Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316105
mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2316105 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2023, Mme B D, représentée par Me Kanza, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté attaqué dans son ensemble :
- il méconnait les droits de la défense et le droit être entendu garantis par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet, qui s'est cru à tort en situation de compétence liée pour rejeter sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas examiné sa situation de manière sérieuse et approfondie au regard de l'article L. 435-1 du même code et n'a pas exercé son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
En ce qui concerne la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est fondée sur une disposition contraire à la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2024, le préfet du Val-d'Oise indique qu'il confirme sa décision du 30 octobre 2023 et transmet les pièces constitutives du dossier.
Il fait valoir que les documents produits par la requérante ne sont pas de nature à justifier de façon suffisante et probante sa présence habituelle en France depuis dix ans, notamment pour les années 2017 à 2019 et que Mme D ne justifie pas d'une activité professionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Louvel, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante congolaise née le 6 mars 1973, serait entrée en France le 8 novembre 2006 sous-couvert d'un visa Schengen valable du 3 novembre au 3 décembre 2006. Elle a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 octobre 2023, dont Mme D demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.
Sur le moyen commun à l'arrêté attaqué :
2. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré, comme en l'espèce, de la violation de l'article 41 de la charte, par une autorité d'un État membre est inopérant. En tout état de cause, s'il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union et qu'il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré, ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
3. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. À l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.
4. L'arrêté en litige ayant été pris sur sa demande, il résulte de ce qui précède que le préfet du Val-d'Oise n'était, en tout état de cause, pas tenu d'inviter expressément Mme D à présenter des observations qu'elle demeurait libre d'apporter à l'appui de sa demande tandis qu'il n'est pas établi que l'intéressée aurait été placée dans l'incapacité de compléter son dossier initial de demande de titre de séjour en apportant toute information qu'elle jugeait utile. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit dès lors, être écarté, l'intéressée n'ayant, en tout état de cause, pas été privée du droit de faire valoir tout élément utile à l'occasion de l'instruction de sa demande.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, par un arrêté n°23-042 du 11 juillet 2023 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme A C, cheffe du bureau du contentieux des étrangers, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise et de son adjointe, notamment toutes décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Il n'est pas établi que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
7. L'arrêté attaqué du 30 octobre 2023 vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les articles L. 423-23 et L. 435-1, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il expose avec suffisamment de précision la situation personnelle de Mme D et les motifs pour lesquels il n'est pas fait droit à sa demande de titre de séjour. Cet arrêté comporte ainsi de façon circonstanciée, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait, dès lors, aux exigences de motivation prévues par les dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier des termes de l'arrêté en litige, qui mentionnent que le préfet du Val-d'Oise a examiné la demande de titre de séjour de Mme D dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, que le préfet se serait cru en situation de compétence liée pour rejeter la demande de titre de séjour de l'intéressée. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas, pour ce motif, procédé à un examen sérieux et suffisamment approfondi de la situation personnelle de la requérante, doit être écarté.
9. En quatrième lieu, si la requérante soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, elle n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite le moyen ne peut qu'être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5°) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
11. Mme D soutient être entrée en France le 8 novembre 2006, y résider depuis et y être insérée. Toutefois, la requérante ne démontre pas une présence habituelle et continue en France depuis cette date, notamment pour les années 2018 et 2019, les pièces produites au titre de ces années sont peu nombreuses et insuffisamment probantes. Il en va ainsi, s'agissant des preuves de présence pour l'année 2018, de la facture du 18 janvier 2018 de la société SFR, de l'attestation d'élection de domicile du 14 novembre 2018 établie par le président de l'organisme " Inser Asaf Association ", du devis du 26 décembre 2018 de la clinique dentaire ASCDM pour un traitement prothétique, du recours gracieux daté du 13 juillet 2018 dirigé contre un arrêté portant refus de délivrance d'un titre de séjour du 10 mars 2015 qu'elle aurait adressé par lettre recommandée. De même, s'agissant de l'année 2019, les pièces constituées de l'attestation d'élection de domicile établies par le président de l'organisme " Inser Asaf Association " le 2 décembre 2019, d'un contrat de stockage daté du 21 mars 2019 avec l'entreprise Shurgard self-Storage, d'un billet de train pour une trajet d'Aix-en-Provence à Paris le 14 septembre 2019 et d'un billet pour un voyage en bus de Paris à Aix-en-Provence le 4 novembre 2019. Par ailleurs, l'intéressée est célibataire, sans charge de famille en France, et elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 33 ans. Enfin, la requérante ne justifie d'aucune insertion particulière à la société française, en particulier professionnelle. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait méconnu les stipulations citées au point 10.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".
13. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser sa situation au titre de son pouvoir discrétionnaire.
15. En septième lieu, en vertu de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la commission du titre de séjour " est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet du Val-d'Oise est tenu de saisir la commission du cas des seuls ressortissants algériens qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui ont la même portée que les articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les ressortissants algériens qui se prévalent de ces stipulations.
16. Mme D n'étant pas, comme il a été dit précédemment, au nombre des ressortissants algériens pouvant obtenir de plein droit un titre de séjour en application du 5°) de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé, le préfet du Val-d'Oise n'était pas tenu de recueillir l'avis de la commission du titre de séjour, avant de rejeter sa demande de titre de séjour.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
17. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 16 qu'aucun des moyens invoqués à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour n'est fondé. Dès lors, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
Sur la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :
18. En premier lieu, le préfet a accordé à Mme D un délai de départ volontaire de trente jours, soit celui de droit commun. Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier, que la requérante aurait fait état de circonstances particulières justifiant qu'elle disposât d'un délai plus long pour quitter le territoire, le préfet n'était pas tenu de motiver spécifiquement la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.
19. En deuxième lieu, Mme D ne peut utilement invoquer les dispositions de la directive 2008/115/CE relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, dès lors que celle-ci a été transposée en droit interne par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011. En tout état de cause, le préfet n'a pas entaché, eu égard à la situation personnelle de l'intéressée, sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige aurait été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 7.2 de la directive n° 2008/115/CE doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays d'éloignement :
20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 et 17 qu'aucun des moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays d'éloignement, doit être écarté.
21. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
22. Mme D, à supposer qu'elle invoque la méconnaissance des stipulations précitées, n'apporte aucun élément précis et circonstancié établissant qu'elle serait exposée à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
23. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er: La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
M. Louvel, premier conseiller,
Mme Colin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
T. Louvel
Le président,
signé
S. Ouillon
La greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2316105