Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2317410
mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2317410 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 28 décembre 2023 et 12 septembre 2024, Mme D B, représentée par Me Skander, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour sous la même condition de délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté du 4 décembre 2023 dans son ensemble :
- il a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé et méconnait les dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il porte atteinte au principe du contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle n'a pas été invitée à présenter ses observations préalablement à l'édiction de l'arrêté ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et approfondi de sa situation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle
La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit d'observations mais a communiqué les pièces utiles en sa possession, qui ont été enregistrées le 30 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Colin, rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante marocaine née le 13 mai 2004, est entrée en France le 26 août 2018 munie d'un visa Schengen valable du 8 août 2017 au 7 août 2021 autorisant un ou plusieurs séjours successifs ne dépassant pas 90 jours étalés sur une période maximale de 180 jours. Elle a sollicité le 7 avril 2022 un titre de séjour temporaire en qualité de visiteur sur le fondement des dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 décembre 2023, dont Mme B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.
Sur l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme A C, cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°23-064 du 14 novembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et de son adjointe, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays d'éloignement. Il n'est pas établi que ces derniers n'auraient pas été absents ni empêchés à la date des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Et aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". En vertu des dispositions précitées, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte dès lors que la décision portant refus de titre de séjour est elle-même motivée.
4. L'arrêté attaqué du 4 décembre 2023 vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne également les circonstances de fait propres à la situation de Mme B, particulièrement les éléments sur lesquels le préfet du Val-d'Oise, qui n'était pas tenu de faire figurer l'ensemble des éléments de la situation de celle-ci, s'est fondé pour prendre l'arrêté attaqué notamment que l'intéressée qui ne justifie pas d'un visa de long séjour ni de moyen suffisant d'existence ne remplit pas le conditions pour bénéficier des dispositions des articles L.426-20 et L.422-1 à L.422-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle est célibataire sans charge de famille et n'est pas dépourvue d'attache dans son pays d'origine où résident ses parents. La circonstance que l'arrêté attaqué mentionne à tort que la fratrie de la requérante réside au Maroc est sans incidence sur la motivation de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué, qui comporte ainsi de façon circonstanciée l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de celui-ci ne peut qu'être écarté. Il satisfait, dès lors, aux exigences de motivation prévues par les dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que celles de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'arrêté en litige a été pris consécutivement à une demande de titre de séjour présentée par Mme B le 7 avril 2022. Par suite, cette décision se trouve hors du champ d'application de ces dispositions. Dès lors, le moyen tiré du non-respect de la procédure contradictoire préalable est inopérant et ne peut qu'être écarté. Au surplus, Mme B ne précise pas en quoi elle aurait été empêchée de porter utilement à la connaissance de l'administration les informations pertinentes tenant à sa situation personnelle avant l'adoption de l'arrêté contesté.
6. En quatrième lieu, alors que la requérante n'établit pas qu'elle avait informé la préfecture de son opération du genou, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen approfondi et particulier de la situation de la requérante au regard des éléments qui lui ont été transmis. Le moyen doit donc être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Mme B soutient résider en France depuis le 26 août 2018 avec sa sœur et y poursuivre ses études. Toutefois, sa seule durée de présence est insuffisante en soi pour y établir une vie privée et familiale. En outre, la requérante est entrée en France sous-couvert d'un visa Schengen valable du 8 août 2017 au 7 août 2021 qui ne donne pas vocation à une installation durable sur le territoire français et s'y est maintenue irrégulièrement depuis lors. Par ailleurs, si la requérante se prévaut de ses études, elle n'établit pas avoir sollicité un titre de séjour portant la mention " étudiant " et sa qualité d'étudiante alléguée ne lui donne aucune vocation à s'installer durablement en France. Enfin, Mme B ne démontre aucune insertion particulière à la société française, notamment professionnelle. Dans ces conditions, alors que la requérante est célibataire et sans charge de famille et n'est pas isolée dans son pays d'origine où résident ses deux parents, nonobstant le soutien apporté par sa sœur qui l'héberge et son absence de menace à l'ordre public, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'une erreur de droit et a porté atteinte à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet dans l'appréciation de la situation personnelle de Mme B doit également être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
M. Louvel, premier conseiller ;
Mme Colin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024
La rapporteure,
signé
C.ColinLe président,
signé
S. Ouillon La greffière,
signé
M. E
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2317410