vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2316320 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Hug, avocate, demande au Tribunal :
1°) d'annuler " la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil " ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir à son profit le versement de l'allocation pour demandeur d'asile, avec effet depuis le 15 novembre 2023, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, qui sera autorisée à en poursuivre directement le recouvrement.
M. B soutient que la décision contestée :
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- est intervenue sur une procédure irrégulière, compte tenu de l'absence de prise en considération de sa vulnérabilité ;
- est intervenue sur une procédure irrégulière, compte tenu de l'absence de formation spécifique de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité ;
- est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'a pas déposé tardivement sa demande d'asile ; ;
- est entachée d'une erreur de droit, au regard des dispositions du 4° de l'article L.551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. B n'est fondé.
Par une décision en date du 29 janvier 2024, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision en date du 15 novembre 2023, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a refusé d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. B, demandeur d'asile déclarant être de nationalité tibétaine, au visa de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au motif que, sans motif légitime, l'intéressé présentait sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. La requête de M. B enregistrée sous le n° 2316320 doit être regardée comme tendant à l'annulation de la décision, en date du 11 janvier 2024, par laquelle le directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, formé par une lettre de son conseil en date du 5 décembre 2023.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée () dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ".
3. La décision du directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 11 janvier 2024 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivée.
4. Il ne ressort ni de la décision contestée, ni celle du directeur territorial en date du 15 novembre 2023, ni d'aucune des pièces du dossier que la situation particulière de M. B n'aurait pas fait l'objet d'un examen suffisamment approfondi avant l'édiction de cette décision.
5. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ".
6. Il ressort des pièces jointes au mémoire en défense de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que M. B a bénéficié, le 15 novembre 2023, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, d'un entretien effectué par un auditeur avec l'assistance d'un interprète en langue tibétaine, durant lequel sa situation a été évaluée. Si au cours de cet entretien, ainsi que l'établit la fiche d'évaluation de vulnérabilité versée au dossier par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le requérant a déclaré " dormir à la rue en Ile-de-France ", il n'a fait état spontanément d'aucun problème de santé, n'a déposé aucun document à caractère médical sous pli confidentiel et ne s'est pas vu remettre de certificat médical vierge pour avis " Medzo ". Enfin, M. B, qui est né le 1er février 1979, n'a joint à sa requête aucun document médical. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié, avant la prise de la décision attaquée, de l'entretien prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité ou omis de prendre celle-ci en considération.
7. Aucune pièce du dossier ne permet de tenir pour établi que l'entretien du 15 novembre 2023 n'aurait pas été conduit par un auditeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin, ainsi que le prescrit l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. Le requérant a déclaré être entré sur le territoire français le 13 août 2023 lors de son entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité du 15 novembre 2023, alors qu'il bénéficiait de l'assistance d'un interprète. Cette même date est celle qu'il indique dans son recours administratif préalable obligatoire en date du 21 novembre 2023, que produit l'Office français de l'immigration et de l'intégration, recours distinct de celui formé en date du 5 décembre 2023 par son avocate. Dans ce dernier recours, il est indiqué que M. B n'est pas " absolument certain de cette date " et dans la requête l'intéressé expose que cette date est " purement déclarative et nécessairement approximative " et qu'il " se rappelle uniquement être arrivé en France au milieu du mois d'août " mais aucune preuve que le requérant serait entré sur le territoire français postérieurement au 13 août 2023 n'est produite. Dans ces conditions, la date du 13 août 2023 doit être retenue comme celle à laquelle M. B est entré sur le territoire français. Le requérant soutient également que la date à laquelle il a " sollicité l'asile ", doit, être fixée non au 15 novembre 2023 - date de son " enregistrement " par le préfet du Val-d'Oise - mais au 13 novembre 2023, date à laquelle il a rencontré un compatriote titulaire d'une carte de résident en qualité de réfugié qui a téléphoné à l'Office français de l'immigration et de l'intégration afin de prendre un rendez-vous pour lui. Toutefois, en se bornant à produire une attestation de son compatriote en date du 5 décembre 2023 et une capture d'écran du téléphone de celui-ci qui justifierait de l'appel à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le requérant n'établit pas avoir présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. Le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut, dès lors, qu'être écarté. Enfin, le requérant ne justifie d'aucun motif légitime qui expliquerait ce retard. Si l'intéressé se prévaut de son " isolement " en France, dans son recours du 21 novembre 2023, M. B fait allusion à un " ami " et de la famille de cet ami qui l'ont manifestement hébergé au début de son séjour.
9. Le requérant ayant, sans motif légitime, présenté sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a pu, légalement, sur le fondement du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont rappelées au point 2, refuser de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
10. Il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu notamment de ce qui a été dit aux points 6 et 8, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait, en refusant d'accorder à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, commis une erreur d'appréciation des conséquences de ce refus sur la situation personnelle du requérant.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction de la requête de M. B ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :
13. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Schneider, première conseillère, et Mme Bergantz, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
K. KELFANI
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
signé
S. SCHNEIDER
Le greffier,
signé
D. HAUDE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026