Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401640

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401640
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. C, ressortissant libanais, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet du Val-d'Oise. Le tribunal a estimé que le préfet n'avait commis ni erreur de droit ni défaut d'examen, M. C n'ayant pas sollicité une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également jugé que la durée de séjour et l'activité professionnelle invoquées ne constituaient pas des motifs exceptionnels justifiant une régularisation, et que l'intéressé conservait des attaches familiales au Liban. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans méconnaissance de la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés les 2 février 2024 et 4 novembre 2024, M. A C, représenté par Me Badani, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que l'arrêté attaqué :

- a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le préfet a commis une erreur de droit sur le fondement du titre de séjour sollicité et est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- a méconnu les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de sa situation personnelle ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il indique confirmer son arrêté et communique l'ensemble des pièces utiles en sa possession.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 novembre 2024 :

- le rapport de M. d'Argenson, président ;

- et les observations de Me Badani, représentant M. C.

Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant libanais né le 25 mai 1975, est entré en France le 10 novembre 2016, muni d'un visa Schengen valable du 20 octobre 2016 au 19 janvier 2017. Il a sollicité le 27 février 2023 un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 29 novembre 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.

2. Si le requérant soutient avoir sollicité un titre de séjour sur le fondement de " l'article L. 313-14 " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, article abrogé par l'ordonnance n°2020-1733 du 16 décembre 2020, il ne démontre pas avoir effectivement sollicité son admission exceptionnelle au séjour au regard de l'article L. 435-1 du même code, en vigueur depuis le 1er mai 2021. En effet, il ressort de la fiche de renseignements dûment complétée et signée par M. C que ce dernier a demandé un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", demande qui ne peut être regardée comme sollicitée au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. En tout état de cause, le préfet du Val-d'Oise a examiné à titre subsidiaire la possibilité pour l'intéressé de prétendre à une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de ces dispositions. Par suite, le préfet du Val-d'Oise n'a commis ni un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. C, ni une erreur de droit ou de fait sur le fondement du titre de séjour sollicité. Dès lors, le moyen tiré d'un vice de procédure ou d'une erreur de droit, au surplus non assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

3. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dénué de toutes précisions, ne peut être qu'écarté.

4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ".

5. M. C, entré en France le 10 novembre 2016, soutient y vivre avec son épouse et ses deux enfants depuis lors et y exercer une activité professionnelle dans le secteur des télécommunications sous-couvert d'un contrat à durée indéterminée, depuis plus de deux ans. Toutefois, d'une part, la seule circonstance qu'il séjourne sur le territoire français depuis cette date est insuffisante en soi pour prétendre à une admission exceptionnelle au séjour. D'autre part, le requérant, dont l'épouse réside également irrégulièrement en France, n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où vit sa fratrie et où il a vécu jusqu'à l'âge de 41 ans. En outre, il ne fait valoir aucune circonstance particulière l'empêchant d'emmener ses deux enfants avec lui, la cellule familiale pouvant se reconstituer au Liban. Par ailleurs, M. C ne justifie d'aucune activité professionnelle à la date du 29 novembre 2023. En tout état de cause, l'expérience professionnelle alléguée de plus de deux années est insuffisante pour l'admettre exceptionnellement au séjour. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de M. C qu'aurait commise le préfet du Val-d'Oise ne peut qu'être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Prost, premier conseiller ;

M. Robert, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

P.-H. d'ArgensonL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

F.-X. ProstLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401640