Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2316981

mercredi 11 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2316981
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné le recours pour excès de pouvoir de Mme C, ressortissante congolaise, contre un arrêté préfectoral du 21 mars 2023 refusant un titre de séjour pour raisons de santé et l'obligeant à quitter le territoire. La requérante invoquait notamment une insuffisance de motivation, un défaut d'examen de sa situation, des vices de procédure liés à l'avis du collège de médecins de l'OFII, une méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'une violation des articles 2 et 3 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, estimant que la décision était suffisamment motivée, que la procédure médicale était régulière et que l'état de santé de Mme C ne justifiait pas la délivrance d'un titre de séjour. En conséquence, il a rejeté la requête et les conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoire, enregistrés les 19 décembre 2023, 15 et 30 mai 2024, Mme E C, représentée par Me Morel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Morel, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- cette décision est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, le préfet du Val-d'Oise n'ayant pas produit l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) la concernant, ne permettant pas d'en apprécier la régularité au regard des dispositions des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des dispositions de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 425-11 à R. 425-13, R. 611-1 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée de vices de procédure au regard de l'incompétence des signataires de l'avis et du défaut d'authentification de leurs signatures, de l'impossibilité de vérifier que le médecin rapporteur était compétent, qu'il n'a pas siégé au sein du collège de médecins et qu'il a bien transmis un rapport contenant toutes les mentions obligatoires à ce collège ;

- l'avis du collège de médecins de l'OFII n'est pas signé de l'un des trois médecins, ce qui ne permet pas de démontrer que la procédure a été régulière ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant estimé en situation de compétence liée vis-à-vis de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été transmise au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit d'observations en défense mais a communiqué les pièces constitutives du dossier, lesquelles ont été enregistrées le 21 mai 2024.

Mme C ayant explicitement levé le secret médical, l'OFII a produit les pièces constitutives de son dossier médical qui ont été enregistrées le 18 juin 2024 et communiquées aux parties.

Par une ordonnance du 9 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 octobre 2024 à 12h.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise du 24 juillet 2023, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Colin, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E C, ressortissante congolaise (République du Congo) née le 5 janvier 1985, serait entrée en France le 5 mai 2019 selon ses déclarations. Le 11 octobre 2022, Mme C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé, sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision attaquée vise les textes dont elle fait application et notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne également les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme C particulièrement les éléments sur lesquels le préfet du Val-d'Oise s'est fondé pour refuser de lui délivrer le titre qu'elle sollicitait tiré de ce que les pièces versées au dossier de l'intéressée ne permettent pas de remettre en cause les termes de l'avis établi le 2 janvier 2023 par le collège de médecins de l'OFII quant à la disponibilité du traitement dont la requérante a besoin dans son pays d'origine. Le préfet précise également que Mme C est célibataire et sans charge de famille et n'est pas dépourvue de famille dans son pays d'origine où résident ses parents et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans et qu'ainsi la décision de refus de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme C. Ces décisions comportent ainsi l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent leurs fondements et sont, dès lors, suffisamment motivées. Le moyen tiré du défaut de motivation doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Val-d'Oise, qui retient qu'aucune circonstance particulière ne justifie de s'écarter de l'avis des médecins de l'OFII, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ". / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / () ". En outre, aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".

6. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté ". Aux termes de l'article 5 de cet arrêté : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport () ". Aux termes de l'article 6 de ce même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

7. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du 2 janvier 2023 du collège de médecins de l'OFII, produit par le préfet dans la présente instance, établi selon le modèle figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016, a été émis après la transmission du rapport médical établi le 20 décembre 2022 par le Dr B A, qui n'a pas siégé au sein de ce collège composé des docteurs Norindr, Signol et Leclair. Le médecin du service médical de l'OFII qui a établi ce rapport ainsi que les médecins formant ce collège ont été désignés aux termes de la décision du directeur général de l'OFII du 3 octobre 2022 modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'OFII, régulièrement publiée sur le site internet de l'office. L'avis produit par l'OFII comporte le fac-similé numérisé des signatures manuscrites des trois médecins membres du collège. Il n'est pas contesté que ces signatures ont été apposées grâce à l'utilisation du logiciel Thémis et il ne ressort pas des pièces du dossier que ce logiciel ne permettrait pas d'assurer l'authenticité des signatures. Cet avis porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", qui fait foi jusqu'à preuve contraire, les noms et prénoms des médecins du collège y figurent. Dans ces conditions, le moyen tiré de vices de procédure au regard des dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016 ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, l'arrêté, qui s'approprie les termes de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, comporte des éléments relatifs à la situation médicale de Mme C, et révèle que le préfet a exercé son pouvoir d'appréciation, contrairement à ce qui est soutenu. L'erreur de droit invoquée à cet égard manque donc en fait.

9. En cinquième lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

10. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme C, le préfet du Val-d'Oise a estimé, au vu de l'avis du 2 janvier 2023 rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé. Il ressort des pièces du dossier en particulier du rapport médical établi par le Dr A et des différents compte-rendu de consultation que Mme C souffre d'une anémie chronique par carence martiale chronique sur fybrome utérin pour laquelle elle est traitée par des injections de ferinject tous les quatre mois. Elle souffre également par intermittence de lombalgies et de douleurs articulaires pour lesquelles elle est traitée par du tramadol, du lansoprazole, Izalgi et du dafalgan. La requérante soutient que le carboxymaltose ferrique (substance active du ferinject) ne figure pas sur la liste des médicaments essentiels de la République du Congo et qu'elle ne pourra pas bénéficier effectivement d'un traitement de ses pathologies au Congo où les structures de soin sont insuffisantes. Toutefois, d'une part, la requérante n'établit pas qu'elle ne pourrait être traitée, pour ses pathologies, que par des médicaments contenant la molécule carboxymaltose ferrique ni que les médicaments qui lui ont été prescrits en dernier lieu ne pourraient pas être substitués par des médicaments équivalents ou de la même classe thérapeutique lui assurant un traitement approprié à son état de santé. D'autre part, il ne ressort pas des documents à caractère général dont elle se prévaut, un rapport d'Amesty international de 2021, un article du média " allo docteur D " de 2022 ainsi qu'un rapport de l'OMS, ni de la circonstance que la mortalité maternelle et infantile serait élevée au Congo, que les soins requis par la requérante seraient effectivement inexistants ou inaccessibles dans ce pays. Ainsi, les pièces produites ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis médical de l'OFII et l'appréciation portée par le préfet du Val-d'Oise sur sa situation médicale. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen doit être écarté.

11. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante est célibataire, sans charge de famille et que ses parents résident au Congo où elle vécu juqu'à l'âge de 34 ans. Dans ces conditions, bien qu'elle soit bénévole au secours populaire et au sein d'une association pour l'insertion vers l'autonomie, Mme C n'est pas fondée à soutenir le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision contestée est susceptible d'avoir sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 que Mme C n'est pas fondée à se prévaloir de ces dispositions dont elle ne remplit pas les conditions. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi () ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " . Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

15. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement que Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'eu égard à son état de santé, elle encourrait des risques pour sa vie ou risquerait d'être soumise à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la violation des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 susmentionné ne peut ainsi qu'être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

M. Louvel, premier conseiller,

Mme Colin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

C.ColinLe président,

signé

S. Ouillon

La greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.