Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400033

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400033
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a condamné l'État à indemniser M. B, reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 19 mai 2021, pour le préjudice subi du fait de l'absence de relogement. La carence fautive de l'État a été constatée à compter du 19 novembre 2021, date d'expiration du délai imparti pour proposer un logement. Le tribunal a appliqué les articles L. 300-1 et L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation pour engager la responsabilité de l'État, en tenant compte des conditions de logement précaires du requérant, de son épouse et de ses huit enfants. L'État a été condamné à verser 3 000 euros à M. B en réparation de ses troubles dans les conditions d'existence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Schaeffer, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 19 mai 2021 et que le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 9 juin 2022 n'a pas été exécuté ;

- il subit en conséquence des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence dès lors qu'il est logé, avec son épouse et ses huit enfants, chez sa mère dans un logement d'une surface de 57 m².

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine informe le tribunal du relogement du requérant et demande au tribunal de tenir compte de cette circonstance dans la détermination du préjudice indemnisable.

Vu :

- l'ordonnance n°2203076 du 9 juin 2022 par lequel le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger M. B sous astreinte de 200 euros par mois ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lepetit-Collin, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été reportée, à l'issue de l'audience publique, au lundi 23 décembre à 12h00,.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 19 mai 2021, désigné M. B comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par un jugement n°2203076 du 9 juin 2022, le tribunal, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement sous astreinte de 200 euros par mois de retard. N'ayant toujours pas reçu de proposition de logement, M. B a saisi le préfet des Hauts-de-Seine d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 24 octobre 2023 reçu le 27 octobre 2023. Cette demande a été implicitement rejetée. M. B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 10 000 euros à parfaire en réparation des préjudices subis depuis le 19 novembre 2021.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. Doivent être considérées comme personnes vivant au foyer le ou les titulaires du bail, ainsi que leur concubin notoire ou leur partenaire d'un PACS, mais aussi les personnes figurant sur les avis d'imposition de ces titulaires et les personnes réputées à charge au sens du code général des impôts. A cet égard, sont réputées à charge au sens des articles 194, 196, 196 A bis et 196 B du code général des impôts, les enfants majeurs de moins de 21 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal, les enfants de moins de 25 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal et justifient du statut d'étudiant et, enfin, les enfants de tout âge s'ils sont atteints d'une infirmité.

En ce qui concerne les fautes :

5. D'une part, la commission de médiation a reconnu, le 19 mai 2021, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. B aux motifs que qu'il était hébergé chez un particulier. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à M. B avant le 19 novembre 2021, date à laquelle cette absence de relogement a revêtu un caractère fautif. D'autre part, l'ordonnance n° 2203076 du 9 juin 2022 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger M. B sous astreinte de 200 euros par mois de retard n'a reçu aucune exécution avant le 17 mai 2024.

6. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à solliciter l'engagement de la responsabilité de l'État en raison de ces carences fautives dont il a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement.

En ce qui concerne l'évaluation du préjudice :

7. Il résulte de l'instruction que M. B était dépourvu de logement et résidait avec son épouse et leurs huit enfants chez ses parents dans un logement de 57 mètres carrés. La persistance de cette situation, à compter du 19 novembre 2021, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à M. B des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence jusqu'à la date de son relogement, le 17 mai 2024. Compte tenu des conditions de logement de M. B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer, l'aîné des enfants étant devenu majeur au cours de cette période mais l'avis de dégrèvement concernant l'impôt sur le revenu pour 2023 faisant état apparaître huit enfants à charge, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 6 500 euros.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. B la somme de 6 500 euros.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État le versement à M. B de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

10. En l'absence de dépens, il n'y a en revanche pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le requérant à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à M B la somme de 6 500 (six mille cinq cents) euros.

Article 2 L'État versera la somme de 1 000 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2024.

La magistrate désignée,

H. Lepetit-CollinLa greffière,

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.