Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401228

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401228
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme A épouse B, ressortissante pakistanaise, qui contestait l'arrêté du préfet du Val-d'Oise refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, estimant que l'arrêté était signé par une autorité compétente, suffisamment motivé et fondé sur un examen particulier de sa situation. Il a notamment jugé que la décision de refus ne méconnaissait ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, ni les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue confirme la légalité des décisions préfectorales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 27 janvier 2024 et

2 février 2024, Mme D A épouse B, représentée par Me Taj, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été édictées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour :

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant ;

- elle méconnait l'article L. 423-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relatives aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces utiles du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Robert, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A épouse B, ressortissante pakistanaise née le 11 novembre 1991, est entrée en France le 8 décembre 2014 sous couvert d'un visa de long séjour, puis a été mise en possession de plusieurs titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dont le dernier était valable du 15 février 2019 au 14 février 2023. Le 5 janvier 2023, l'intéressée a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 26 décembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler ce titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme A épouse B demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. E C, directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté n°23-064 du 14 novembre 2023, tant accessible au juge qu'aux parties et régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de séjour ainsi que celles portant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation de Mme A épouse B.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre public et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme A épouse B soutient qu'elle est entrée en France le 8 décembre 2014 dans le cadre d'un regroupement familial initié par son époux en situation régulière, qu'elle a sollicité un divorce le 15 septembre 2022 à la suite de violences conjugales et qu'elle est mère de trois enfants, dont deux sont porteurs de handicaps. Toutefois, malgré la durée de son séjour en situation régulière en France, Mme A épouse B ne démontre aucune intégration sociale ou professionnelle au sein de la société française. Sur ce point, il ressort notamment des pièces du dossier qu'elle ne maitrise pas la langue française. Par ailleurs, elle n'établit pas que son départ du domicile familial en

avril 2021 serait dû à des violences conjugales, cette allégation n'ayant d'ailleurs pas été retenue par l'ordonnance de mesures provisoires du tribunal judiciaire de Pontoise du 5 janvier 2023 fixant la garde des enfants au domicile paternel, confirmée par une ordonnance de la cour d'appel de Versailles du 12 mai 2023 mentionnant notamment que " les enfants se sont trouvés hors de la présence de leur mère, par le fait de celle-ci ". En outre, si les décisions judiciaires précitées accordent un droit de visite et d'hébergement à Mme A épouse B, celle-ci ne démontre ni avoir entamé des démarches afin de bénéficier d'un logement lui permettant d'héberger ses enfants, ni contribuer à leur entretien. Enfin, la requérante n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. Par suite, la décision attaquée ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions politiques ou privées, de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 et dès lors que Mme A épouse B ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En cas de rupture de la vie commune ne résultant pas du décès de l'un des conjoints, le titre de séjour qui a été remis au conjoint d'un étranger peut, pendant les trois années suivant l'autorisation de séjourner en France au titre du regroupement familial, faire l'objet d'un retrait ou d'un refus de renouvellement. / Lorsque la rupture de la vie commune est antérieure à la demande de titre, l'autorité administrative refuse d'accorder ce titre. / Les dispositions du premier alinéa ne s'appliquent pas si un ou plusieurs enfants sont nés de cette union, lorsque l'étranger est titulaire de la carte de résident et qu'il établit contribuer effectivement, depuis la naissance, à l'entretien et à l'éducation du ou des enfants dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil. "

10. Si les dispositions précitées prévoient la possibilité pour l'autorité préfectorale, sous réserve de certaines conditions, de pouvoir retirer ou refuser le renouvellement du titre de séjour d'un étranger autorisé à séjourner en France au titre du regroupement familial sur le seul motif d'une rupture de la vie commune ne résultant pas du décès de l'un des conjoints pendant les trois années suivant son autorisation de séjourner en France, ces dispositions n'ont ni pour objet, ni pour effet, d'interdire le retrait ou le refus de renouvellement ultérieur de ce titre de séjour s'il est fondé sur d'autres motifs. En l'espèce, ainsi qu'il a été exposé au point 6, Mme A épouse B a rompu la vie commune avec son époux, ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, et ne démontre aucune intégration au sein de la société française. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles (), L. 423-14, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; (). ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour l'obtention d'un titre de séjour de plein droit en application des dispositions de ce code auxquelles il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour.

12. Si Mme A épouse B soutient qu'elle remplissait les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-14 du code précité, il ressort de ce qui a été dit aux points 6 et 10, qu'elle ne remplissait plus les conditions pour le renouvellement de son titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. Les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégales, le moyen dirigé contre la décision fixant le pays de renvoi par la voie de l'exception d'illégalité doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A épouse B doivent être rejetées. Par suite, doivent également être rejetées, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte, ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A épouse B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Prost, premier conseiller,

M. Robert, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

D. Robert

Le président,

signé

P.-H. d'ArgensonLe greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401228