Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2315366

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2315366
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule le refus du préfet des Hauts-de-Seine d’admettre l’épouse de M. A au regroupement familial. Le préfet s’était fondé sur des mentions au fichier des antécédents judiciaires pour des violences conjugales, mais M. A n’a jamais été condamné et conteste ces faits anciens. Le tribunal juge que ces seuls éléments ne suffisent pas à établir un non-respect des principes essentiels de la vie familiale en France au sens de l’article L. 434-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. La décision est donc annulée pour erreur d’appréciation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Gausseres, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 13 octobre 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé d'admettre sa femme au bénéfice du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'admettre sa femme au bénéfice du regroupement familial dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 434-2 et L. 434-7 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jacquinot,

- et les observations de Me Gausseres, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité anglaise et algérienne, est titulaire d'une carte de séjour permanente depuis le 17 janvier 2023. Le 29 novembre 2021, il a demandé au préfet des Hauts-de-Seine d'admettre sa femme au bénéfice du regroupement familial. Par une décision du 13 octobre 2023, dont M. A demande au tribunal l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ".

3. En application des dispositions du 3° de l'article L. 434-7 précité, l'autorité préfectorale peut refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, le bénéfice du regroupement familial lorsqu'elle dispose d'éléments précis et concordants de nature à établir que, notamment dans le cadre de sa vie familiale et à raison de son comportement, le demandeur ne respecte pas les principes essentiels régissant la vie familiale en France, tels que la monogamie, l'égalité de l'homme et de la femme, le respect de l'intégrité physique de l'épouse et des enfants, le respect de la liberté du mariage, l'assiduité scolaire, le respect des différences ethniques et religieuses et l'acceptation de la règle selon laquelle la France est une République laïque.

4. Il ressort de la décision attaquée que pour refuser de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par M. A, le préfet des Hauts-de-Seine s'est uniquement fondé sur le non-respect par le requérant des valeurs et des principes de la République eu égard à la circonstance que ce dernier est défavorablement connu des services de police pour des faits de violences volontaires sans incapacité commis à l'encontre d'une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité, d'un mineur de 15 ans et d'un mineur par un ascendant, sur une période totale allant du 1er juillet 2006 au 14 octobre 2019. Pour graves que soient ces différents faits, le préfet des Hauts-de-Seine se borne à produire différentes mentions au fichier de traitement des antécédents judiciaires. Or, le requérant produit un extrait de son casier judicaire B3 vierge et soutient, sans être contesté, n'avoir jamais été condamné pour les faits qui lui sont reprochés dont il conteste la matérialité, alors même que ceux-ci sont désormais anciens de plus de cinq ans. Par ailleurs, aucun autre élément ne permet de considérer que le demandeur ne se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, les attestations sur l'honneur fournies au dossier soulignant au contraire son intégration dans la société française. Dans ces conditions, et alors que la décision attaquée n'est fondée sur aucune autre circonstance, en refusant de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par M. A, le préfet des Hauts-de-Seine a fait une inexacte application de ces dispositions. Il s'ensuit que le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, autorise le regroupement familial demandé par le requérant, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait qui y ferait obstacle. Il y a lieu de lui donner injonction de le faire dans un délai de deux mois. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 13 octobre 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé à M. A le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, sauf changement de circonstance de droit ou de fait qui y ferait obstacle, d'accorder le bénéfice du regroupement familial demandé par M. A au bénéfice de son épouse dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,

M. Jacquinot, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Jacquinot

Le président,

signé

T. Bertoncini La greffière,

signé

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.