Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2312279

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2312279
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant par ordonnance, a rejeté la requête de Mme A qui contestait un avis de sommes à payer émis par le département des Hauts-de-Seine pour un indu de revenu de solidarité active (RSA) de 6 623,82 euros. La requête a été rejetée sur le fondement de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, car elle ne comportait que des moyens irrecevables ou manifestement insusceptibles de venir à son soutien, après que la requérante a été informée de la nécessité de fournir une argumentation précise. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'action sociale et des familles, notamment les articles L. 262-2, L. 262-46 et L. 262-47, relatifs au droit au RSA et à la récupération des indus.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 20 novembre 2023, transmise au tribunal administratif de Cergy-Pontoise et enregistrée le 10 juin 2024, la première vice-présidente du pôle social du tribunal judiciaire de Nanterre a transmis au présent tribunal la requête de Mme B A née C, enregistrée devant le tribunal judiciaire le 31 juillet 2023.

Par cette requête et des mémoire, enregistrés les 11 septembre 2023 et 18 décembre 2023, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées le 3 mars 2024, Mme A, demande au tribunal d'annuler l'avis de sommes à payer émis le 25 avril 2023 par lequel le département des Hauts-de-Seine lui réclame paiement de la somme de 6 623,82 euros correspondant à un indu de revenu de solidarité active (RSA) versé à tort entre octobre 2019 et août 2022.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal administratif a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours peuvent, par ordonnance : () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que (), des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ". Aux termes de l'article R. 772-6 du même code : " Une requête de première instance ne peut être rejetée pour défaut ou pour insuffisance de motivation, notamment en application du 7° de l'article R. 222-1, qu'après que le requérant a été informé du rôle du juge administratif et de la nécessité de lui soumettre une argumentation propre à établir que la décision attaquée méconnaît ses droits et de lui transmettre, à cet effet, toutes les pièces justificatives utiles. / S'il y a lieu, le requérant est ainsi invité à régulariser sa requête dans le délai qui lui est imparti et dont le terme peut être fixé au-delà de l'expiration du délai de recours. Il est informé qu'à défaut de régularisation les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7 ".

2. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". L'article L. 262-3 du code précité dispose que: " La fraction des revenus professionnels des membres du foyer et le montant forfaitaire mentionné au 2° de l'article L. 262-2 sont fixés par décret. (). L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'État qui détermine notamment : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Selon l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ".

3. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () Après la mise en œuvre de la procédure de recouvrement sur prestations à échoir, l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active transmet, dans des conditions définies par la convention mentionnée au I de l'article L. 262-25 du présent code, les créances du département au président du conseil départemental. La liste des indus fait apparaître le nom de l'allocataire, l'objet de la prestation, le montant initial de l'indu, le solde restant à recouvrer, ainsi que le motif du caractère indu du paiement. Le président du conseil départemental constate la créance du département et transmet au payeur départemental le titre de recettes correspondant pour le recouvrement ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". Aux termes de l'article R. 262-88 du même code : " Le recours administratif préalable mentionné à l'article L. 262-47 est adressé par le bénéficiaire au président du conseil départemental dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision contestée () ".

5. En premier lieu, si Mme A soutient que l'émission de l'avis de sommes à payer n'aurait pas été précédée d'une demande de justifications, la mettant à même de s'expliquer, il ressort des pièces du dossier, en particulier du rapport d'enquête du 21 septembre 2022 dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, qu'elle a rencontré le 2 août 2022 le contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine lors de l'enquête la concernant et qu'une procédure contradictoire écrite lui a été transmise le 6 septembre 2022. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'elle a pu faire valoir ses observations en formant le recours préalable obligatoire prévu à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, que le département des Hauts-de-Seine a rejeté par une décision du 20 février 2024. Le vice de procédure dont Mme A se prévaut est donc manifestement infondé.

6. En second lieu et d'une part, il ressort des pièces de la requête déposée par Mme A que l'indu de RSA en litige, correspondant à des versements consentis entre le 1er octobre 2019 et le 31 août 2022, a été mis à la charge de Mme A après que la CAF a procédé à un contrôle de sa situation ayant mis au jour que Mme A n'avait pas déclaré l'intégralité des ressources de son époux, le contrôleur ayant identifié sur le compte bancaire de ce dernier de nombreux virements, encaissements de chèques et dépôts d'espèces, à hauteur de 7 090 euros en 2019, 12 780 euros en 2020 et 14 110 euros en 2021 et 4 050 euros s'agissant des cinq premiers mois de l'année 2022. Pour contester le bien-fondé de cet indu, Mme A se borne à affirmer, dans des termes généraux, qu'elle n'a pas connaissance du motif de l'indu et qu'elle a déclaré l'intégralité de ses ressources, sans remettre en cause l'existence de mouvements non-déclarés sur les comptes bancaires de son mari, ni contester les montant relevées par la CAF sur ces comptes, ni justifier des ressources de son foyer sur la période en litige, ni produire aucune pièce sur l'un de ces différents points. Dès lors, Mme A n'assortit manifestement pas sa contestation de l'indu des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. D'autre part, Mme A ne peut utilement faire valoir qu'elle n'a commis volontairement aucune fausse déclaration, étant de bonne foi, et qu'elle est dans une situation de particulière précarité, ces circonstances étant sans incidence sur le bien-fondé de l'indu mis à sa charge.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A, qui a été mise à même de régulariser sa requête en application des dispositions de l'article R. 772-6 du code de justice administrative, n'est assortie que de moyens de légalité externe manifestement infondés, de moyens inopérants ou de moyens qui ne sont manifestement pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation de Mme A à l'encontre de l'avis de sommes à payer du 25 avril 2024 lui réclamant paiement de la somme de 6 623,82 euros au titre d'un indu de RSA ne peuvent qu'être rejetées sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A née C et au département des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée et à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 2 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. Monteagle

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.