Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317385

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2317385
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a condamné l’État à indemniser Mme B, reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 10 avril 2019, pour n’avoir reçu aucune proposition de logement dans le délai de six mois. La carence fautive de l’État a engagé sa responsabilité sur le fondement des articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation. Le tribunal a accordé une somme de 200 euros par mois à compter du 10 octobre 2019 jusqu’à la proposition effective d’un logement, en réparation des troubles dans les conditions d’existence liés à la sur-occupation persistante du logement de 28 m² pour un foyer de quatre personnes.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 décembre 2020, Mme A B, représentée par Me Commerçon, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 200 euros par mois à compter du 10 octobre 2019, en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, et ce jusqu'à la mise à disposition effective d'un logement ;

2°) de condamner l'État aux entiers dépens.

Mme B soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée, dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable du département des Hauts-de-Seine ;

- elle subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence, dès lors qu'elle est toujours dépourvue de tout logement social et que le logement qu'elle occupe avec les trois autres membres de sa famille est sur-occupé et ainsi inadapté au regard de ses besoins.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que le loyer de la requérante est proportionné à ses ressources.

Vu :

- la décision du 30 janvier 2023, par laquelle le président du bureau de l'aide juridictionnelle, près le tribunal judiciaire de Pontoise, a accordé à la requérante l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 10 mars 2020, par laquelle le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté pour irrecevabilité la requête de Mme B tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de la reloger ;

- la décision, par laquelle le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision, par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baude, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 10 avril 2019, désigné Mme B comme prioritaire et devant être logée en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme B a saisi le préfet des Hauts-de-Seine d'une demande indemnitaire préalable par un courrier en date du 17 octobre 2023, réceptionné le du 27 octobre suivant. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 200 euros par mois à compter du 10 octobre 2019 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

En ce qui concerne la faute :

4. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu, le 10 avril 2019, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme B, au motif qu'elle occupait un logement sur-occupé avec une personne mineure ou handicapée à charge. Toutefois, le préfet des Hauts-de-Seine n'a fait aucune offre de logement à Mme B dans le délai de six mois qui a suivi cette décision, soit avant le 10 octobre 2019.

5. Il résulte de ce qui précède que les carences fautives dont l'État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement à l'égard de Mme B sont établies.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

6. Il résulte de l'instruction que Mme B attend l'attribution d'un logement social depuis décembre 2017 et occupe depuis juillet 2016 avec son époux et leurs deux enfants nés en 2013 et 2016 un logement d'une superficie de 28 m², lequel est donc sur-occupé. Il résulte de l'instruction que la requérante est toujours dépourvue de logement social. En revanche, à supposer que Mme B ait entendu soutenir que le loyer de son logement est disproportionné au regard de ses ressources, il résulte au contraire de l'instruction que le taux d'effort qu'il implique est adapté aux capacités financières du foyer.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à soutenir que la carence fautive de l'État à assurer son relogement à compter du 10 octobre 2019 a entraîné des troubles dans ses conditions d'existence devant être réparés et dont il sera fait une juste appréciation en lui allouant la somme de 7 100 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les dépens :

8. Aucun dépens n'ayant été exposé pour la présente instance les conclusions tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'État doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme B la somme de 7 100 (sept mille cent) euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

M. BaudeLa greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

1

N°2317385