Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2313731
vendredi 20 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2313731 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Cujas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre de l'intérieur et des outre-mer sur son recours hiérarchique et la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, ou, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les décisions contestées méconnaissent les stipulations de l'article 6 alinéa 5 et de l'article 7 bis a) de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 19 janvier 1934, est entrée en France le 2 juillet 2022 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 19 septembre 2022, elle a demandé au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article 7a) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 31 janvier 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer ce titre de séjour. Ses recours hiérarchique et gracieux datés du 17 mars 2023 ont été rejetés implicitement par le ministre de l'intérieur et des outre-mer et le préfet du Val-d'Oise. Elle demande l'annulation de ces trois décisions.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
3. Mme B soutient qu'elle possède des attaches familiales en France où résident neuf de ses douze enfants. Sept de ses enfants sont des ressortissants français et deux sont ressortissants canadiens. Deux sont titulaires de certificat de résidence algérien de dix ans. Toutefois, elle n'apporte aucune précision sur le caractère stable, intense et ancien des relations affectives qu'elle entretiendrait avec eux. Si elle soutient vivre chez sa fille C ressortissante française, elle ne l'établit pas. Si elle produit des bilans médicaux mettant en avant son besoin de soutien et d'aide pour effectuer les gestes de la vie quotidienne, aucun élément ne s'oppose à ce qu'elle soit aidée dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 88 ans. En outre, elle n'établit pas être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine. Enfin, elle ne justifie pas d'une insertion professionnelle stable et ancienne sur le territoire. Ainsi, eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, notamment au caractère irrégulier du séjour en France de l'intéressée et à son entrée récente sur le territoire français, les décisions attaquées n'ont pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, ces décisions n'ont pas méconnu les stipulations précitées de l'article 6.5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle sera écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : () b) () aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge ".
5. L'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence au bénéfice d'un ressortissant algérien qui fait état de sa qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français, peut légalement fonder sa décision de refus sur la circonstance que l'intéressé ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins, ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour ce faire.
6. Mme B soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur de droit au regard de ces stipulations, dès lors qu'elle est prise en charge par ses enfants résidents en France. Toutefois, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir ses ressources propres, d'évaluer ses besoins ni les versements effectifs de ses enfants.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet du Val-d'Oise et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.
La rapporteure,
Signé
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
Signé
T. BertonciniLa greffière,
Signé
N. Magen
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise et au ministre de l'intérieur en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.