Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2402152

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2402152
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné la requête de Mme C épouse E, ressortissante marocaine, contestant l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 4 septembre 2023 refusant son titre de séjour en tant qu'accompagnante d'enfant malade, assorti d'une obligation de quitter le territoire. La requérante invoquait notamment la méconnaissance des articles L. 425-10, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3.1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens, considérant que la décision était signée par une autorité compétente et que la situation personnelle et familiale de l'intéressée ne justifiait pas une dérogation aux conditions légales de séjour. En conséquence, la requête a été rejetée, confirmant la légalité de l'arrêté préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 14 février 2024 et 24 juin 2024, Mme G C épouse E, représentée par Me Caron, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2023, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de huit jours à compter de la notification de ce même jugement, ces injonctions étant assorties d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de huit jours à compter de la notification de ce même jugement, ces injonctions étant assorties d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Caron renonce au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme C épouse E soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'une incompétence de leur auteur ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît son droit à être entendue, dès lors qu'elle n'a pas été entendue et n'a pu faire valoir les éléments nouveaux relatifs à sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en ce qu'elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-10, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a produit des pièces le 8 novembre 2024, qui n'ont pas été communiquées et n'ont pas été prises en compte dans le présent jugement.

Mme C épouse E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 16 octobre 2023, notifiée le 15 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prost, premier conseiller ;

- et les observations de Me Alphonse substituant Me Caron, représentant Mme C épouse E, qui conclut aux mêmes fins et aux mêmes moyens.

Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse E, ressortissante marocaine née le 30 avril 1983, a demandé, le 10 mars 2022, un titre de séjour en qualité d'accompagnante d'enfant malade sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 août 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par un arrêté du 4 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise a abrogé la décision du 3 août 2022, au motif qu'elle avait été signée par une autorité incompétente. Par un arrêté du même jour, le préfet du Val-d'Oise a, à nouveau, rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. La requérante demande au tribunal, par la présente requête, d'annuler ce dernier arrêté en toutes ses dispositions.

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B F, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement à la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, laquelle bénéficiait d'une délégation de signature à l'effet de signer les décisions portant refus de titre de séjour, les mesures d'éloignement avec délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de destination en vertu d'un arrêté n°23-042 du 11 juillet 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État n°88 de la préfecture du Val-d'Oise, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration ou de son adjointe. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers n'étaient ni absents, ni empêchés, à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

4. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, celui-ci peut néanmoins utilement invoquer le principe général du droit de l'Union relatif au respect des droits de la défense, qui implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant refus de séjour ou obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

5. Mme C épouse E soutient que la décision attaquée, ayant été prise plus d'un an après le dépôt de sa demande de titre de séjour et après l'abrogation d'un premier arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, méconnaît son droit à être entendue, à faire valoir ses observations et à actualiser sa situation. Toutefois, la requérante a pu communiquer ses observations lors de sa demande initiale de titre de séjour. Elle n'établit pas qu'elle aurait tenté d'obtenir, en vain, un entretien auprès des services préfectoraux afin de faire valoir des éléments nouveaux, ni même de porter à la connaissance du préfet du Val-d'Oise des observations ou des documents, qui auraient pu avoir une incidence sur le sens de la décision contestée. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît son droit à être entendue et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ".

7. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation d'une décision de refus de titre de séjour, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, il appartient au juge administratif, lorsque le demandeur lève le secret relatif aux informations médicales qui le concernent en faisant état de la pathologie qui l'affecte, de se prononcer sur ce moyen au vu de l'ensemble des éléments produits dans le cadre du débat contradictoire et en tenant compte, le cas échéant, des orientations générales fixées par l'arrêté du 5 janvier 2017.

8. Pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour de Mme C épouse E sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Val-d'Oise, s'appropriant les termes de l'avis rendu le 23 juin 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), a estimé que, si l'état de santé de l'enfant de la requérante nécessitait une prise en charge médicale, le défaut d'une telle prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité.

9. Mme C épouse E soutient que la décision litigieuse méconnaît les dispositions précitées des articles L. 425-9 et L. 425-10 en ce que le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur un avis médical de l'OFII rendu près d'un an et trois mois avant l'arrêté attaqué et que l'état de santé de sa fille, prénommée A, nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier que la jeune A, née le 18 décembre 2018, est atteinte de trisomie 21, ainsi que d'une cardiopathie congénitale, qui a été opérée les 5 et 20 juin 2019 à l'hôpital Necker. La jeune A faisait l'objet à la date de la décision attaquée d'un suivi cardiologique bi-annuel afin de prévenir des complications possibles, ainsi que de séances hebdomadaires de masso-kinésithérapeutie et d'orthophonie. Si les documents médicaux ou para-médicaux produits à l'instance, à savoir de nombreux certificats médicaux et comptes rendus de consultations établis par deux cardiopédiatres, des médecins du centre d'action médico-sociale précoce d'Argenteuil et du centre de protection maternelle et infantile d'Argenteuil, un masseur-kinésithérapeute et une orthophoniste, qui confirment la nécessité d'un suivi paramédical et de visites médicales de contrôle, ces documents ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII. Par suite, Mme C épouse E n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait méconnu l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Mme C épouse E soutient qu'elle réside régulièrement en France depuis l'année 2018 avec son époux et ses trois enfants, dont l'aîné est scolarisé depuis son arrivée sur le territoire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour, sur le même fondement, de son époux, également de nationalité marocaine, a été rejetée et qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du préfet du Val-d'Oise du 6 mars 2023. La décision attaquée n'a donc ni pour objet, ni pour effet de séparer la cellule familiale de la requérante, qui peut se reconstituer à l'étranger et notamment au Maroc, où ses enfants pourront poursuivre leur scolarité. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit précédemment, le défaut de prise en charge médicale en France de sa fille ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Enfin, la requérante ne fait état d'aucune insertion particulière ou de liens établis dans la société française et n'est pas dépourvue d'attaches familiales au Maroc, où résident sa fratrie et ses parents et où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans. Dans ces conditions, Mme C épouse E n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En quatrième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 9 et 11, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

14. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 5 et 9, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

15. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 11, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Val-d'Oise a estimé que la requérante ne justifie ni de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels pour pouvoir prétendre à une mesure de régularisation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au titre de la vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

17. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, Mme C épouse E n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 611-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date du litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

19. Mme C épouse E soutient que la décision attaquée méconnaît les textes précités au regard de la pathologie et de la nécessité de la prise en charge médicale de sa fille A. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, le défaut de prise en charge médicale en France de sa fille ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des textes précités ne peut être qu'écarté.

20. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la même convention : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

21. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 11, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 4 septembre 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G C épouse E et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Prost, premier conseiller,

M. Robert, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

F.-X. ProstLe président,

signé

P.-H. d'ArgensonLa greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°240215