Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316721
lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2316721 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | LECOUR |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 décembre 2023 et 11 septembre 2024, Mme B C A, représentée par Me Lecour, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, à parfaire, avec intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C A soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée, dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable du département du Val-d'Oise ;
- elle subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence, dès lors qu'elle est toujours dépourvue de tout logement social et que son logement de deux pièces, d'une superficie de 51 m², est inadapté au regard des besoins de sa famille et présente des traces d'humidité et de moisissures qui portent atteinte à la santé de ses enfants asthmatiques.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête. Il fait notamment valoir que le logement n'est pas sur-occupé et que la requérante n'a pas invoqué l'insalubrité de son logement lors de la saisine de la commission.
Vu :
- l'ordonnance du 11 avril 2023, par laquelle le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise de reloger Mme C A ;
- la décision, par laquelle le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision, par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Baude, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation du département du Val-d'Oise a, par une décision du 5 août 2022, désigné Mme C A comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par une ordonnance du 11 avril 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet du Val-d'Oise d'assurer son relogement sous astreinte de 150 euros par mois de retard à compter du 1er juin 2023. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme C A a saisi le préfet du Val-d'Oise d'une demande indemnitaire préalable par un courrier en date du 11 octobre 2023, réceptionné le lendemain. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme C A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.
En ce qui concerne la faute :
4. La commission de médiation du département du Val-d'Oise a reconnu, le 5 août 2022, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme C A, au motif qu'elle n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. Toutefois, le préfet du Val-d'Oise n'a fait aucune offre de logement à Mme C A dans le délai de six mois qui a suivi cette décision, soit avant le 5 février 2023. D'autre part, l'ordonnance du 11 avril 2023, par laquelle le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise d'assurer le logement de Mme C A avant le 1er juin 2023 sous astreinte de 150 euros par mois de retard, n'a reçu aucune exécution.
5. Il résulte de ce qui précède que les carences fautives dont l'État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement à l'égard de Mme C A sont établies.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
6. Pour établir l'existence de préjudices ayant résulté des carences fautives de l'État, alors que la commission de médiation du département du Val-d'Oise a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme C A, au seul motif qu'elle n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, cette dernière soutient que cette attente l'a contrainte à vivre dans un logement inadapté à sa composition familiale, soit dans un appartement de deux-pièces d'une surface totale de 51 m² pour deux adultes et quatre enfants nés en 2018, 2019, 2020 et 2024. Il est établi que le logement était sur-occupé à compter de la naissance du quatrième enfant du couple en juin 2024, au sens de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que le logement était ou demeure insalubre ou indécent, ni que les conditions d'habitation qu'offre ce logement seraient de nature à avoir provoqué ou aggravé les pathologies asthmatiques des enfants ou à en compromettre le traitement.
7. Mme C A est toujours dépourvue de logement social. Elle est ainsi fondée à soutenir que son maintien dans le logement, où elle réside avec sa famille, a entraîné pour elle des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation à compter de juin 2024. Il sera fait une juste appréciation des préjudices subis en lui allouant une somme de 1 000 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État le versement à Mme C A de la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme C A la somme de 1 000 (mille) euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : L'État versera la somme de 800 euros à Mme C A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
M. BaudeLa greffière,
Signé
C. Mas
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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N°2316721
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