Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316459
lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2316459 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Thisse, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 24 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice.
M. B soutient que :
- le préfet des Hauts-de-Seine a commis une faute de nature à engager sa responsabilité, dès lors qu'il n'a pas exécuté la décision du 11 septembre 2019, par laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine l'a reconnu prioritaire et devant être logé d'urgence, ainsi que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 17 décembre 2020 lui enjoignant d'assurer ce relogement avant le 1er mars 2021 ;
- il subit des troubles dans ses conditions d'existence, dès lors qu'il est contraint de vivre dans un logement d'une superficie de 32 m², avec son épouse et leurs trois enfants mineurs, la sur-occupation engendrant notamment des troubles psychosociaux et d'apprentissage scolaire chez les enfants.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que l'absence de ressources propres du requérant fragilise sa demande de logement de social et qu'il n'a pas porté son changement de situation quant à ses revenus à la connaissance du préfet.
Vu :
- la décision du 13 novembre 2023, par laquelle le président du bureau de l'aide juridictionnelle, près le tribunal judiciaire de Pontoise, a accordé à M. B l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 17 décembre 2020, par laquelle le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger M. B ;
- le jugement du 18 avril 2023, par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a condamné l'État à payer à M. B la somme de 4 500 euros ;
- la décision, par laquelle le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision, par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baude, magistrat désigné,
- et les observations de M. B.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 11 septembre 2019, désigné M. B comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par une ordonnance du 17 décembre 2020, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement sous astreinte de 200 euros par mois de retard à compter du 1er mars 2021. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. B a saisi le préfet des Hauts-de-Seine d'une demande indemnitaire préalable par un courrier en date du 18 mai 2023, réceptionné le 26 mai suivant, pour la période postérieure au 18 avril 2023, la période antérieure à cette date ayant été indemnisée par un jugement du 18 avril 2023 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise. Cette demande a été implicitement rejetée. Le requérant demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 24 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
En ce qui concerne la faute :
4. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu, le 11 septembre 2019, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. B, au motif qu'il occupait un logement sur-occupé avec une personne mineure ou handicapée à charge et qu'il n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. Toutefois, le préfet des Hauts-de-Seine n'a fait aucune offre de logement à M. B dans le délai de six mois qui a suivi cette décision, soit avant le 11 mars 2020. D'autre part, l'ordonnance du 17 décembre 2020, par laquelle le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer le logement de M. B avant le 1er mars 2021 sous astreinte de 200 euros par mois de retard, n'a reçu aucune exécution.
5. Si le préfet des Hauts-de-Seine soutient que la nature des ressources du requérant est de nature à rendre sa demande de logement sociale peu attractive pour les bailleurs sociaux, cette circonstance, à la supposée avérée, est toutefois sans incidence sur la faute résultant de la carence de l'État à exécuter la décision ayant reconnu le requérant prioritaire à l'attribution d'un tel logement. En outre, il ne résulte pas de l'instruction qu'il n'aurait pas transmis son avis d'imposition à l'occasion du renouvellement de sa demande de logement social, ou que le service instructeur lui aurait réclamé, à cette occasion, des pièces complémentaires qu'il aurait omis de communiquer. Le préfet des Hauts-de-Seine n'est, ainsi, pas fondé à soutenir que l'incomplétude de sa demande de logement social aurait fait obstacle à l'instruction de sa demande prioritaire.
6. Il résulte de ce qui précède que les carences fautives dont l'État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement à l'égard de M. B sont établies.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
7. Il résulte de l'instruction que M. B a fait une demande de logement social en septembre 2011 et occupe, depuis au moins la date de la saisine de la commission, avec son épouse et ses trois enfants nés en 2011, 2014 et 2016, un logement d'une superficie de 32 m², lequel est donc sur-occupé. Il résulte également de l'instruction que le requérant est toujours dépourvu de logement social et que la situation, au vu de laquelle la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu le caractère prioritaire de sa demande, perdure. Il est, dès lors, fondé à soutenir que la carence fautive de l'État, à assurer son relogement à compter du 11 mars 2020, a entraîné des troubles dans ses conditions d'existence devant être réparés.
8. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 1, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a déjà condamné l'État à verser au requérant la somme de 4 500 euros en réparation de ses préjudices par un jugement du 18 avril 2023. La période d'indemnisation commence ainsi à la date du 19 avril 2023.
9. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement de M. B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 2 600 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Monsieur B a obtenu l'aide juridictionnelle totale. Par suite ses conclusions tendant à ce que l'Etat lui verse la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
11.
D É C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à M. B la somme de 2 600 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
M. BaudeLa greffière,
Signé
C. Mas
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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N°2316459
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