitter les lieux et telles que l'exécution de l'expulsion serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné, ou ayant statué sur la demande de délai pour quitter les lieux, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
4. En premier lieu, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 34 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sauraient être utilement invoquées pour contester une décision administrative qui a pour seul objet l'exécution d'une décision judiciaire et qui n'a pas par elle-même d'effets propres, ses conséquences n'étant que celles de ladite décision judiciaire. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations sont inopérants et doivent être écartés.
5. En deuxième lieu, le requérant soutient que la décision attaquée est illégale dès lors que la commission du droit au logement opposable du département l'a reconnu prioritaire pour obtenir un logement et qu'aucune solution de relogement préalable à l'expulsion ne lui a été proposée. Toutefois, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire, ni d'aucun principe général du droit, que le fait d'être reconnu prioritaire dans le cadre du droit au logement opposable ferait obstacle à ce que soit octroyé le concours de la force publique, ni que le préfet serait tenu de s'assurer du relogement effectif de la personne concernée avant d'accorder le concours de la force publique à son expulsion. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur dans l'appréciation des risques de troubles à l'ordre public social et des circonstances humanitaires inhérentes à sa fragilité. Toutefois, par la production de la décision de la commission du droit au logement opposable du département du 5 avril 2023 le reconnaissant prioritaire pour un logement et de trois ordonnances médicales établies en septembre 2023, M. A ne démontre aucune vulnérabilité particulière et n'établit pas que le concours de la force publique pour l'expulser de son logement est de nature à porter atteinte à sa dignité humaine. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
Mme Chaufaux, première conseillère,
Mme Beauvironnet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.
La rapporteure,
signé
E. Beauvironnet
La présidente,
signé
S. Edert
La greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.