Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401039

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait le refus implicite de renouvellement de son titre de séjour. Le tribunal a d'abord écarté le moyen tiré du défaut de motivation, faute pour le requérant d'avoir demandé la communication des motifs de la décision implicite. Il a également jugé que le préfet avait procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Sur le fond, le tribunal a estimé que le requérant, présent en France depuis seulement 2019 et séparé de son épouse, ne justifiait pas d'une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'accord franco-algérien, ni d'une contribution effective à l'entretien et à l'éducation de ses trois enfants. La requête a donc été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Boudjellal, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 22 juillet 2023, par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous pour la remise d'un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement, et de procéder à l'examen de la demande dans le délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 432-13, dès lors que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations du 1) et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est tardive.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Viain, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Une note en délibéré a été produite pour le requérant le 3 décembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 10 février 1979, titulaire d'un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 5 mai 2020, a déposé le 22 mars 2023 une demande de " renouvellement " de ce titre de séjour auprès des services de la préfecture des Hauts-de-Seine. M. B a alors considéré cette demande comme implicitement rejetée, faute de réponse du préfet des Hauts-de-Seine à l'issue du délai de quatre mois après son dépôt, en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiquées dans le mois suivant cette demande () ".

3. En l'espèce, le requérant n'établit pas, ni même n'allègue, avoir formulé une demande de communication des motifs de rejet de sa demande du 22 mars 2023. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. B.

5. En troisième lieu, le requérant n'établit pas, ni même n'allègue, avoir déposé une demande de titre sur le fondement des stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié. Par suite, il ne saurait utilement invoquer la méconnaissance de ces stipulations. En tout état de cause, le requérant n'établit être présent en France que depuis 2019 de sorte qu'il ne remplit pas la condition de présence exigée par ces stipulations.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (). ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

7. En l'espèce, le requérant n'établit être présent sur le territoire français que depuis 2019 au plus tôt, soit depuis quatre ans à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de cette décision, il était séparé de son épouse. En outre, s'il se prévaut de ses liens avec ses trois enfants présents sur le territoire français et nés respectivement en 2009, 2010 et 2013, il n'établit pas, par les pièces produites, contribuer effectivement à leur éducation et à leur entretien, ni que sa présence auprès d'eux serait indispensable à leur développement psychologique et affectif. Concernant son insertion professionnelle, le requérant se borne à verser au dossier un contrat de travail à durée indéterminée avec la société Wonder Food, signé en juillet 2021, ainsi que des bulletins de salaires à partir de cette date, n'attestant pas d'une insertion professionnelle significative. Enfin, il ne justifie d'aucune circonstance particulière qui ferait sérieusement obstacle à ce qu'il poursuive normalement sa vie à l'étranger et, en particulier, dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et, dès lors, notamment, que M. B n'établit ni l'intensité de ses liens avec les membres de sa famille présents en France, ni l'absence d'attaches en Algérie, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations du 5) de l'articles 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le refus de renouvellement du certificat de résidence opposé à M. B n'est pas entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-14, () L. 423-23 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".

9. Les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien régissant, comme celles, de portée équivalente en dépit des différences tenant au détail des conditions requises, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance de plein droit du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Toutefois, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour l'obtention d'un titre de séjour de plein droit en application des dispositions de ce code, ou des stipulations équivalentes de l'accord franco-algérien, auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit au point 7, M. B ne peut prétendre à la délivrance de plein droitd'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Le préfet des Hauts-de-Seine n'était, par suite, pas tenu de soumettre sa demande à la commission du titre de séjour.

10. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 7, et dès lors, en particulier, que le requérant n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, la décision attaquée n'a pas insuffisamment pris en compte l'intérêt supérieur de ces derniers, protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense par le préfet des Hauts-de-Seine, que la requête de M. B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2401039