Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400157
jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2400157 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 5 janvier et 16 mars 2024, M. C A, représenté par Me Pigot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destinations :
- elles ont signées par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles méconnaissent l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elles méconnaissent l'article 6-7 de l'accord franco-algérien modifié ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
Le préfet du Val-d'Oise a communiqué au tribunal des pièces du dossier de M. A, le
2 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Prost, premier conseiller ;
- les observations de Me Leterme, substituant Me Pigot représentant M. A ;
- et les observations de M. A.
Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant algérien né le 1er avril 1973, a demandé au préfet du Val-d'Oise, le 13 juin 2023, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié. Par un arrêté du 4 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande au tribunal, par la présente requête, d'annuler cet arrêté en toutes ses dispositions.
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
2. L'arrêté contesté a été signé par M. D B, directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°23-064 du
14 novembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de séjour ainsi que celles portant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.
3. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié :
" Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
5. M. A déclare être régulièrement entré en France le 6 octobre 2017 et y résider habituellement depuis lors aux côtés de son épouse, qu'il est père de quatre enfants scolarisés en France dont deux sont nés en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que son épouse est en situation irrégulière sur le territoire français et il n'est pas établi que ses enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Algérie. Au demeurant, la circonstance d'être le père d'enfants nés en France n'ouvre aucun droit au séjour particulier. Enfin, M. A, qui ne justifie pas d'une intégration particulière et qui n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante-quatre ans et où résident notamment sa mère et ses six frères et sœurs, ne démontre pas l'existence d'obstacles réels et sérieux à une reconstitution de la cellule familiale en Algérie. Dans ces conditions, le requérant ne démontre pas que le préfet du Val-d'Oise aurait porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. Pour les motifs exposés au point 5 du présent jugement, dès lors que la cellule familiale du requérant peut se reconstituer dans son pays d'origine et que la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les enfants mineurs du couple d'un de leurs parents, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
8. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié :
" Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".
9. Si M. A soutient que les décisions contestées méconnaissent l'article 6-7 de l'accord précité, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la fiche de salle produite en défense, qu'il aurait demandé un titre de séjour sur ce fondement. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. Il résulte de ce qui précède que la décision refusant à M. A la délivrance d'un certificat de résidence algérien n'étant pas illégale, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas dépourvue de base légale.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquences, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais d'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Prost, premier conseiller,
M. Robert, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
F.-X. Prost
Le président,
signé
P.-H. d'ArgensonLe greffier,
signé
V. Guillaume
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400157